IFPRI: 2020 Discussion Paper 28
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L'élevage d'ici 2020:
la prochaine révolution alimentaire

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environment

Table of Content

6. Nutrition, sécurité alimentaire et réduction de la pauvreté

Les tendances rapportées dans le chapitre précédent indiquent nettement que les caractéristiques de la consommation des produits de l’élevage dans les pays en développement sont en train de converger rapidement vers celles des pays développés, obligeant les systèmes de production du monde en développement à en faire de même. Avec l’immense polémique dont se fait l’écho la presse populaire comme scientifique à propos de la désirabilité des caractéristiques de la consommation et de la production des denrées d’origine animale des pays riches, les conséquences possibles de la révolution dans le secteur de l’élevage sur les conditions de vie des populations dans les pays pauvres constituent un sérieux sujet de préoccupation. Il semble probable, par exemple, que de très grandes quantités de céréales serviront à nourrir des animaux pour produire des denrées destinées à être essentiellement consommées par les plus nantis des villes dans des pays où bien des gens manquent totalement de nourriture (Brown et Kane 1994; Goodland 1997; Pimentel 1997).

Ces préoccupations soulèvent des problèmes complexes en ce qui concerne la nutrition, la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté. Au nombre des questions nutritionnelles figure l’effet de la consommation de certains produits animaux sur la santé et le bien-être dans certaines situations données. Les problèmes de sécurité alimentaire concernent la capacité des populations à disposer régulièrement de quantités suffisantes de nourriture pour une vie saine et productive. En ce qui concerne le problème de la réduction de la pauvreté, on se demande dans quelle mesure la production et la vente des denrées d’origine animale peuvent améliorer les conditions de vie des pauvres du monde rural.

Les projections du modèle IMPACT éclairent les tendances probables des prix des céréales et des produits animaux selon différents scénarios de la révolution dans le secteur de l’élevage. L’impact de l’élevage sur le pouvoir d’achat des pauvres, l’autre aspect du problème de la relative cherté des céréales, doit être évalué à l’aide de données extrêmement détaillées. Comme on le verra plus loin, les résultats d’études effectuées sur les ménages dans le monde en développement indiquent que dans de nombreux cas, les pauvres du monde rural, notamment les femmes, tirent de l’élevage une part plus élevée de leurs revenus que les couches relativement plus aisées. Ces conclusions soulèvent un certain nombre de questions quant à la moralité des positions ‘‘anti-élevage’’ sans discernement en matière de prise de décision. Cependant, la question de savoir si l’élevage traditionnel peut coexister avec des systèmes de plus en plus industrialisés de production reste ouverte. Enfin, l’intensification accrue soulève d’autres problèmes d’éthique, y compris en ce qui concerne le bien-être des animaux et par exemple la gêne qu’occasionnent aux populations en aval les grandes unités industrielles de production porcine.

Comme avec les autres changements structurels du secteur de l’alimentation importants pour les conditions de vie des populations humaines, y compris la révolution verte en ce qui concerne les céréales, les discussions populaires sur les conséquences de la révolution dans le secteur de l’élevage dans les pays en développement gagneraient parfois à être dépassionnées et mieux documentées. L’objectif de ce chapitre est de montrer comment les travaux de recherche présentés dans le reste de ce document touchent au débat actuel sur le problème du bien-être des populations.

La révolution dans le secteur de l’élevage et la nutrition dans les pays en développement

L’examen des questions nutritionnelles effectué dans cette section ne couvre pas les effets sanitaires de la consommation de produits alimentaires contaminés. Ceux-ci sont examinés au chapitre 8. Même si le problème de la contamination peut être maîtrisé, la consommation accrue de viande et de lait est-elle une bonne chose? Les inquiétudes relatives aux problèmes de santé clairement associés à de très fortes consommations de viande et de lait dans des pays comme les Etats-Unis doivent être prises très au sérieux (Barnard, Nicholson et Howard 1995). Cependant, ces préoccupations sont directement extrapolées aux pays en développement parfois sans discernement (Goodland 1997; Pimentel 1997), parfois de manière sélective comme dans le cas des villes chinoises (Geissler, à paraître).

