IFPRI: 2020 Discussion Paper 28
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L'élevage d'ici 2020:
la prochaine révolution alimentaire

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environment

Table of Content

4. Projections de la demande et de l’offre d’ici 2020

Les tendances observées au cours des 15 dernières années indiquent que le secteur de l’élevage des pays en développement est actuellement le théâtre d’une révolution tirée par la demande et qui a déjà débouché sur un accroissement substantiel de la part de la production mondiale des denrées d’origine animale consommées par ces pays. Des effets encore plus importants sont attendus dans un avenir prévisible. Ces changements futurs, qui seront si importants qu’ils ne pourront être isolés, influenceront l’économie mondiale qui à son tour les influencera.

Le présent chapitre et le suivant examineront l’ampleur probable de ces changements, leur faisabilité compte tenu de la capacité de production animale et d’aliments du bétail de la planète, la probabilité de voir les augmentations de la production requises se concrétiser dans les pays en développement ou développés et les conséquences de tout cela sur les prix mondiaux de la viande, du lait et des céréales. Ce chapitre présente à la fois une approche pour l’examen de ces questions ainsi que des réponses sous forme de résultats de projections de base effectuées à partir d’un modèle économique mondial. Il examine aussi les conséquences possibles de certains scénarios pour la viande et le lait dans le monde. Le chapitre 5 examine l’impact projeté de la révolution dans le secteur de l’élevage sur le commerce mondial de la viande et du lait et les prix mondiaux des produits alimentaires selon différents scénarios.

Les modèles économiques mondiaux sont sujets à tant d’incertitudes et souvent appliqués à des niveaux d’agrégation si élevés (la viande et le lait y sont généralement rassemblés sous la rubrique ‘‘produits alimentaires’’) qu’ils ne sont pas très utiles pour l’objet de notre étude. Heureusement, les auteurs ont sous la main un modèle mis au point à l’IFPRI (Rosegrant, Agcaoili-Sombilla et Perez 1995; Rosegrant et al 1997; Rosegrant, Leach et Gerpacio 1998; et Rosegrant et Ringler 1998) et particulièrement approprié à l’examen de ces questions et à l’évaluation de la sensibilité des résultats aux différentes hypothèses. Cet outil de travail est la version 1998 du Modèle international d’analyse des politiques relatives aux produits agricoles et au commerce extérieur (IMPACT7 pour l’anglais: International Model for Policy Analysis of Agricultural Commodities and Trade. Pour de plus amples informations sur ce modèle, voir l’encadré).

7Par rapport aux versions précédentes, la version de juin 1998 du modèle IMPACT incorpore des paramètres et des hypothèses reflétant une baisse de la croissance économique générale attendue en Asie ainsi que des paramètres mis à jour pour l'Afrique (Rosegrant et Ringler 1998). Les paramètres de la demande et de l'offre de lait ont aussi été revus et révisés; le lait figurait dans les versions précédentes mais n'avait pas fait l'objet d'une analyse séparée. Les lecteurs intéressés par les équations de ce modèle sont priés de consulter l'annexe du rapport de Rosegrant, Agcaoili-Sombilla et Perez (1995) publié dans la même série que le présent document.

Tendances de la consommation jusqu’en 2020 selon le scénario de base

Le scénario de référence est basé sur une série d’hypothèses aussi réalistes que possible sur l’économie internationale et les économies nationales. A l’exception de la viande de bœuf dans les pays développés et du lait dans les pays en développement, on s’attend à voir la consommation des produits alimentaires d’origine animale augmenter sensiblement moins vite de 1993 à 2020 que de 1982 à 1994 (tableaux 16 et 17). Les rythmes d’accroissement projetés jusqu’en 2020 seront dans la plupart des cas environ la moitié de ceux des 15 dernières années. Trois facteurs sont à l’origine de ce phénomène. Premièrement, la récente hausse rapide de la consommation signifie que la base de projection de

l’accroissement au-delà de 1993 est plus large que celle de 1983. Par conséquent, un accroissement annuel absolu se traduit, en pourcentage, par des hausses de plus en plus faibles. Deuxièmement, les taux d’augmentation du revenu total et le rythme d’urbanisation diminueront pour la même raison. Troisièmement, les consommateurs se rapprochent du niveau de satisfaction à mesure qu’augmente l’importance de la viande dans leur alimentation.

Le modèle IMPACT de base

Le modèle IMPACT est un modèle mondial sur les produits alimentaires qui divise le monde en 37 pays ou groupes de pays. Ses auteurs précisent que sa version de base repose sur une série d’hypothèses aussi réalistes que possible. Les pays et groupes de pays de ce modèle peuvent être facilement regroupés en régions compatibles avec les définitions de la FAO (voir annexe). Fan et Agcaoili-Sombilla (1998) ont comparé les résultats de l’application des versions précédentes de ce modèle à ceux d’autres modèles internationaux pour la production et la consommation de céréales en Chine en 2010 et 2020. Ils ont trouvé que les résultats des projections du modèle IMPACT se situaient au juste milieu dans leurs perspectives et n’étaient ni trop pessimistes, ni trop optimistes eu égard aux questions soulevées au début du présent chapitre.

