3. Evolution de l’offre des produits d’origine animaleLa production des denrées alimentaires d’origine animale a augmenté plus vite dans les régions où leur consommation a progressé plus rapidement. La production totale de viande des pays en développement a augmenté de 5,4% entre 1982 et 1994 soit presque cinq fois plus vite que dans les pays développés (tableau 9). Les taux d’accroissement de la production de viande les plus élevés ont été enregistrés en Asie, plus particulièrement en Chine, avec des chiffres d’au moins 6,3%, peut-être même 8,4% par an (tableau 10)6.
Tableau 9—Evolution de la production de diverses denrées d’origine animale de 1982 à 1994
Notes: Le buf comprend la viande de buf et de buffle. Les volailles comprennent toutes les volailles énumérées dans FAO 1998. Les viandes comprennent les viandes de buf, de porc, de mouton, de chèvre et de volailles. Le lait est du lait et des produits laitiers de vache et de bufflesse en équivalents lait liquide. Les quantités en tonnes en et kilos sont des moyennes mobiles de trois ans centrées sur les deux années indiquées. *Pas significativement différents de zéro au seuil de 10%. La production de viande et de lait par habitant a progressé entre 1983 et 1993 presque partout, excepté en Afrique subsaharienne et en Asie de l’Ouest et en Afrique du Nord (où la production de lait a diminué légèrement), ce qui indique que l’offre intérieure a augmenté au moins au même rythme que la population dans la plupart des régions (tableau 10). En 1993, des écarts importants avaient été enregistrés entre la consommation et la production de viande par habitant dans les autres régions d’Asie du Sud et l’Asie de l’Ouest et l’Afrique du Nord, ce qui indique que celles-ci avaient importé d’importantes quantités de viande pour satisfaire leur forte demande intérieure (tableaux 2 et 10). Toujours en 1993, la consommation de lait par habitant était largement supérieure à la production par habitant en Asie du Sud-est et en Afrique subsaharienne. Tableau 10—Evolution de la production de viande et de lait par région de 1982 à 1994
Notes: La viande inclut celle de buf, de porc, de mouton, de chèvre et de volailles. Le lait est du lait et des produits laitiers de vache et de bufflesse en équivalents lait liquide. Les quantités en kilos sont des moyennes mobiles de trois ans centrées sur les deux années indiquées. Entre 1982 et 1994, l’accroissement de la production totale de viande de volailles était le plus élevé enregistré aussi bien dans les pays développés que dans ceux en développement (tableau 9). La production de toutes les autres denrées d’origine animale avait augmenté lentement dans les pays développés, tandis que la production totale et la consommation par habitant de viande de buf et de lait avaient baissé. Dans les pays en développement, la production totale de viande et de lait avait progressé rapidement, notamment en ce qui concerne le porc et les volailles. Même l’augmentation de la production de viande de buf, qui était presque nulle dans les pays développés, a atteint le chiffre élevé de 3,1% dans ceux en développement. La production de porc, de volailles et de lait par habitant avait augmenté dans les pays en développement pris ensemble. Les importantes différences observées entre les taux d’accroissement de la production totale des pays en développement et ceux des pays développés sont en train de déplacer le centre de gravité de l’élevage, avec tous ses avantages et ses inconvénients, du monde développé vers les pays en développement (tableau 11). En une décennie, la part de ces derniers dans la production mondiale a progressé de 36 à 47% pour la viande et de 24 à 32% pour le lait. Celle de la Chine dans l’offre mondiale de viande a augmenté de 12 à 20%. La production de lait est essentiellement concentrée dans le monde en développement, mais l’Inde a augmenté sa part de la production mondiale de 8 à 12% au cours de cette période. Au rythme où se déplace la production vers les pays en développement, ces derniers pourraient déjà assurer plus de 50% de la production mondiale de viande et il pourrait en être de même pour le lait d’ici 2020. Tableau 11—Parts des différentes régions dans la production mondiale de viande et de lait en 1983 et 1993
Notes: La viande est le poids carcasse de buf, de porc, de mouton, de chèvre et de volailles. Le lait est le lait et les produits laitiers de vache et de bufflesse en équivalents lait liquide. Les chiffres présentés ont été calculés à partir de moyennes de trois ans centrées sur les deux années indiquées. Sources des hausses de la production des denrées alimentaires d’origine animaleLa distribution géographique des animaux d’élevage dans le monde reflète différentes préférences et tendances en matière de consommation (tableau 12). Les bovins et les buffles sont concentrés dans les régions à forte consommation de viande et de lait, notamment dans les pays développés et en Amérique latine, lesquels sont de gros consommateurs de viande de buf, et en Asie du Sud où la consommation de lait est très élevée. Le nombre de bovins et de buffles augmente dans toutes les régions en développement dont la plupart accroissent leur part de la population animale totale. Tableau 12—Répartition des animaux d’élevage par région dans le monde en 1983 et 1993