Les conclusions scientifiques relatives aux effets possibles des produits d’origine animale sur la nutrition dans les pays en développement dépendent non seulement des caractéristiques démographiques de ces pays, des niveaux de revenu des groupes cibles et des produits étudiés (CAST 1997a), mais également des méthodologies utilisées (Hu et Willett 1998). Et les essais cliniques aléatoires finaux ou d’autres types d’enquête conçus pour vérifier de possibles corrélations en comparant une situation à long terme ‘‘avant’’ à la même situation ‘‘après’’ un facteur donné peuvent s’avérer difficiles à interpréter.

Une approche souvent évoquée pour étudier les liens entre la consommation de viande et la santé repose sur les corrélations entre la fréquence de certaines maladies et les caractéristiques de la consommation des produits d’origine animale dans différentes régions. Un exemple notable est celui d’une étude de ces corrélations effectuée en Chine dans 65 comtés des zones rurales (Chen et al 1990). Cependant, bien que cette approche soulève des questions pertinentes et exploite d’importantes quantités de données, sa fiabilité demeure hypothétique comme l'ont souligné les auteurs eux-mêmes. Par ailleurs, cette étude était incapable de contrôler d’autres variables qui auraient pu aussi contribuer à expliquer les résultats obtenus (Hu et Willett 1998).

Hu et Willett (1998) ont récemment effectué, pour le compte de la Banque mondiale, une étude détaillée de la relation entre la consommation de produits animaux et les risques de maladies chroniques. Cette étude avait pour but de passer au crible les conclusions contradictoires disponibles sur la question en vue de définir des critères susceptibles de guider les politiques d’investissement de la Banque dans les pays en développement. Ils ont examiné des résultats obtenus en divers points du monde, en posant comme hypothèse de base que les régimes alimentaires et les besoins nutritionnels varient en fonction de l’environnement et des conditions de travail mais que la biologie humaine, elle, ne change pas.

Ils ont trouvé que la consommation de viande rouge (bœuf, porc, agneau) au-delà d’un seuil relativement bas augmente probablement les risques de maladies coronariennes; les produits laitiers pourraient aussi avoir le même effet; les oeufs n’ont probablement aucun rapport avec ces maladies jusqu’à un oeuf par jour tandis que les volailles et le poisson réduisent probablement les risques de ces affections. Cependant, des consommations modérées de viande rouge pourraient diminuer les risques d’attaques hémorragiques dans les cas où les niveaux de consommation étaient très bas au départ. Par ailleurs, des niveaux élevés de consommation de ce type de viande pourraient accroître les risques de diverses formes de cancer, lesquels diminuent probablement lorsqu’on remplace la viande rouge par du poulet ou du poisson. Les produits laitiers pourraient constituer un facteur de risque dans le cancer de la prostate. Hu et Willett concluent que les politiques sanitaires dans les pays en développement devraient établir une distinction entre le poulet et le poisson d’une part et le bœuf et le porc de l’autre dans la mesure où les premiers ont probablement plus d’avantages nutritionnels que les seconds. Ils voient des avantages à développer la consommation d’œufs et de produits laitiers lorsque celle-ci est aussi faible que dans les pays en développement.

Des publications autorisées sur la nutrition humaine dans le monde en développement soulignent la forte prévalence de cas de malnutrition protéino-énergétique bénigne ou modérée chez une proportion pouvant aller jusqu’à un tiers des enfants et peut-être même plus chez les femmes enceintes ou allaittantes. Ces publications soulignent en outre le rôle critique de régimes alimentaires équilibrés et de niveaux adéquats de protéines et de calories biodisponibles ainsi que d’oligo-éléments essentiels (comme la vitamine A, l’iode et le fer) dans le développement psychique et physique (Calloway 1995; Sharma et al 1996; Latham 1997; Neumann et Harris 1999; Geissler, à paraître). Des recherches ont également montré qu’une alimentation adéquate et équilibrée limite la morbidité. Les produits d’origine animale sont présentés dans ces publications comme d’excellentes sources de formes absorbables de fer, de zinc, de vitamine B12 et de rétinol. Certaines viandes et certains produits laitiers sont cités à divers titres comme de bonnes sources de thiamine, de calcium, de vitamine B6, de riboflavine, de vitamine A et d’autres minéraux dont les besoins augmentent en période de croissance (Calloway 1995; Latham 1997; Neumann et Harris 1999).