Ce modèle couvre 18 produits de base, y compris les viandes de bœuf, de porc, de volailles, de mouton et de chèvre, le lait des bovidés et les oeufs. Les données de base utilisées dans la version actuelle sont les moyennes des données annuelles de 1992–94 publiées dans la base de données statistiques de la FAO (la même source que pour les tableaux des chapitres précédents, les données de 1993 étant celles de l’année de base du modèle IMPACT). Etant donné que chacun des 37 pays produit et/ou consomme au moins en partie chacun de ces produits, il a fallu spécifier des milliers de paramètres de l’offre et de la demande (revenu, prix, élasticités-prix croisées de la demande, paramètres de production, y compris les superficies emblavées, les tendances des rendements, la taille et la productivité des troupeaux, les paramètres de sensibilité aux prix, les niveaux initiaux et l’évolution des taux de conversion des aliments, les paramètres de distorsion du commerce extérieur, etc.). Les paramètres ont été estimés à partir d’analyses économétriques, d’évaluations des tendances historiques et dynamiques, d’opinions d’experts et de recherches bibliographiques. Les hypothèses nécessaires sont trop nombreuses pour être exposées ici, mais les paramètres les plus importants sont examinés en détail comme par exemple les paramètres structurels relatifs à l’évolution de la demande de viande en Chine, extraits de Huang et Bouis (1996).

Des hypothèses ont été avancées sur les taux d’accroissement du revenu national, de la population et de l’urbanisation pour chaque groupe de pays ainsi que sur l’évolution probable de ces facteurs au cours du temps. Pour les variables démographiques, le modèle utilise les projections révisées des moyennes de 1996 publiées par l’ONU. Les projections du revenu national ont été estimées à partir de celles publiées par diverses sources comme la Banque mondiale. Le modèle est appliqué pour chaque année en reliant chaque modèle national au reste du monde par le biais du commerce international des produits de base. La condition d’équilibre du marché détermine la série de prix mondiaux qui équilibrent les marchés internationaux des produits, afin que les importations totales d’un produit donné soient égales à ses exportations. Les prix mondiaux des produits de base servent à maintenir le modèle en équilibre. Lorsqu’un choc exogène est introduit dans le modèle, comme par exemple une hausse des rendements des cultures par suite de l’augmentation des investissements dans la recherche sur la production végétale, le prix mondial s’ajuste et chaque ajustement est répercuté sur les prix au producteur et au consommateur. Les changements des prix intérieurs influencent par la suite l’offre et la demande des produits, ce qui nécessite des ajustements répétés jusqu’à ce que l’offre et la demande mondiales s’équilibrent et que le volume net du commerce international soit égal à zéro.

Le résultat de ce processus itératif annuel est une série d’estimations annuelles des projections des prix d’équilibre du marché, des niveaux de consommation par produit et par groupe de pays, des niveaux d’utilisation des aliments du bétail, des zones de production, des rendements et des niveaux de production par produit et par région et du volume net du commerce international de tous les groupes de pays par produit.

L’analyse court jusqu’en 2020. La mondialisation croissante des marchés agricoles est reflétée dans le modèle par une série de prix mondiaux endogènes déterminés à partir de solutions itératives annuelles. Les événements qui influencent les exportations nettes d’un groupe de pays influenceront les prix dans d’autres et influenceront ensuite l’offre, la demande et le volume net du commerce pour permettre de déboucher sur une solution.

Un important avantage d’un modèle comme le modèle IMPACT est qu’il peut être utilisé simultanément pour évaluer la possibilité de réaliser des accroissements donnés de la production et déterminer les coûts de production et les prix des produits. Pour déterminer la production effective, il faut utiliser des quantités suffisantes de tous les intrants nécessaires pour le pays et l’année concernés. Une attention particulière est accordée aux aliments du bétail à base de céréales. Leur demande est déterminée par la production du secteur de l’élevage, le taux de ces céréales dans les aliments, les relations internes et croisées entre d’une part les prix des cultures utilisées pour l’alimentation du bétail, et de l’autre un ‘‘paramètre d’efficacité’’ exogène spécifié qui peut servir à modéliser les progrès technologiques exogènes ou d’autres changements durables qui influencent la demande d’aliments du bétail.

La composition des aliments utilisés pour chaque produit de l’élevage est déterminée à partir des moyennes effectives de la période de base 1992–94. Pour chaque produit, le taux d’incorporation de chaque ingrédient important du modèle – maïs, autres céréales secondaires, blé, tourteaux d’oléagineux, manioc, patates douces, pommes de terre – est spécifié pour la période de base. Ce qu’il advient de chaque ingrédient utilisé après la période de base dépend des mouvements des prix relatifs de ces ingrédients, lesquels varient dans le modèle en fonction à la fois de la demande de consommation humaine et animale et des taux spécifiques de changement de l’efficacité alimentaire dus aux progrès techniques. Les

fourrages ligneux, les ordures ménagères et les ingrédients autres que les céréales et les tourteaux d’oléagineux sont implicitement considérés comme gratuits et ne sont donc pas modélisés. Les analyses se concentrent essentiellement sur les céréales utilisées dans l’alimentation du bétail, car c’est cet aspect de l’alimentation animale qui soulève des controverses et ce sont ces produits qui constituent probablement le plus gros obstacle à l’élaboration de rations adéquates pour le bétail.