Les porcins sont concentrés dans les principaux pays consommateurs de viande de porc en Asie de l’Est et du Sud-est. La part de la Chine dans la population mondiale de porcs a progressé de 38 à 44% entre 1983 et 1993 et la population de porcs dans le monde est aujourd’hui essentiellement concentrée en Asie. Le nombre de poulets et des autres volailles a augmenté rapidement entre 1983 et 1993 dans le monde, notamment en Asie où cette espèce était concentrée à 40% en 1993. La Chine a également enregistré les accroissements d’effectifs les plus élevés dans ce domaine. Les ovins et caprins sont plus largement représentés en Asie de l’Ouest et Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne et leur distribution régionale a peu évolué au cours de cette période. Dans les pays en développement, les hausses rapides de la production de viande et de lait ont coïncidé avec des augmentations rapides de la population animale. En 1993, la part de ces pays dans la population d’animaux dans le monde a augmenté pour atteindre les deux-tiers des porcins, des volailles, des ovins et caprins et les trois-quarts des bovins et des buffles. En revanche, les populations de bovins et de porcins des pays développés ont diminué entre 1983 et 1993, bien que la production de viande de buf et de porc de ces régions ait augmenté. Les accroissements d’effectifs n’ont été importants dans ces pays que pour la production de volailles. L’augmentation de la production dans ces régions a surtout été rendue possible par un accroissement de la productivité, définie comme les quantités de viande et de lait produites par animal et par unité d’intrant. La comparaison de la répartition des animaux d’élevage dans le monde (tableau 12) aux parts des différentes régions dans la production mondiale (tableau 11) donne une idée des niveaux de productivité relative de ces régions. Alors que les pays en développement abritaient les trois-quarts des bovins et les deux-tiers des porcins, des volailles, des ovins et des caprins de la planète en 1993, ils assuraient moins de la moitié de la production mondiale de viande et seulement un tiers de celle de lait. Le tableau 13 compare les taux d’accroissement du nombre d’animaux abattus ou traits à ceux de la production de viande et de lait, pour donner une idée de la contribution relative de la productivité et de l’augmentation des populations animales à l’accroissement de la production. Ce sont surtout les accroissements des populations animales qui sont responsables des hausses de production enregistrées en Amérique latine et en Afrique subsaharienne où la terre est relativement abondante. Dans ces régions, le nombre de bovins abattus ou traits a augmenté à un rythme presque égal ou supérieur à celui de la production de viande de buf ou de lait, ce qui indique que l’augmentation de la production de viande était plus due à des accroissements d’effectifs qu’à une hausse de la productivité. La population de porcins a augmenté sensiblement au même rythme que la production de viande de porc, ce qui indique une faible hausse de la productivité de l’élevage porcin. En Afrique, le nombre de poulets a lui aussi augmenté dans les mêmes proportions que la production de viande de poulet. En Amérique latine, il a en revanche progressé moins vite que la production de viande de poulet, ce qui indique que la productivité avicole a augmenté dans cette région. Tableau 13—Taux d’accroissement annuel (en %) des troupeaux et du nombre d’animaux abattus ou traits de 1982 à 1994
Notes: Comme mentionné plus loin, les chiffres officiels de production de la Chine pour le milieu des années 90 sont en cours de révision et pourraient être revus à la baisse. La Chine a donc été exclue pour éviter que ses chiffres n’introduisent d’éventuelles erreurs. Pas significativement différent de zéro au seuil de 10%. En Asie, où la terre est rare, les accroissements des populations animales ont contribué en plus faible proportion à la hausse de la production de viande de buf et de porc, et l’augmentation de la productivité était relativement plus importante. Même sans la Chine, où les chiffres rapportés sont encore plus parlants, la population bovine a augmenté de moins de 2% par an entre 1982 et 1994, alors que la production de lait et de viande de buf a progressé de plus de 3%. Toujours en Asie et sans