Bien qu’une large combinaison de nutriments d’origine végétale puisse également fournir les acides aminés et les oligo-éléments nécessaires pour couvrir les besoins nutritionnels, les pauvres des zones rurales des pays en développement auront beaucoup de mal à réaliser cet équilibre d’un bout à l’autre de l’année uniquement à partir de légumes. En revanche, l’augmentation de la consommation, même relativement faible, de viande et de lait pourrait apporter les protéines et oligo-éléments indispensables ainsi qu’une quantité appréciable d’énergie et ce, avec un apport moins varié de légumes, que la consommation de seuls produits végétaux (Latham 1997; Hu et Willett 1998; Geissler, à paraître; Neumann et Harris 1999).

Pour toutes ces raisons, la révolution dans le secteur de l’élevage semble comporter de nombreux avantages nutritionnels potentiels pour les pays en développement. A l’heure actuelle, ces avantages potentiels surpassent probablement d’éventuels préjudices nutritionnels. Que l’équilibre nutritionnel soit réalisé grâce à de nombreux produits végétaux ou à la combinaison de quelques-uns seulement de ces derniers et de denrées d’origine animale, une bonne nutrition passe nécessairement par la consommation d’une quantité adéquate de nourriture. Et le premier problème nutritionnel de la plupart des pauvres dans les pays en développement est d’arriver à s’assurer des quantités suffisantes de nourriture et un régime alimentaire équilibré.

Ce n’est que le jour où les populations des pays en développement commenceront à consommer régulièrement des calories alimentaires en trop grande quantité que les types de problèmes sanitaires associés à la consommation excessive de cholestérol et d'acides gras saturés dans les pays développés pourraient y devenir plus fréquents, notamment parmi les couches les plus aisées des zones urbaines. Cependant, d’après les projections, la consommation moyenne de viande et de lait par habitant dans les pays en développement en 2020 devrait être inférieure à la moitié de la moyenne actuelle des pays développés (voir tableau 16). Avec des niveaux aussi bas en 2020, on attendra longtemps encore avant que la majorité de la population de la planète ne connaisse les problèmes liés à l’excès de consommation de viande et de lait.

Plus que le risque de surconsommation, ce qui devrait préoccuper davantage, c’est plutôt le risque de voir ceux qui pourraient le plus profiter d’une consommation accrue de produits animaux exclus de la révolution dans le secteur de l’élevage. Leur éventuelle capacité à en tirer parti dépendra de l’évolution des prix des denrées alimentaires et de leur niveau de revenu, lesquels constituent l’objet de la section suivante.

La révolution dans le secteur de l’élevage et la sécurité alimentaire des pauvres

Contrairement aux économistes, les écologistes et les zootechniciens ont tendance à considérer l’effet d’un accroissement de la production de l’élevage sur les disponibilités alimentaires dans les pays en développement comme un compromis entre l’utilisation des céréales (et des terres et de l’eau utilisées pour les produire) pour l’alimentation humaine et comme aliment du bétail. Ils présentent alors des chiffres pour montrer si la production supplémentaire de denrées d’origine animale améliore ou au contraire trouble un hypothétique équilibre calorique des populations (CAST 1994; Pimentel et al 1997; Goodland 1997; Brown et Kane 1997).

Les partisans de l’élevage soulignent le fait que, dans les pays en développement, les ruminants se nourrissent essentiellement d’herbe naturelle et d’autres denrées qui n’ont pratiquement aucune valeur alimentaire pour l’homme. Ils insistent aussi sur l’importance des utilisations non alimentaires du bétail (Fitzhugh 1998; CAST, à paraître). Pour leur part, ses ‘‘adversaires’’ font valoir que les monogastriques sont à l’origine de la plus grande partie des augmentations de la production attendue dans le cadre de la révolution dans le secteur de l’élevage et que ces animaux ont besoin d’aliments riches en énergie comme les céréales et ne remplacent qu’une partie des calories céréalières qu’ils consomment. Ils insistent en outre sur le fait qu’étant donné que la consommation des denrées alimentaires d’origine animale augmente rapidement avec le revenu, les riches s’accapareront probablement toutes ces denrées sur le marché au détriment des pauvres (Pimentel 1997; Brown et Kane 1997).