Un inconvénient de ce modèle est que lorsque les systèmes évoluent d’un mode d’alimentation utilisant peu de céréales (comme l’aviculture familiale ou l’élevage de ruminants sur pâturage) à l’embouche industrielle, les taux actuels de céréales dans l’alimentation des animaux peuvent entraîner la sous-estimation des taux futurs. Dans l’équation de la demande d’aliments, le paramètre exogène d’efficacité de la ration est spécifié pour compenser cette sous-estimation dans certains pays. Il permet également de mieux tester la sensibilité du modèle dans ce domaine.

Le rapport entre la quantité totale de céréales utilisées pour l’alimentation du bétail et la production totale de viande (en ne tenant pas compte de la quantité utilisée pour le lait et les oeufs) au début des années 90 était de 1,40 à 1,00 en Chine et de 3,64 à 1,00 aux Etats-Unis. Entre 1983 et 1993, l’efficacité de la conversion alimentaire a augmenté d’environ 15% aux Etats-Unis pour tous les types de viande, avec pour les viandes de volaille des accroissements nettement supérieurs à celle du bœuf (CAST, à paraître). L’utilisation proportionnellement plus importante de pâturages naturels, d’ordures ménagères, de racines et tubercules et de sous-produits agricoles dans l’alimentation animale dans les pays en développement explique pourquoi les taux de céréales utilisées dans l’alimentation du bétail dans ces régions sont plus faibles que dans le monde développé.

Même d’ici 2020, on s’attend à ce que la consommation de produits laitiers par habitant dans les pays en développement représente en moyenne un tiers de celle des pays développés (contre moins d’un cinquième au début des années 90). La consommation de viande par habitant dans les pays en développement devrait représenter 36% de celle des pays développés en 2020, contre 28% au début des années 90. Pourtant, pris ensemble, les pays en développement consommeront 62% de la viande et 60% du lait consommés dans le monde en 2020. Il s’agit là d’une évolution radicale par rapport au début des années 90 où les pays développés consommaient respectivement 52% et 59% de la viande et du lait consommés dans le monde.

Tableau 16Projections des tendances de la consommation de divers produits d’origine animale de 1993 à 2020
Région/produit Taux d’accroissement annuel projeté de la consommation totale de 1993 à 2020 (en %) Consommation totale (en millions de tonnes) Consommation annuelle par habitant (en kg)
    1993 2020 1993 2020
Monde développé
Bœuf 0,4 32

36

25

26

Porc 0,3 36

41

28

29

Volailles 1,0 26

34

20

25

Viandes 0,6 97

115

76

83

Lait 0,2 245

263

192

189

Monde en développement
Bœuf 2,8 22

47

5

7

Porc 2,8 38

81

9

13

Volailles 3,1 21

49

5

8

Viandes 2,8 88

188

21

30

Lait 3,3 168

391

40

62

Sources: La consommation totale et la consommation par habitant pour 1993 ont été calculées à partir de FAO (1998). Les projections sont des chiffres mis à jour suivant le même format que dans Rosegrant et al (1997).
Notes: Il s’agit ici de la consommation directe des denrées alimentaires, mesurée en poids frais, avec os pour les viandes. Celles-ci comprennent le bœuf, le porc, le mouton, la chèvre et les volailles. Le lait comprend le lait et les produits laitiers de vache et de bufflesse en équivalents lait liquide. Les quantités en tonnes et en kilos sont des moyennes mobiles de trois ans centrées sur les deux années indiquées.

On trouvera au tableau 17 les tendances de la consommation par région et les taux annuels d’accroissement de la consommation jusqu’en 2020. Les taux d’augmentation projetés de 3% et 2,8% respectivement pour la viande et le lait en Chine font partie des chiffres les plus bas publiés sur ce pays (Ke 1997)8. Ils sont tout à fait comparables à ceux publiés sur les autres régions d’Asie, mais sont significativement supérieurs aux projections moyennes de 0,6% et 0,2% rapportées pour l’ensemble des pays en développement. La consommation de viande par habitant en 2020 devrait demeurer faible en Afrique subsaharienne, en Inde, un pays partiellement végétarien et dans d’autres pays d’Asie du Sud. Les hypothèses relatives aux goûts en Inde en ce qui concerne la viande seront testées plus loin dans le cadre de l’analyse de sensibilité, de même que celles relatives à l’accroissement de la productivité et à la sévérité de la crise asiatique.

    8 Comme cela a été noté au chapitre 2, les chiffres de consommation et de production rapportés par la FAO sur la Chine pour le début des années 90, et utilisés ici pour la période 1992–94 c'est-à-dire la période de base, peuvent avoir surestimé les valeurs réelles de 30% (Ke 1997). Suite à une étude détaillée des écarts entre les bilans alimentaires et les estimations des enquêtes de consommation de viande en Chine, Ke a conclu que la demande effective totale de viande en Chine ne devrait pas augmenter de plus de 3 à 5% par an dans un avenir prévisible, soit moins que les taux prédits par ''certains'' individus (non spécifiés). Certes, le niveau de la demande de viande projetée par le modèle IMPACT en Chine pour l'an 2020 peut sembler quelque peu élevé en raison d'une estimation ''trop élevée'' pour cette période, mais l'estimation du modèle IMPACT est aussi le résultat d'un ''faible'' accroissement projeté de la demande sur 27 ans en raison des hypothèses basses utilisées dans ce modèle. Par ailleurs, il n'y a pas lieu de craindre l'effet, sur les importations, d' une éventuelle surestimation de la production de l'élevage en Chine pour la période de base (1992–94) dans le modèle IMPACT car cette surestimation serait compensée par une surestimation de la consommation. Il ne semble donc y avoir aucune raison impérieuse de réviser les chiffres rapportés ici sur la Chine