la Chine, les taux d’accroissements de la population de porcins étaient environ quatre-cinquième de ceux de la production de viande de porc, ce qui indique une légère hausse de la productivité. Celle-ci a progressé moins vite en aviculture où les effectifs ont augmenté approximativement au même rythme que la production. D’une manière générale, la productivité est beaucoup plus élevée dans les pays développés que dans le monde en développement. Le tableau 14 présente les chiffres de production (en kg) de viande et de lait par animal. Mesurée en ces termes, la productivité était nettement plus élevée dans les pays développés, notamment pour la viande de buf et le lait. Les niveaux de productivité des élevages porcin et avicole étaient beaucoup plus semblables entre les régions. Tableau 14—Productivité (en kg par animal) par région et par produit de 1992 à 1994 et taux d’accroissement (en % par an) de la productivité au cours de la même période
*Pas significativement différent de zéro au seuil de 10%. +Pas significativement différent des chiffres relatifs au monde développé correspondants au seuil de 10%. Les taux de productivité par animal de certaines régions en développement semblent se rapprocher de ceux du monde développé. Les rythmes d’accroissement de la productivité dans certains de ces pays étaient supérieurs à ceux des pays développés pour certains produits (tableau 14). La productivité de la viande de buf dans toute l’Asie a progressé à des taux supérieurs au rythme de 0,9% observé dans le monde développé. En Asie, moins la Chine, la productivité des animaux laitiers était aussi supérieure à celle des pays développés. En revanche, l’écart n’a cessé de se creuser entre d’une part l’Amérique latine et l’Afrique subsaharienne et d’autre part les pays développés en ce qui concerne la productivité de la production de viande et de lait. La productivité des porcs en Asie dépassait celle des pays développés. Quant à la productivité avicole, elle a augmenté en moyenne plus vite dans les pays développés que dans les pays en développement moins la Chine. Sources des hausses de la productivitéLes hausses de la productivité dans les régions développées sont essentiellement dues aux progrès technologiques. Les paysans peuvent garder un nombre beaucoup plus élevé d’animaux par unité de terre en adoptant une mécanisation à forte intensité de capital qui diminue les besoins en main-d’uvre, en améliorant l’utilisation des aliments par les animaux et la qualité desdits aliments et en investissant dans l’amélioration du potentiel génétique et la santé des animaux. L’élevage industriel assure presque 37% de la production mondiale de viande (FAO 1995b). Ces dernières années, sa production a progressé deux fois plus vite (4,3%) que celle des systèmes traditionnels mixtes (2,2%) et plus de six fois plus rapidement que celle des systèmes de parcours (0,7%)(Sere et Steinfeld 1996). L ’élevage industriel fait une large place aux connaissances scientifiques et à la gestion, notamment lorsqu’il assure l’approvisionnement des populations urbaines de plus en plus exigeantes en matière de qualité. Il maximise l’utilisation des ressources rares, notamment la terre, la main-d’uvre et les aliments du bétail et s’implique dans la mise au point de génotypes, les applications de la biotechnologie, l’amélioration générale de la conduite du troupeau et des soins vétérinaires et le développement de l’intégration de la production en aval et en amont (ex: commercialisation de la viande et usine de production d’aliments du bétail). Lorsque la terre est rare, les coûts de production des monogastriques comme les porcins et les volailles ont tendance à diminuer plus vite que ceux des ruminants car ces animaux ont besoin de moins d’espace et convertissent plus efficacement les aliments concentrés en viande. L’élevage dans les pays en développement est essentiellement basé sur les pratiques traditionnelles. Un quart des terres de la planète est consacré aux pâturages et assure environ 10% de la production mondiale de viande (FA0 1995b). En règle générale, les systèmes de pâturage accroissent la production en augmentant le nombre d’animaux et les superficies utilisées. Lorsque la terre devient rare, ils la dégradent et entraînent une baisse de rendement ou se transforment en systèmes de production mixtes ou d’élevage industriel. Les systèmes de production agriculture-élevage sont les plus fréquents dans les pays en développement; ils assurent plus de 50% de la production mondiale de viande (FAO 1995b). La composante végétale de ces systèmes fournit des résidus servant de fourrage tandis que la composante animale, qui fournit de l’énergie de traction, des engrais et des fibres animales, constitue en outre une forme d’épargne ou d’assurance et assure une fonction sociale. Les systèmes