7. Durabilité environnementaleUne augmentation rapide de la production du secteur de l’élevage peut dégrader sérieusement l’environnement, mais elle peut également être en harmonie avec celui-ci ou même lui être bénéfique lorsque les modes et les niveaux de production sont appropriés11. Les progrès technologiques peuvent permettre de réduire davantage les effets néfastes de l’élevage tout en augmentant la production. Le présent chapitre passe en revue les problèmes environnementaux actuels ou probables les plus sérieux ainsi que les politiques susceptibles de les aggraver. Il identifie également les technologies et les politiques susceptibles d’améliorer la durabilité environnementale de la production animale pendant la révolution dans le secteur de l’élevage.
Compatibilité entre élevage et environnementHistoriquement, les animaux d’élevage ont joué un rôle essentiel dans le processus d’intensification agricole. Ils recyclent les éléments nutritifs, permettent de produire à partir de terres incapables de supporter une production végétale durable et fournissent l’énergie et les capitaux nécessaires à la bonne marche des activités agricoles. L’intégration agriculture-élevage demeure le principal moyen d’intensification durable de la production agricole dans de nombreuses régions du monde en développement. Cela est particulièrement vrai dans les zones de savane semi-aride et subhumide où la pluviométrie oscille entre 600 et 1200 mm de pluie par an. La plupart des régions de l’intérieur de l’Afrique occidentale, orientale et australe et du nord du Brésil ainsi qu’une bonne partie de l’Asie du Sud appartiennent à cette entité agroclimatique. Le bétail peut aussi aider à maintenir la fertilité des sols pauvres en matières organiques ou en éléments nutritifs (Ehui et al 1998). L’addition de fumier au sol augmente sa capacité de retention d’éléments nutritifs (ou d’échange de cations) et améliore, non seulement ses propriétés physiques en augmentant sa capacité de retention d’eau, mais également sa structure. Le fumier contribue en outre à maintenir ou à créer un meilleur environnement pour la microflore et la microfaune du sol. Les animaux au pâturage améliorent la couverture végétale des sols dans la mesure où ils dispersent les semences, contrôlent la croissance des ligneux, brisent la croûte superficielle et consomment une biomasse qui pourrait alimenter les feux de brousse. Tout cela facilite le tallage des graminées et stimule la germination des semences, améliorant ainsi la qualité des terres et la croissance de la végétation. Le bétail permet aux paysans des régions pauvres des pays en développement de mieux répartir les éléments nutritifs des plantes dans le temps et dans l’espace. Les terres impropres à la production végétale peuvent servir au pâturage pour produire du fumier utilisé pour enrichir d’autres terres et les rendre plus productives. Les animaux au pâturage peuvent accélérer la transformation des éléments nutritifs contenus dans les sous-produits agricoles en engrais, hâtant ainsi le processus de restauration de la terre entre les cultures. C’est seulement maintenant que de vastes régions du monde en développement, notamment en Afrique subsaharienne, commencent à récolter les avantages de l’intégration agriculture-élevage. Avec l’élimination des maladies, le gros bétail peut être intégré aux opérations culturales, fournissant à la fois de l’énergie permettant de faciliter les activités agricoles et du fumier. Dans d’autres parties du monde comme en Asie, c’est l’intégration de la production végétale et de l’élevage qui, pendant des siècles, a rendu possible des intensités élevées de cultures et d’utilisation de la terre. Le bétail continue d’être élevé pour le fumier et l’énergie de traction dans ces régions, mais la production vivrière ne cesse de gagner du terrain avec le développement de la commercialisation. La production mixte agriculture-élevage prend une forme différente dans les systèmes plus intensifs des pays développés comme des régions en développement. La production végétale et l’élevage sont intégrés en un système local où les déchets de chaque activité sont transformés, transportés et utilisés comme intrants bon marché pour une autre activité. On aboutit assez vite à l’intégration de la production végétale et animale à l’échelle de toute une région. Les petites infrastructures rurales, telles que les routes de desserte et le matériel léger motorisé ou tracté facilitent cette intégration. Dans des systèmes agricoles industriels plus intensifs, le risque de surcharger les