Tableau 17Projections des tendances de la consommation de viande et de lait de 1993 à 2020

Région

Taux d’accroissement annuel de la consommation totale de 1993 à 2020 (en%) Consommation totale (en millions de tonnes) Consommation par habitant (en kg)
  Viande Lait Viande Lait Viande Lait
Chine 3,0 2,8 85 17 60 12
Autres pays d’Asie de l’Est 2,4 1,7 8 2 67 20
Inde 2,9 4,3 8 160 6 125
Autres pays d’Asie du Sud 3,2 3,4 5 41 10 82
Asie du Sud-est 3,0 2,7 16 11 24 16
Amérique latine 2,3 1,9 39 77 59 117
Asie de l’Ouest et Afrique du Nord 2,8 3,0 15 51 24 80
Afrique subsaharienne 3,5 3,8 12 31 11 30
Monde en développement 2,8 3,3 188 391 30 62
Monde développé 0,6 0,2 115 263 83 189
Ensemble du monde 1,8 1,7 303 654 39 85
Sources: Les projections sont des chiffres mis à jour suivant le même format que dans Rosegrant et al (1997).
Notes: Il s’agit ici de la consommation directe des denrées alimentaires, mesurée en poids frais, avec os. Les viandes comprennent le bœuf, le porc, le mouton, la chèvre et les volailles. Le lait comprend le lait et les produits laitiers de vache et de bufflesse en équivalents lait liquide. Les quantités en tonnes et en kilos sont des moyennes mobiles de trois ans centrées sur les deux années indiquées.

Tendances de la production d’ici 2020

Les projections des tendances de la production de viande d’ici 2020 suivent étroitement celles de la consommation excepté pour l’Asie de l’Ouest et l’Afrique du Nord (tableaux 17 et 18). D’une manière générale, le modèle IMPACT projette qu’en 2020 les pays déficitaires importeront des aliments du bétail plutôt que de la viande. Cela contredit l’idée communément admise selon laquelle il est moins cher d’importer le produit ayant la plus grande valeur ajoutée (ici la viande par opposition aux céréales brutes). Mais ces résultats sont en harmonie avec les caractéristiques actuelles du commerce international et l’expérience des pays en développement rapide comme Taiwan. Ces caractéristiques du commerce international des produits de l’élevage pourraient, mieux qu’une simple comparaison des valeurs ajoutées, refléter la réalité des coûts et avantages relatifs des modes de production et des stratégies commerciales.

Tableau 18Projections des tendances de la production de viande et de lait de 1993 à 2020

Région

Taux d’accroissement annuel de la production totale de 1993 à 2020 (en%) Production totale (en millions de tonnes) Production par habitant (en kg)
  Viande Lait Viande Lait Viande Lait
Chine 2,9 3,2 86 19 60 13
Autres pays d’Asie de l’Est 2,4 3,9 7 3 55 29
Inde 2,8 1,6 8 172 6 135
Autres pays d’Asie du Sud 2,6 3,1 4 46 9 92
Asie du Sud-est 3,1 2,9 16 3 25 5
Amérique latine 2,2 2,0 39 80 59 121
Asie de l’Ouest et Afrique du Nord 2,5 2,6 11 46 18 72
Afrique subsaharienne 3,4 4,0 11 31 10 30
Monde en développement 2,7 3,2 183 401 29 63
Monde développé 0,7 0,4 121 371 87 267
Ensemble du monde 1,8 1,6 303 772 39 100
Sources: Les projections sont des chiffres mis à jour suivant le même format que dans Rosegrant et al (1997).
Notes: Les viandes comprennent le bœuf, le porc, le mouton, la chèvre et les volailles. Le lait comprend le lait et les produits laitiers de vache et de bufflesse en équivalents lait liquide. Les quantités en tonnes et en kilos sont des moyennes mobiles de trois ans centrées sur les deux années indiquées.

La comparaison des projections de la production et de la consommation de lait jusqu’en 2020 fait apparaître un schéma quelque peu différent. Contrairement à la viande, le lait est lui-même un intrant majeur dans la production intérieure du secteur de l’élevage. Alors que les chiffres de consommation du tableau 17 ne se rapportent qu’à la consommation humaine, les chiffres de production incluent le lait utilisé dans l’alimentation animale. D’après les projections, la production devrait dépasser la consommation de 108 millions de tonnes (soit 29% de la production projetée) dans les pays développés en 2020. Soixante dix sept millions de tonnes seront utilisées pour l’alimentation du bétail et les excédents seront exportés vers les pays en développement. Seuls 41 millions de tonnes (10% de la production projetée) devraient être utilisés pour l’alimentation du bétail dans les pays en développement, malgré une population animale plus nombreuse que celle des pays développés.

La production ne devrait croître dans les pays développés que de 0,7% au plus par an jusqu’en 2020 pour les principaux produits de l’élevage à l’exception des volailles (tableau 19). Dans les pays en développement, on s’attend à des taux de 2,7% et 3,2% respectivement pour la viande et le lait. L’essentiel de la production sera concentré dans ces pays, mais la production par habitant sera beaucoup plus élevée dans le monde développé.