Pour leur part, les économistes ramènent généralement le problème à la question de savoir si, toutes choses égales par ailleurs, l’accroissement de la production du secteur de l’élevage augmente ou diminue les prix des céréales et de la viande et du lait par rapport aux revenus des pauvres. Cette approche a le mérite de définir la sécurité alimentaire en termes de capacité des gens à acheter des produits alimentaires de base. Mais elle n’examine pas pleinement la question de savoir si tous les membres d’un ménage donné ont physiquement accès aux produits alimentaires aux prix mondiaux moyens ou si les malades peuvent les consommer utilement à tout moment. L’évaluation de l’impact de l’accroissement de la production de l’élevage sur le revenu des ménages et les prix des denrées vivrières est une amélioration importante par rapport aux approches basées sur le droit d’accès aux denrées vivrières et constitue probablement ce que l’on peut faire de mieux compte tenu des circonstances.

Le chapitre précédent a montré que la simple inférence selon laquelle l’accroissement de la consommation des produits d’origine animale augmentera significativement les prix des céréales d’ici à 2020 est incompatible avec le schéma différent et plutôt complexe issu des projections du modèle IMPACT. Qu’on se souvienne qu’en 2020, selon les projections du scénario de base, les prix, corrigés de l’inflation, du riz et du blé seront inférieurs de 8 à 10% à leurs niveaux de la première moitié des années 90. Ceux du maïs devraient quant à eux diminuer de seulement 2%. Qui plus est, au milieu des années 90, les prix mondiaux moyens des céréales allaient seulement être d’environ deux-tiers (maïs) à la moitié (riz) de leurs niveaux moyens, corrigés de l’inflation, du début des années 80 (tableau 27).

Dans le scénario le ‘‘plus pessimiste’’ étudié par le modèle IMPACT, les prix du riz et du blé ne dépassent leurs niveaux de 1992–94 corrigés de l’inflation que de 8 à 11% (tableau 28) et ceux du maïs augmentent de 21%. Le modèle IMPACT prévoit en outre des tendances à la baisse modérées à long terme pour les prix de diverses viandes et du lait. Les caractéristiques de la consommation des riches pourraient empêcher les produits de l’élevage de devenir encore plus abordables pour les pauvres sans toutefois augmenter les prix de ces denrées trop largement au-dessus de leurs niveaux actuels.

En somme, les prix des denrées vivrières baissent à long terme malgré des augmentations rapides des quantités de céréales utilisées pour l’alimentation du bétail. Il est probable que la révolution dans le secteur de l’élevage ralentira quelque peu cette tendance d’ici 2020. Mais on n’assiste à un renversement de tendance que dans des conditions extrêmes, et même si cela se produisait, les hausses de prix devraient être faibles par rapport aux baisses de prix réels enregistrées depuis le début des années 80. La révolution dans le secteur de l’élevage devrait, par le biais des prix des céréales, influencer beaucoup plus la sécurité alimentaire des pauvres que leur revenu.

La révolution dans le secteur de l’élevage et le revenu des pauvres

Dans les pays en développement, l’élevage joue dans la vie des pauvres du monde rural un rôle clé qui revêt au moins six formes (Livestock in Development 1998).Premièrement, les animaux d’élevage constituent une importante source de revenu monétaire. Deuxièmement, ils constituent l’une des rares richesses que possèdent les pauvres, notamment les femmes. Troisièmement, leur fumier et leur force de traction sont essentiels pour le maintien de la fertilité des sols et l’intensification des systèmes agricoles dans de nombreuses régions en développement confrontées au problème de l’accroissement de la densité de la population. Quatrièmement, les animaux d’élevage permettent aux pauvres d’exploiter les ressources collectives telles que les zones de pâturage libre pour en tirer des revenus. Cinquièmement, les productions animales permettent aux paysans de diversifier leurs revenus et aident à réduire les fluctuations du revenu, notamment dans les systèmes de production des zones semi-arides caractérisés par une seule campagne agricole par an. Sixièmement enfin, le bétail constitue souvent une source vitale, souvent la seule, de revenu pour les plus pauvres et les plus marginaux parmi les pauvres des zones rurales, comme les pasteurs, les métayers et les veuves.