mixtes élèvent essentiellement du gros bétail et des petits ruminants car ces espèces convertissent efficacement le fourrage, les résidus de récolte et les autres aliments grossiers en viande. Ces matériaux fibreux et ces graminées n’ont généralement que peu ou pas d’autres utilisations. Le gros bétail fournit aussi de l’énergie utilisée pour les activités agricoles. On estime aujourd’hui à quelque 250 millions le nombre d’animaux de bât qui fournissent de l’énergie de traction dans les exploitations mixtes. Celles-ci couvrent environ 28% des terres arables de la planète. Environ 52% des terres agricoles des pays en développement sont cultivées avec la traction animale. L’utilisation de cette forme d’énergie a progressé dans les années 70 et 80 en Afrique de l’Ouest où cette technologie était relativement mal connue, où les maladies étaient mieux contrôlées et où l’introduction de nouvelles cultures comme le coton et le maïs nécessitait une puissance agricole accrue (Pingali, Pigot et Binswanger 1987). L’Afrique orientale et australe et l’Asie du Sud en particulier utilisent les animaux de trait depuis plus longtemps et devraient continuer quelque temps encore. La mécanisation est actuellement en train d’effectuer une pénétration rapide dans d’autres régions, y compris en Asie de l’Est et du Sud-est (Steinfeld 1998). La production mixte connaît dans ces zones une évolution caractérisée par l’importance accrue des animaux d’élevage dans l’alimentation humaine et le recul de leurs autres utilisations. La vulgarisation de la mécanisation, des engrais, des fibres synthétiques et des services financiers réduit la valeur des autres utilisations du bétail. La mécanisation augmente la productivité des denrées alimentaires d’origine animale dans la mesure où les animaux n’ont plus besoin de devenir adultes avant de servir à la traction, ce qui permet d’augmenter les taux d’abattage. La mécanisation permet aussi de passer plus facilement de l’élevage du gros bétail et des petits ruminants à celui des porcs et des poulets qui nécessitent moins de temps et d’espace. Au cours des dernières décennies, le développement de l’élevage en Asie a souffert d’un manque de terre et d’aliments de qualité mais a profité de la relative abondance de la main-d’uvre et de l’eau. Le capital, d’abord rare, est devenu un facteur moins limitant avec le développement industriel rapide et l’accroissement des revenus. Les progrès du développement ont conduit à l’adoption d’un certain nombre de technologies destinées d’abord à affronter le problème du manque de terre puis à remplacer la main-d’uvre par le capital. La première série d’innovations introduites dans les systèmes agricoles mixtes d’Asie comprend les soins de santé primaires comme le contrôle des maladies infectieuses et parasitaires. Elles furent suivies de la complémentation alimentaire, d’abord à partir de sous-produits agricoles, puis de céréales et d’autres concentrés. En Indonésie et ailleurs, les systèmes de zéro pâturage, combinant essentiellement les cultures fourragères et l’alimentation à l’auge, ont été développés pour la production laitière. L’amélioration génétique demeure basée sur la sélection des caractères les plus recherchés et les croisements. Avec l’augmentation rapide de la demande des produits alimentaires d’origine animale, les systèmes mixtes sont devenus incapables de faire face à la situation. Les sources locales de fourniture de céréales et d’autres concentrés ne pouvaient plus satisfaire les besoins en aliments du bétail. L’Asie commença alors à importer d’importantes quantités de céréales alimentaires du bétail, principalement des pays développés. A ce stade, la production industrielle naissante de porc, de volailles et d’ufs utilisait plus efficacement ces aliments du bétail importés. Les systèmes industriels utilisaient des ressources génétiques animales importées et des techniques d’alimentation sophistiquées comme par exemple l’alimentation progressive, les additifs alimentaires voire, à un stade encore plus avancé, des acides aminés synthétiques. Début 1999, au moment où nous écrivions ces lignes, ces systèmes semblaient avoir démesurément souffert de la crise économique asiatique, laquelle a entraîné une hausse du coût des aliments du bétail importés et une baisse de la demande des zones urbaines. Les tendances observées en Asie de l’Ouest et en Afrique du Nord sont différentes. Ce n’est pas la terre en tant que telle qui limite les potentialités agricoles dans cette région mais plutôt l’eau compte tenu de sa rareté. Le pastoralisme traditionnel, et dans une moindre mesure les systèmes agricoles mixtes continuent d’exister mais les revenus du pétrole et l’expansion économique qui en a résulté depuis 1973 ont permis l’introduction d’unités de production industrielle, notamment avicoles et