Tableau 19Projections des tendances de la production de diverses denrées d’origine animale de 1993 à 2020
Région/produit Taux annuel d’accroissement projeté de la production totale de 1993 à 2020 (en%) Production totale (en millions de tonnes) Production par habitant (en kg)
    1993 2020 1993 2020
Monde développé
Bœuf 0,6 35

38

26

28

Porc 0,4 37

41

29

29

Volailles 1,2 27

36

21

26

Viandes 0,7 100

121

78

87

Lait 0,4 348

371

272

267

Monde en développement
Bœuf 2,6 22

44

5

7

Porc 2,7 39

81

9

13

Volailles 3,0 21

47

5

7

Viandes 2,7 88

183

21

29

Lait 3,2 164

401

39

63

Sources: La production totale et la production par habitant pour 1993 ont été calculées à partir de FAO (1998). Les projections sont des chiffres mis àjour suivant le même format que dans Rosegrant et al(1997).
Notes: Les viandes comprennent le bœuf, le porc, le mouton, la chèvre et les volailles. Le lait comprend le du lait et les produits laitiers de vache et de bufflesse en équivalents lait liquide. Les quantités en tonnes et en kilos sont des moyennes mobiles de trois ans centrées sur les deux années indiquées.

Utilisation des céréales dans l’alimentation animale jusqu’en 2020

Les tendances de l’utilisation des céréales dans l’alimentation animale depuis le début des années 80 (tableau 15) montrent que celle-ci progresse partout plus vite que la production de céréales excepté en Asie de l’Ouest et en Afrique du Nord. La comparaison des tendances historiques et des projections dans ce domaine montrent un ralentissement jusqu’en 2020 en Chine, dans les autres régions d’Asie de l’Est, en Asie du Sud-est et en Afrique subsaharienne (tableaux 15 et 20). En revanche, on assistera en Inde, dans les autres régions d’Asie du Sud, en Asie de l’Ouest et en Afrique du Nord, à une accélération de l’utilisation des céréales comme aliments du bétail due essentiellement à une forte augmentation de la production de lait.

Tableau 20Projections des tendances de l’utilisation de céréales comme aliment du bétail de 1993 à 2020

Région

Taux d’accroissement annuel projeté de l’utilisation de céréales comme aliment du bétail de 1993à 2020 (en%) Quantités totales de céréales utilisées comme aliment du bétail (en millions de tonnes) Quantité de céréales utilisées comme aliment du bétail par habitant (en kg)
    1993 2020 1993 2020
Chine 3,4 84

178

62

125

Autres pays d’Asie de l’Est 2,2 7

20

116

167

Inde 5,0 3

14

4

11

Autres pays d’Asie du Sud 2,9 1

4

6

7

Asie du Sud-est 2,7 12

30

32

45

Amérique latine 2,0 55

92

116

140

Asie de l’Ouest et Afrique du Nord 2,5 29

66

93

104

Afrique subsaharienne 3,5 3

5

4

5

Monde en développement 2,8 194

409

45

65

Monde développé 0,6 442

519

346

374

Ensemble du monde 1,4 636

928

115

120

Sources: Les quantités totales et les quantités par habitant pour 1993 ont été calculées à partir de FAO (1998). Les projections sont des chiffres mis à jour suivant le même format que dans Rosegrant et al (1997).
Notes: Les céréales comprennent le blé, le maïs, le riz, l’orge, le millet, le seigle et l’avoine. Les quantités sont des moyennes mobiles de trois ans centrées sur les deux années indiquées.

Dans les pays développés, l’utilisation de céréales dans l’alimentation animale par habitant n’augmentera que de 8,1% du début des années 90 à 2020 alors qu’elle devrait progresser de 44% dans les pays en développement. Etant donné cette stagnation dans les pays développés, où les céréales jouent aujourd’hui un rôle important dans l’alimentation des animaux d’élevage, l’utilisation de ce type de céréales dans le monde n’augmentera que de 46% d’ici 2020. Cela se traduira par un taux d’accroissement annuel total de 1,4%, taux sensiblement plus élevé que celui de 0,7% par an enregistré entre le début des années 80 et le début des années 90. Selon les projections, la production de céréales devrait progresser de 1,3% par an jusqu’en 2020.

Entre le début des années 90 et l’an 2020, les quantités de céréales utilisées dans l’alimentation du bétail devraient augmenter de 292 millions de tonnes. Par comparaison, une récolte normale de maïs aux Etats-Unis au début des années 90 produisait environ 200 millions de tonnes de grain. Cette hausse sera essentiellement couverte par l’augmentation des rendements dans les pays exportateurs traditionnels et l’extension des superficies emblavées dans les pays d’Asie du Sud et de l’Est. En Asie du Sud et de l’Est, la culture de céréales pour l’alimentation du bétail est relativement peu importante par rapport à celle des céréales destinées à l’alimentation humaine, mais la production de maïs se développe rapidement tandis que celle de riz diminue.