Nombre de preuves anecdotiques tirées d’études effectuées en Afrique, en Asie et dans certaines régions d’Amérique latine montrent que les pauvres et les paysans sans terre tirent de l’élevage une part plus importante de leurs revenus que leurs homologues relativement plus nantis des mêmes communautés rurales. On trouvera au tableau 29 les parts des revenus issus de l’élevage en fonction de la tranche de revenu, de la taille des exploitations et de l’adéquation de l’alimentation chez des ménages dans plusieurs régions du monde. Par exemple, il ressort d’une enquête effectuée par Adam et He (1995) au Pakistan au cours de la seconde moitié des années 80 que l’élevage assurait environ 25% du revenu des 20% les plus pauvres des ménages ruraux enquêtés. Fitch et Soliman (1983) ont rapporté qu’en Egypte l’élevage assurait en moyenne 63% du revenu des paysans sans terre ou presque sans terre au milieu des années 70. Seuls 14% du revenu des grands propriétaires fonciers provenaient de l’élevage. Von Braun et Pandya-Lorch (1991) identifient quatre pays où les populations souffrant de malnutrition tiraient une plus grande part de leurs revenus de l’élevage que celles bénéficiant d’une alimentation adéquate. Vosti, Witcover et Carpentier (1998) montrent une exception à cette tendance dans une étude qu’ils ont effectuée au Brésil. Dans certaines régions d’Amérique latine, comme l’Amazonie et les pampas argentines, le succès de l’élevage sur pâturage passe par le contrôle de vastes étendues de terres.

 

Tableau 29La place de l’élevage dans le revenu des riches et des pauvres

Pays

Indicateur de la pauvreté/richesse Tranche Proportion du revenu des ménages tirée de l’élevage Période d’étude/taille de l’échantillon Source
Brésil (Ouest amazonien) Tranche de revenu du ménage 1/5 inférieure
1/5 supérieure
37a
64a
1994; 154 ménages ruraux Vosti, Witcover et Carpentier 1998
Ethiopie Tranche de revenu du ménage Très pauvre
Pauvre
6
24
1988–89; 550 ménages ruraux Webb et von Braun 1994
Kenya Tranche de revenu du ménage 1/5 inférieure
1/5 supérieure
61b
38b
1998; 310 fermes laitières Staal et Baltenweck 1998
Pakistan Tranche de revenu du ménage 1/5 inférieure
1/5 supérieure
25
9
1986–89; 727 ménages ruraux Adams et He 1995
Philippines Tranche de revenu du ménage 1/5 inférieure
1/5 supérieure
23c
10c
1984–85; 500 ménages ruraux Bouis 1991
Sénégal         Kelly et al 1993
Zone sahélienne (la plus sèche) Tranche de revenu du ménage> 1/3 inféieure
1/3 supérieure
24
14
1988–90; 29 ménages ruraux  
Zone soudannienne (zone de transition) Tranche de revenu du ménage 1/3 inféieure
1/3 supérieure
10
8
1988–90; 58 à 67 ménages ruraux  
Zone guinéenne (zone forestière) Tranche de revenu du ménage 1/3 inférieure
1/3 supérieure
6
6

1988–90; 92 à 102 ménages ruraux

 
Soudan Tranche de revenu du ménage 1/5 inférieure
1/5 supérieure
14
13
1989; 240 ménages ruraux Teklu, von Braun et Zaki 1991
Egypte Taille des exploitations Sans terre ou presque
Grands propriétaires terriens
63
14
1976–77; 165 ménages ruraux Fitch et Soliman 1983
Inde (Andhra Pradesh et Maharashtra) Taille des exploitations 1/5 inférieure
1/5 suérieure
5
6
1997; 699 ménages> Kerr 1998
Inde (Andra Pradesh et Maharashtra) Taille des exploitations Paysans sans terre
Grands propriétaires fonciers
7
15
1975–78; 240 ménages Singh, Asokan et Walker 1982
Mozambique         Equipe de recherche MOA/MSU/UA, 1992
Monapo Taille des exploitations ¼ inférieure
¼ supérieure
2
5
1991; 343 ménages de petits paysans  
Ribaue Taille des exploitations ¼ inférieure
¼ supérieure
6
5
   
