Croissance démographique et options décisionnelles dans le monde en développementJohn Bongaarts et Judith BruceLa population du monde en développement s'est multipliée par deux depuis 1965 et se chiffre aujourd'hui à 4,8 milliards. Cette croissance numérique humaine constitue la principale cause jusque-là de celle de la demande en denrées alimentaires, eau et autres ressources vitales, qui se poursuivra d'ailleurs dans le proche avenir. Selon les prévisions des Nations Unies, la population des pays en développement atteindrait 6,5 milliards d'habitants d'ici et 8,2 milliards d'ici 2050 (le total prévisionnel mondial étant de 7,7 milliards d'ici 2020 et 9,4 milliards d'ici 2050). Bien que la démographie du monde en développement dans son ensemble poursuivra son expansion rapide, le taux de croissance, lui, connaît une légère régression. Le taux de croissance démographique moyen annuel était de 2,4% en 1965, il est aujourd'hui estimé à 1,7%, et selon les prévisions, il serait de 1,2% d'ici 2020 (cf. tableau). La révolution du comportement génésique, enclenchée dans les années 60, constitue la principale cause de ce ralentissement. Le recours aux contraceptifs, rare autrefois, est aujourd'hui courant, et le nombre moyen de naissances par femme a diminue de moitié, passant de six enfants, ou davantage, dans les années 60, à près de trois aujourd'hui. Les baisses de fertilité ont été les plus rapides en Asie et en Amérique Latine. Le changement est relativement faible en Afrique subsaharienne, mais un ralentissement plus marqué se fait jour dans plusieurs pays de la région notamment le Botswana, le Kenya, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe. Pourquoi la croissance démographique se poursuit-elle? De nombreux analystes s'interrogent sur la raison de la future croissance démographique massive en dépit du déclin des taux de fertilité. Premièrement, en dépit du ralentissement marqué enregistré depuis les années 50, la fertilité reste à 50% au-dessus du niveau des deux enfants par famille nécessaire pour stabiliser la croissance démographique. Avec plus de deux enfants survivants, chaque génération est plus importante que la précédente et la population continue donc d'augmenter. La mesure dans laquelle les taux de fertilité élevés (même ralentis) restent une force de poussée de la croissance démographique varie selon les région. Elle est la plus importante en Afrique, avec un taux de fertilité actuel de 5,3 naissances par femme, et elle est la plus faible en Asie et en Amérique Latine, où la fertilité a chuté à moins de 3 naissances par femme. Un taux de fertilité élevé serait, lui, attribué à deux motifs principaux, sous-jacents : procréation non désirée et famille désirée de plus de deux enfants survivants. Une naissance sur cinq environ est non désirée et un plus grand pourcentage de naissances est mal calculé dans le temps. Dans les pays en développement, environ 25 millions d'interruptions volontaires de grossesse sont réalisées tous les ans, souvent dans des conditions insalubres. De nombreux couples ont de nombreux enfants car ils craignent qu'un certain nombre d'entre eux décèdent, et ils veulent s'assurer qu'un nombre suffisant survivra pour pouvoir les aider dans les entreprises familiales et les prendre en charge au troisième âge. Dans la plupart des pays en développement, la famille souhaitée par les femmes reste supérieure à deux enfants. En Afrique subsaharienne, par exemple, le nombre d'enfants souhaités est d'ordinaire de plus de cinq enfants.
Deuxièmement, la chute des taux de mortalité, historiquement la principale cause de croissance de la population, se poursuivra très certainement. De meilleurs niveaux de vie, une meilleure nutrition, des investissements plus importants dans l'assainissement et l'approvisionnement en eau saine, un accès accru aux services sanitaires et une applications plus ample des mesures de santé publique, notamment la vaccination, seront garants d'une vie plus longue et plus saine dans la plupart des pays. Seuls quelques pays, principalement en Afrique subsaharienne, où l'épidémie du sida est la plus grave, feront exception. Toutefois, cette dernière ne supprimerait pas la croissance démographique. Le troisième facteur de croissance reste ce que les démographes nomment "l'impulsion démographique", c'est-à-dire la tendance à la croissance démographique en dépit d'un pause immédiate de la fertilité au niveau de remplacement de 2,1 naissances par femme, accompagnée d'une mortalité constante et d ‘une migration zéro. En raison du jeunesse de la pyramide des âges, la plus grande génération d'adolescentes de l'histoire entrera bientôt dans a période de procréation. Même si chacune de ces jeunes femmes n'avait que deux enfants, leur nombre serait supérieur à celui nécessaire pour maintenir la croissance démographique sur les quelques décennies à venir. Sur les trois facteurs putatifs pouvant contribuer sensiblement à une croissance constante, l'impulsion démographique reste le plus important. Dans le monde en développement dans son ensemble, il représentera 76% de la croissance prévue entre 2000 et 2020, et davantage encore en Asie et en Amérique Latine. Et des augmentations démographiques encore plus importantes, toujours dans le monde en développement, sont donc quasiment certaines. Pour s'assurer d'être efficientes, il conviendrait que les politiques démographiques interviennent dans toutes les sources de constance de la croissance, à l'exception du ralentissement de la mortalité. Citons quelques stratégies qu'il conviendrait d'étudier :
Conclusion Des politiques démographiques de qualité, soigneusement conçues, ont une large portée, sont socialement souhaitables et saines du point de vue éthique. Elles intéressent toute une gamme d'administrés : ceux qui souhaitent éliminer la discrimination à l'encontre des femmes et améliorer la vie des enfants, ainsi que ceux qui s'efforcent de réduire la fertilité et la croissance démographique. Des investissements mutuellement bénéfiques dans les domaines de la planification familiale, la santé génésique et toute une gamme de micro et de macro- mesures socio-économiques opérant utilement pour ralentir la croissance démographique, relever la productivité et améliorer la santé et le bien-être individuels. Ouvrages recommandés :
Bongaarts, J. 1994, Population policy options in the developing world, Science 263 (5148) : 771- 776 John Bongaarts est vice-président de la division Recherches stratégiques et Judith Bruce, directeur de programme de la division des programmes internationaux de Sexospécificité, Famille et Développement, auprès du Population Council, New York.
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