Sensibilité des projections à diverses hypothèses

Quatre hypothèses destinées à tester la sensibilité du modèle IMPACT et à tenir compte de certains changements majeurs susceptibles de survenir dans le monde sont examinées ici, à savoir, (1) une contraction prolongée de la croissance économique en Asie, (2) un changement structurel des goûts en Inde en faveur d’un accroissement de la consommation de lait et de viande, (3) une augmentation générale, séculaire au cours du temps, de l’efficacité de la conversion des aliments du bétail (due par exemple à des progrès technologiques), et (4) une baisse générale séculaire au cours du temps de l’efficacité de la conversion des céréales utilisées comme aliment du bétail (due par exemple à l’accroissement de l’utilisation de céréales dans l’alimentation animale par suite de l’intensification de la production dans le secteur de l’élevage).

Que se passera-t-il si la crise économique asiatique se prolonge?

Etant donné que la révolution dans le secteur de l’élevage est essentiellement tirée par la demande dans les pays en développement, notamment d’Asie, une crise économique prolongée en Asie pourrait avoir d’importantes répercussions sur les tendances dans ce secteur jusqu’en 20209. Un scénario plus draconien de la crise asiatique est présenté au tableau 21. Il comporte également une dépréciation durable des taux de change des monnaies de cette région ainsi qu’une contraction prolongée des taux d’accroissement du revenu. Selon le pays, les écarts entre les prix intérieurs et extérieurs ont été augmentés de 5 à 13%. Les taux annuels de progression du PIB ont été réduits de 30 à 45%. Présenté en détail dans Rosegrant et Ringler (1998), ce scénario est le plus pessimiste possible, notamment parce qu’il est basé sur l’hypothèse selon laquelle les effets de la crise se prolongeront jusqu’en 2020. Ses conclusions sont présentées ici pour illustrer la robustesse de la révolution dans le secteur de l’élevage, même dans l’hypothèse d’une récession prolongée en Asie.

    9 La version de base (juin 1998) du modèle IMPACT utilisée ici incorpore déjà sur la croissance en Asie des hypothèses moins optimistes que les versions précédentes. Voir Rosegrant et Ringler (1998) pour une discussion détaillée. Cette version est basée sur des taux d'accroissement annuel à long terme du PIB non agricole de 5,5% en Chine, 4,5% en Indonésie, 5% en Malaisie, 3,5% en Corée, 5% en Inde et 5% en Thaïlande.

Tableau 21Changements des hypothèses de base du modèle IMPACT: une crise asiatique aiguë et une consommation élevée de viande en Inde

Scénario

Phénomène modélisé Mécanisme Nature, ampleur et durée des paramètres modifiés
Crise asiatique aiguë Dépréciation durable des taux de change des monnaies asiatiques Augmentation de l’écart entre les prix intérieurs et extérieurs pour les pays asiatiques Hausse brutale et durable de 5 à 13% des prix mondiaux selon les pays
Baisse de la croissance des revenus non agricoles en Asie Baisse des taux d’accroissement du PIB asiatique (déterminés de manière exogène) Baisse durable de 30 à 45% des taux d’accroissement du PIB selon le pays
Consommation élevée de viande en Inde Changements des goûts en Inde en faveur des produits alimentaires d’origine animale, y compris la viande de bœuf Augmentation de l’élasticité revenu pour les produits alimentaires d’origine animale en Inde Augmentation durable de l’élasticité jusqu’à 1,5 à 2,0 selon le produit
Augmentation de la production des troupeaux en Inde Hausse continue des taux de croît des troupeaux en Inde Déplacement vers le haut de 0,3 à 0,7% des intersections fixes selon le produit
Accroissement de l’utilisation des céréales dans l’alimentation du bétail en Inde Hausse progressive des taux de conversion des aliments (kg de céréales/kg de produits alimentaires d’origine animale) D’ici 2020, les taux de conversion des aliments enregistrés en Inde seront supérieurs à ceux de la plupart des pays en développement mais inférieurs à ceux des pays développés
Source: Le scénario de la crise asiatique aiguë est présenté dans Rosegrant et Ringler (1998)

On trouvera au tableau 22 les résultats de la comparaison du scénario de la crise asiatique aiguë et des projections de base. Celle-ci fera chuter la consommation de viande, de lait et d’aliments du bétail, plus particulièrement en Chine et en Inde. Mais même si cette consommation diminue de 20% par rapport aux projections de base, le fait que celles-ci prévoient une hausse de 200 à 300% de la consommation de viande et de lait en Inde et en Chine d’ici 2020 signifie que la consommation augmentera quand même de 160 à 240% dans ces pays, ce qui est encore considérable.

Même dans l’hypothèse d’une crise asiatique aiguë, les perspectives d’une expansion à long terme du secteur de l’élevage en Asie et dans le monde demeurent relativement bonnes. En Amérique latine et en Afrique subsaharienne, le scénario de la crise asiatique aiguë se traduit par de légères augmentations de la consommation de viande et de lait (baisses des prix mondiaux de la viande et des aliments du bétail). Pour l’ensemble du monde, la consommation des produits d’origine animale progresse de 8% ou moins, un accroissement négligeable quand on sait qu’il s’étale sur 27 ans.

Que se passera-t-il si la consommation de viande augmente de manière spectaculaire en Inde?