Angoche Taille des exploitations ¼ inférieure
¼ supérieure
3
2
   
Pakistan Taille des exploitations Paysans sans terre
Plus grands propriétaires fonciers
14
11
1986–89; 727 ménages Adams et He 1995
Brésil Adéquation de l’alimentation Malnourris Pas mal nourris 32
27
1984; 384 ménages ruraux Von braun et Pandya-Lorch 1991
Pakistan Adéquation de l’alimentation Malnourris
Pas mal nourris
16
14
1986–87; 1082 ménages ruraux Von braun et Pandya-Lorch 1991
Philippines Adéquation de l’alimentation Malnourris
Pas mal nourris
10
9
1983–84; 792 ménages ruraux Von braun et Pandya-Lorch 1991
Sri Lanka Adéquation de l’alimentation Malnourris
Pas mal nourris
4
1
1984; 480 ménages ruraux Von braun et Pandya-Lorch 1991
aPart du revenu provenant de la production bovine
bPart du revenu provenant de la production laitière
cPart du revenu provenant de l’élevage et des fruits et légumes

Les pauvres ont peu d’opportunités d’accroître leurs revenus en raison de leur accès limité à la terre et au capital. Les petits élevages et les élevages familiaux leur permettent de générer des revenus en utilisant les pâturages communautaires ou des ordures ménagères. La production animale constitue l’un des rares marchés porteurs auquel les pauvres des campagnes peuvent accéder, même avec peu de terre ou une formation et un capital limités.

L’importance de l’élevage pour le revenu des femmes dans les pays en développement a été abondamment soulignée (Quisumbing et al 1995; Valdivia, Dunn et Sherbourne 1995). Les coopératives laitières ont de fait constitué un moyen majeur d’intégration des femmes dans l’économie monétaire en Afrique de l’Est (Brokken et Seyoum 1992), en Inde (Schneider 1995) et en Bolivie (Valdivia, Dunn et Sherbourne 1995).

Le fait que les pauvres tirent une plus grande partie de leurs revenus de l’élevage que les riches signifie que la révolution dans le secteur de l’élevage pourrait être une bonne chose pour eux. Cette révolution donne deux grandes raisons d’être optimiste. Premièrement, les pauvres pourront plus facilement améliorer leurs conditions de vie s’ils s’engagent résolument dans un secteur en expansion. Deuxièmement, l’intensification rapide de l’élevage à laquelle on assiste actuellement survient à un moment où les pauvres du monde rural ont désespérément besoin de tirer plus de leurs terres sans cesse plus petites que ne peuvent leur offrir les seules cultures.

On peut craindre que l’intensification ne réduise la compétitivité des petits producteurs par rapport aux grandes exploitations. Mais les économies d’échelle réelles dans le domaine de l’élevage pourraient s’avérer insignifiantes une fois éliminées les subventions directes et indirectes des gouvernements aux grands producteurs. Dans de nombreuses régions, ces derniers bénéficient de subventions au capital, d’exonérations fiscales, de services publics gratuits, de dispenses des mesures antipollution et sanitaires sans oublier les subventions à la location de vastes étendues de terres de parcours. L’élimination de ces subventions ou la révision du système en vue d’en faire bénéficier aussi les petits exploitants pourrait modifier l’équilibre du marché en faveur des pauvres.

Plus complexe est le fait que, dans les pays en développement, les grands producteurs arrivent souvent plus facilement que les petits paysans à s’entendre ou à promouvoir l’intégration avec les transformateurs alors qu’il y a d’importantes économies d’échelle dans la transformation de produits périssables. Le commerce de ces produits profite énormément des accords de transformation qui normalisent et améliorent la qualité et augmentent l’offre. Les grands producteurs tirent également d’importants avantages des infrastructures de commercialisation qui leur permettent de différer la vente des produits périssables aux utilisateurs finaux alors que les petits paysans sont obligés de vendre leurs produits périssables au jour le jour pour ne pas les perdre.