laitières. Celles-ci utilisent des technologies de pointe mais ont besoin de nombreux intrants importés ou produits sur place (ex: production de fourrage en vue de la production laitière). Rarement compétitives sur les marchés mondiaux, ces unités de production sont maintenues par des mesures protectionnistes pour des raisons politiques. En raison de l’émergence de ces systèmes de production industrielle subventionnés, et d’autres distorsions majeures caractérisant le marché des produits alimentaires, peu de changements technologiques ont été enregistrés dans les secteurs de l’élevage sur parcours et de la petite exploitation mixte en Asie de l’Ouest et en Afrique du Nord. L’embouche des petits ruminants s’est relativement développée, essentiellement pour répondre aux besoins du marché régional, y compris la demande saisonnière d’animaux sur pied pendant les fêtes religieuses. Des systèmes laitiers plus compétitifs ont été introduits dans des environnements écologiquement plus favorables comme la vallée du Nil en Egypte où ils utilisent des aliments du bétail locaux et importés ainsi que des technologies intermédiaires à forte intensité de main-d’uvre. La productivité du bétail n’a augmenté que légèrement en Afrique subsaharienne au cours des deux dernières décennies en raison de l’abondance relative de la terre et de l’extrême rareté du capital. Faute d’un accroissement significatif du revenu par habitant, cette région n’a ni l’incitation ni les moyens nécessaires pour adopter des technologies de production de viande en dehors du secteur avicole dans les grands marchés des régions côtières. Le dumping des produits de l’élevage pratiqué par les pays développés à la fin des années 70 et tout au long des années 80 et la surévaluation des taux de change, laquelle favorise les importations, ont aussi découragé les innovations en matière de production. Le secteur de l’élevage en Afrique subsaharienne continue d’être largement dominé par les ruminants élevés dans des zones non infestées par la mouche tsé-tsé et nourris avec des aliments produits sur place. Les soins de santé sont généralement rudimentaires et seuls de simples compléments alimentaires, comme les minéraux, sont fournis aux animaux. A proximité des centres urbains, et en fonction des conditions agro-écologiques, des systèmes de production laitière semi-intensifs et intensifs se sont développés et utilisent des fourrages cultivés et des sous-produits agro-industriels. La production avicole a commencé à s’industrialiser. Outre les bas revenus et le manque d’aliments du bétail de qualité, l’élevage en Afrique continue de souffrir sérieusement de problèmes de maladie, notamment la trypanosomiase, transmise par la mouche tsé-tsé (Alexandratos 1995). La production bovine est difficile dans les zones infestées. D’autres maladies devront aussi être contrôlées avant que les productions porcine et avicole intensives ne puissent se généraliser. L’Amérique latine est une région caractérisée par l’abondance de la terre où l’élevage a connu un essor remarquable avant les années 60. A l’époque, l’urbanisation était déjà avancée, contrairement à la situation qui prévalait alors dans les autres parties du monde en développement. La stagnation du revenu dans les années 70 et 80 et les bas prix de la viande sur les marchés mondiaux ont ralenti la hausse de la productivité et l’adoption des technologies. Il était généralement moins cher d’étendre l’élevage à de nouvelles régions que d’investir dans de nouvelles technologies. Les pâturages n’étaient pas améliorés, excepté dans les régions proches des centres de consommation et les technologies utilisées dans les systèmes de ranch extensif se limitaient à des pratiques élémentaires comme les clôtures, la prévention et le traitement des maladies et quelques efforts d’amélioration génétique. Récemment, la production avicole intensive et, dans une certaine mesure, la production laitière intensive se sont développées en Amérique latine. Ces systèmes d’élevage ont profité du rythme d’urbanisation traditionnellement rapide de la région et du retour de la croissance économique dans les années 90. Intensifs par nature, ils emploient de nombreuses technologies de base utilisées dans les pays développés mais de manière moins intensive. Utilisation des aliments du bétailLes récentes hausses rapides de la production de viande ont entraîné une augmentation de 0,7% par an de l’utilisation des céréales dans l’alimentation animale entre 1982 et 1994. Celles-ci sont le résultat d’une augmentation négligeable de l’utilisation des céréales dans l’alimentation du bétail dans les pays développés, mais supérieure à 4% dans les pays en développement (tableau 15). Malgré cette plus forte progression, ces derniers utilisent encore moins de la moitié des céréales utilisées par les pays développés comme aliments du bétail. En 1990–92, les concentrés à base de céréales constituaient entre 59 et 80% des aliments du bétail dans les pays développés alors qu’elles représentaient moins de 45% des concentrés alimentaires en Asie du Sud-est, la région en développement utilisant le plus de céréales dans l’alimentation animale.Tableau 15—Evolution de l’utilisation des céréales dans l’alimentation du bétail dans le monde de 1982 à 1994