Un autre changement structurel qui pourrait influencer l’économie des productions animales dans le monde est un changement des goûts en Inde entraînant une hausse de la consommation de viande dans ce pays (Bhalla, Hazell et Kerr 1998). La poursuite de l’urbanisation et une augmentation durable du revenu pourraient amener les populations à porter leur niveau de consommation de viande à celui de la consommation de lait. La consommation totale de lait en Inde a augmenté de 53% entre le début des années 80 et le début des années 90 (tableau 6).

Ce scénario suppose que les élasticités-revenu augmentent en Inde de 1,5 à 2,0 selon le produit (tableau 21). Il suppose également que les systèmes de production changent simultanément, avec des hausses permanentes de 0,3 à 0,7% de la taille des troupeaux. Ce scénario suppose enfin que dans ce pays où la terre est rare, la production de l’élevage augmente essentiellement à travers l’intensification et qu’en conséquence, la quantité de céréales requise pour produire chaque kilo de viande augmente.

L’hypothèse de la consommation élevée de viande en Inde a des effets opposés à ceux du scénario de la crise asiatique aiguë. Son influence sur l’accroissement de la consommation dans le pays est énorme aussi bien en termes absolus qu’en termes relatifs, mais relativement modeste par habitant (tableau 22). En chiffres absolus, les augmentations de la consommation de lait et de l’utilisation de céréales dans l’alimentation animale sont les plus élevées. Pour l’ensemble du monde, la consommation de lait et l’utilisation de céréales dans l’alimentation animale augmenteront en 2020 respectivement de 53% et 8% par rapport aux prévisions du scénario de base.

Tableau 22Différences (en %) entre les projections de base et celles des scénarios de la crise asiatique aiguë et de la consommation de viande en Inde

Région

Crise asiatique aiguë Forte consommation de viande en Inde
Bœuf et mouton Porc et volailles Lait Céréales utilisées dans l’alimentation animale Bœuf et mouton Porc et volailles Lait Céréales utilisées dans l’alimentation animale
(différence en% les projections de base et celles des scénarios)
Chine –20

–19

–18

–13

–3

–2

–7

4

Inde –14

–17

–27

–16

343

505

154

250

Autres pays d’Asie (y compris Asie de l’Ouest et Afrique du Nord) –8

–13

–5

–1

–4

–3

–9

7

Amérique latine 1

4

2

–5

–3

–4

–4

8

Afrique subsaharienne 2

4

4

–4

–4

–2

–8

5

Monde en développement –6

–13

–13

–8

33

6

59

14

Monde développé –2

2

0

–2

0

0

–2

3

Ensemble du monde –4

–8

–8

–5

19

4

34

8


Notes: L’hypothèse de la crise asiatique aiguë incorpore une baisse des accroissements du revenu et une dépréciation des taux de change des monnaies des pays de la région. Selon le pays, ces accroissements sont inférieures de 30 à 45% à ceux du scénario de base et la dépréciation des taux de change entraîne une augmentation de 5 à 13% des prix intérieurs.
L’hypothèse de la forte consommation de viande en Inde incorpore un changement des goûts en faveur de la consommation de produits alimentaires d’origine animale et des augmentations de la production et des taux d’utilisation de céréales dans l’alimentation animale dans ce pays. Les élasticités-revenu des denrées animales augmentent pour atteindre 1,5 à 2,0 selon le produit. La taille des troupeaux en Inde augmente de 0,3 à 0,7% (selon le type d’animal) et les taux de conversion des aliments sont supérieurs aux niveaux habituels des pays en développement.
Le mouton comprend la viande de mouton et de chèvre. Le lait inclut le lait et tous les produits laitiers en équivalents lait liquide.
Les fortes variations relatives à la viande et à l’utilisation de céréales dans l’alimentation du bétail en Inde sont dues aux faibles valeurs initiales. Par exemple, la consommation projetée de bœuf pour 2020 n’est encore que de 31 kg par habitant dans le cadre de l’hypothèse haute, soit moins que la consommation actuelle par habitant de la Chine.

Scénarios basés sur différents taux d’efficacité de la conversion des aliments

L’alimentation peut absorber jusqu’à trois-quarts des coûts variables de la production animale dans les systèmes intensifs (Sere et Steinfeld 1996). Les quantités d’aliments utilisées pour produire de la viande et du lait influencent considérablement les coûts de production finaux. Les innovations technologiques qui augmentent la quantité de viande produite par unité d’aliment à haute teneur en énergie et l’intensification de la production (substitution des ligneux et des déchets par des céréales) peuvent tous deux changer la quantité de céréales nécessaire pour produire chaque unité de poids de viande ou de volume de lait. Deux scénarios opposés sont présentés, à savoir une hausse et une baisse du taux d’amélioration de l’efficacité de l’utilisation des aliments. Tous deux sont modélisés de manière quelque peu extrême pour tester la sensibilité des résultats aux changements des taux de conversion. Le scénario de base suppose essentiellement que les deux effets se neutralisent mutuellement.

Dans le premier scénario que nous qualifierons de scénario ‘‘optimiste’’, les taux de conversion alimentaire augmentent progressivement. Dans les pays en développement, la production de viande augmente d’environ 1% par an par kilo d’aliment du bétail, avec effet cumulatif. Cela reflète l’ampleur des progrès technologiques enregistrés dans les pays développés du début des années 80 au début des années 90. Selon ce scénario, l’efficacité de la conversion des aliments n’augmente que de 0,5% par an dans les pays développés. Ce taux plus faible reflète le peu de latitude dont disposent ces pays pour adopter des technologies en provenance d’autres régions. Il en résulte que les pays en développement produisent en 2020 environ 60% de viande de plus par kilo d’aliment du bétail que dans les projections de base. Cet effet est divisé par deux pour les pays développés.