Ils peuvent surmonter ces obstacles en adhérant à des institutions d’action collective telles que des associations/coopératives de producteurs ou des accords de sous-traitance (Staal, Delgado et Nicholson 1997; Delgado 1998). Cependant, la création de telles institutions requiert une organisation et un investissement qui font encore défaut dans les pays en développement.

Les possibilités de croissance rapide sont rares dans le monde en développement. L’élevage peut offrir une telle opportunité. Les pauvres ont montré partout leur capacité en matière de production animale et l’ensemble de ce secteur semble promis à un bel avenir. Cependant, les responsables et les chercheurs doivent de toute urgence trouver le meilleur moyen d’amener les petits producteurs à tirer parti de son développement. Pour ce faire, des politiques appropriées doivent être adoptées pour promouvoir l’organisation du monde rural. L’élevage pourrait permettre de faire reculer significativement la pauvreté dans le monde rural au cours des 20 prochaines années, comme il peut aussi contribuer à empirer la situation. A moins de comprendre comment les politiques de développement de l’élevage ont surtout favorisé les très grands producteurs et de promouvoir l’intégration verticale des activités des petits paysans et des transformateurs, on risque bien de rater une opportunité majeure. Pire, ceux qui ont le plus besoin de l’élevage pourraient se voir exclus de cette branche d’activité.

Autres problèmes d’éthique liés aux tendances actuelles de l’élevage

On ne saurait ignorer certains problèmes non alimentaires d’éthique liés à la révolution dans le secteur de l’élevage. Ceux-ci sont jusqu’ici surtout limités aux pays développés, où l’intensification a été plus poussée, mais rien ne dit qu’ils ne surgiront pas bientôt ailleurs.

Le bien-être des animaux d’élevage est une question d’éthique qui préoccupe de plus en plus en cette époque d’énormes usines de production porcine et de vastes poulaillers industriels (CAST 1997b). Avec l’intensification de la production dans les pays en développement, le problème du bien-être des animaux d’élevage deviendra sûrement là aussi un sujet de préoccupation. En témoignent les attitudes culturelles vis-à-vis des bœufs en Inde, les opinions religieuses tenaces sur l’abattage rituel des bovins dans de nombreuses régions du monde et l’attachement bien connu des éleveurs traditionnels du monde entier à leurs bovins.

La pollution de l’air et de l’eau qu’entraînent parfois les industries de production animale dans leur voisinage, notamment dans les zones périurbaines où l’autorité gouvernementale est diluée, pourrait également alimenter les conflits. Avec les seules forces du marché et en l’absence de réaction politique efficace, on verra apparaître de véritables mares aux cochons à proximité des zones d’habitation. Une planification préalable et une réglementation appropriée par des autorités gouvernementales responsables peuvent amener les marchés à mieux refléter les coûts supportés par toutes les parties, y compris les populations qui vivent dans le voisinage des grandes unités de production.

Enfin, le génie génétique pourrait repousser les limites des considérations éthiques au cours des 20 prochaines années (voir le chapitre 9 pour une discussion de cette technologie). Le clonage des animaux soulève des inquiétudes compréhensibles en ce qui concerne les abus possibles, étant donné notamment la tentation de travailler par la suite sur l’homme. Et pourtant, l’introduction de gènes humains dans le patrimoine génétique d’animaux transgéniques pour amener par exemple ces derniers à produire du lait riche en protéines humaines pourrait contribuer à réduire substantiellement le coût de fabrication de nombreux produits pharmaceutiques que seuls peuvent se procurer aujourd’hui des gens relativement aisés. Ces travaux pourraient également permettre d’élaborer de nouveaux médicaments comme par exemple pour le traitement de la fibrose du foie (Gillis 1999). Quel que soit l’angle sous lequel on prend le problème, il est difficile d’être informé de ces questions et d’y rester moralement indifférent.


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