Notes: Les céréales comprennent le blé, le maïs, le riz, l’orge, le sorgho, le millet, le seigle et l’avoine. Les quantités totales utilisées sont des moyennes mobiles de trois ans centrées sur les deux années indiquées. aSimpson, Cheng et Miyazaki (1994) rapportent le chiffre de 40 millions de tonnes publié par le Département US de l’agriculture. C’est ce chiffre qui est utilisé ici car il est plus compatible avec les quantités d’aliments du bétail et les taux de conversion des aliments en viande rapportés dans Rosegrant et al (1997). La FAO (1998) rapporte pour sa part le chiffre de 49 millions de tonnes. *Pas significativement différent de zéro au seuil de 10%. L’augmentation de la production de l’élevage dans les pays en développement s’accompagne d’une transformation rapide des méthodes de production et des modes d’alimentation du bétail. L’importance des systèmes de parcours recule rapidement partout dans le monde et les superficies consacrées aux pâturages diminuent inexorablement. L’urbanisation et les cultures empiètent sur les zones traditionnelles de pâturage et les efforts de conservation empêchent d’étendre les prairies aux régions vierges. Les systèmes agricoles mixtes connaissent eux aussi un certain nombre de problèmes. Les innovations en matière de production végétale ont diminué les quantités de résidus de récolte et de biomasse non grainière disponibles pour l’alimentation du bétail. La recherche sur la production végétale a largement négligé la valeur des résidus de récolte dans l’alimentation animale. Alors que des variétés non améliorées utilisées dans les systèmes à faible intensité d’intrants extérieurs produisent généralement trois à quatre fois plus de biomasse non grainière que de grains, les hybrides modernes produisent souvent autant sinon moins de ce type de biomasse que de grains. Les ordures ménagères comme les épluchures de tubercules, les tiges et les feuilles ont traditionnellement servi à nourrir les animaux d’élevage, notamment les monogastriques élevés à domicile. Mais, ce petit élevage de type familial est en train de disparaître en raison de ses faibles rendements de la main-d’uvre et de la compétition accrue des grandes exploitations. Bien qu’ils soient petits considérés individuellement, les petits élevages familiaux, pris ensemble, sont d’importants transformateurs des déchets en viande et en lait. Etant donné que les grandes exploitations pourront difficilement enlever et exploiter de manière coût-efficace les ordures produites par une multitude de ménages, cette source d’aliments du bétail demeurera sous-utilisée dans les systèmes industriels. L’utilisation des céréales dans l’alimentation du bétail s’est développée plus rapidement en Asie où la production a augmenté plus vite et où la terre est rare (tableau 15). Dans les autres régions d’Asie de l’Est, en Asie du Sud-est et en Afrique subsaharienne, l’utilisation des céréales dans l’alimentation animale a progressé plus vite que la production de viande, ce qui indique une intensification de cette pratique par unité de poids de viande produite dans ces régions (tableaux 10 et 15). La plupart des régions d’Asie, d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne n’ont pas la capacité de produire à des prix compétitifs des quantités substantielles de céréales destinées à l’alimentation animale. Nous n’en voulons pour preuve que leurs importations croissantes de ces produits. Etant donné que de nombreux pays en développement ne peuvent accroître leurs superficies emblavées, il leur reste deux possibilités, soit intensifier l’utilisation des terres existantes, soit importer des aliments du bétail. Et, étant donné que les gains de l’intensification serviront probablement surtout à satisfaire la demande croissante de produits alimentaires des populations, ces pays devront donc accroître substantiellement leurs importations de céréales utilisées pour l’alimentation du bétail. Les disponibilités de ces denrées, l’infrastructure de manutention d’importantes quantités de céréales et les autres déterminants de l’accès à ces produits pourront-ils suivre la forte augmentation de la demande attendue? IFPRI holds the copyright to its publications and web pages but encourages duplication of these materials for noncommercial purposes. Proper citation is required. |
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