Dans le deuxième scénario, que nous appellerons scénario ‘‘pessimiste’’, les taux de conversion des aliments se dégradent progressivement. Dans les pays en développement, la production de viande diminue d’environ 1% par an par kilo d’aliment du bétail, avec effet cumulatif. Ce scénario reflète un passage progressif de la production familiale à une production d’embouche plus intensive. Etant donné que les modes intensifs d’alimentation ont déjà pris racine dans la plupart des pays développés, on a supposé que le taux de conversion des aliments ne se dégradera que de 0,5% par an dans ces régions. Il en résulte qu’en 2020, les pays en développement produisent environ 60% de viande de moins par kilo d’aliment du bétail que dans les projections de base. Cet effet est divisé par deux pour les pays développés.

Le tableau 23 montre les effets des scénarios optimiste et pessimiste de conversion des aliments sur la consommation en 2020. Le résultat le plus frappant est que d’importants changements, à la hausse ou à la baisse, n’ont pratiquement aucun effet sur la consommation des produits animaux, mais influencent les quantités de céréales nécessaires pour les produire. Bien que cela ne se voie pas ici, les fluctuations des taux de conversion des aliments modifient profondément le poids relatif des différents sites de production dans un système de marché compétitif. Un point crucial à noter dans le tableau 23 est que par rapport aux projections de base, la quantité de céréales utilisée pour l’alimentation du bétail en 2020 ne change que de 2% dans les pays développés contre 13 à 16% dans le monde en développement. Ces changements sont insignifiants dans la mesure où l’amélioration de l’efficacité des aliments entraîne une baisse des prix des céréales – ce qui encourage tous les producteurs à substituer les céréales aux autres ingrédients – et diminue l’effet global des changements de l’efficacité.

Tableau 23Différences (en %) entre les projections de base et celles des hypothèses de la conversion des aliments du bétail en 2020

Région

Hausse de l’efficacité de la conversion des aliments Baisse de l’efficacité de la conversion des aliments
>Bœuf et mouton Porc et volailles Lait Céréales utilisées dans l’alimentation du bétail Bœuf et mouton Porc et volailles Lait Céréales utilisées dans l’alimentation du bétail
(différence en% entre les projections de base et celles des scénarios)
Chine 0 0 0 –15 0 0 0 17
Inde 0 1 0 –9 0 0 –1 11
Autres pays d’Asie (y compris Asie de l’Ouest et Afrique du Nord) 0 1 1 –10 –1 0 –1 12
Amérique latine 1 1 0 –15 0 –1 –1 19
Afrique subsaharienne 0 0 0 –12 0 0 0 14
Monde en développement 0 1 0 –13 0 0 –1 16
Monde développé 0 0 0 –2 0 0 0 2
Ensemble du monde 0 0 0 –7 0 0 0 8
Notes: L’hypothèse de l’accroissement de l’efficacité de la conversion des aliments suppose une hausse de l’efficacité de la conversion du maïs en viande. Cela entraîne un ralentissement du rythme d’accroissement des taux de conversion dans les régions où ils augmentent et une accélération du rythme de réduction des taux de conversion dans les régions où ils diminuent.
L’hypothèse de la diminution de l’efficacité de la conversion alimentaire suppose une baisse de l’efficacité de la conversion du maïs en viande. Cela entraîne une accélération du rythme d’accroissement des taux de conversion dans les régions où ces derniers augmentent et un ralentissement du rythme de réduction des taux de conversion dans les régions où ces derniers diminuent.
Le mouton comprend la viande de mouton et de chèvre. Le lait comprend tous les produits laitiers en équivalents lait liquide.

Une baisse progressive de l’efficacité des aliments du bétail augmente les prix mondiaux des céréales utilisées dans l’alimentation animale jusqu’au point où la substitution devient coût-efficace. La production des régions et des produits incapables de réaliser cette substitution à des coûts suffisamment bas diminue alors que celle des zones et des denrées qui en sont capables augmente. Par exemple, des pays comme l’Argentine, qui sont dotés d’une énorme capacité de production sur parcours, sont favorisés dans le scénario ‘‘pessimiste’’ dans la mesure où ils peuvent alors concurrencer plus facilement les systèmes d’embouche bovine plus chers basés sur le zéro pâturage. L’inverse est vrai dans le scénario ‘‘optimiste’’. Une augmentation de l’efficacité des aliments (baisse des taux de conversion) tend à stimuler l’utilisation de céréales dans l’alimentation du bétail et profite aux pays où les céréales sont relativement bon marché et leur utilisation dans l’alimentation animale bien établie.

Un résultat frappant de cette analyse est que tant que les céréales sont disponibles sur le marché mondial et que l’offre est relativement élastique, les taux de conversion des aliments ne jouent pas un rôle crucial dans la détermination des niveaux de consommation des produits animaux par les populations, bien qu’ils influencent la compétitivité des producteurs de ces denrées. Par conséquent, l’efficacité de la conversion des aliments et les prix relatifs des céréales peuvent influencer considérablement la direction du commerce des produits d’origine animale dans le monde.


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