terres de culture avec les éléments nutritifs contenus dans le fumier devient un problème. Problèmes environnementaux des systèmes d’élevage peu intensifs des pays en développementL’élevage traditionnel peu intensif a encore cours dans de nombreuses régions du monde. Les niveaux de production de ces systèmes sont déterminés par les ressources disponibles localement. La pression née d’un éventuel accroissement de la demande peut pousser ces systèmes à produire au-delà de leur capacité, ce qui peut les mettre en conflit avec l’environnement et nécessiter un changement des pratiques traditionnelles en vue d’en limiter les effets néfastes. Les animaux d’élevage pâturent environ 26% des terres émergées du globe. Les systèmes de pâturage des régions en développement, qui reposent essentiellement sur les espèces fourragères locales, ne sont que partiellement associés aux cultures et n’utilisent généralement pas d’intrants extérieurs. Le surpâturage peut entraîner le compactage et l’érosion des sols, réduire leur fertilité et leur taux de matière organique ainsi que l’infiltration et le stockage de l’eau. Dans les régions montagneuses, il peut accélérer l’érosion. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) estime qu’environ 680 millions d’hectares soit 20% des terres de parcours de la planète, ont été dégradés de manière significative depuis 1945 (Oldeman, Hakkeling et Sombroek 1991). Des preuves récentes indiquent cependant que les systèmes de parcours sont plus résistants qu’on ne le croyait, même dans les situations les plus difficiles, où la sécheresse a permis au désert d’avancer. Les images par satellite montrent que la végétation a récemment repoussé à la limite nord du Sahel en Afrique de l’Ouest, là où elle se trouvait avant les grandes sécheresses des années 70 et 80 (Tucker, Dregne et Newcomb 1991). Les systèmes de pâturage des zones arides peuvent difficilement accroître leur productivité et souffrent longtemps d’éventuels dégâts. Leur production s’est continuellement adaptée aux fortes fluctuations de la pluviométrie et des disponibilités fourragères (Behnke, Scoones et Kerven 1993). Là où l’irrigation ou la production végétale ont entravé le développement de l’élevage ou les mouvement du bétail, des systèmes jusque-là écologiquement sains ont été perturbés. Dans de nombreux cas, les populations se sont sédentarisées autour des points d’eau. Le surpâturage et la dégradation des terres qui ont résulté sur place de cette sédentarisation ont menacé la vie des communautés pastorales. La flexibilité et la mobilité sont essentielles pour une utilisation durable des terres de parcours dans les régions arides. Malheureusement, l’une et l’autre ont été sérieusement compromises dans le passé par des politiques visant à sédentariser les pasteurs et à réglementer les taux de charge par décret plutôt qu’en consultation avec les éleveurs. Des changements bien intentionnés perturbent souvent les systèmes traditionnels et compromettent leur durabilité. Par exemple, de nouveaux points d’eau entraînent l’installation de larges troupeaux et de nombreuses populations dans les zones arides. Ils permettent également un pâturage ininterrompu toute l’année au lieu de laisser les taux de charge fluctuer pour diminuer pendant la saison sèche. La surcharge animale qui en résulte dégrade sérieusement les ressources pastorales autour de ces points d’eau. Les régions semi-arides peuvent supporter des systèmes agricoles plus intensifs que les zones arides, permettant des concentrations plus élevées d’animaux et de populations. Cela entraîne parfois l’empiètement des cultures sur les parcours, la déforestation due à la collecte de bois de chauffage et le surpâturage des prairies restantes. L’installation de cultures sur les terres marginales, non seulement expose directement le sol à l’érosion éolienne et pluviale, mais également entrave la flexibilité des mouvements du bétail en éliminant les zones de transition entre les pâturages de saison humide et ceux de saison sèche. Les programmes d’urgence de lutte contre la sécheresse qui distribuent des concentrés alimentaires du bétail subventionnés aggravent la dégradation des parcours dans la mesure où ils permettent d’y maintenir une charge trop élevée et empêchent la régénération naturelle de la végétation au lendemain des sécheresses. Ces subventions sont progressivement devenues un droit pour les pasteurs, notamment en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. La pression démographique est un facteur clé de la dégradation de l’environnement dans de nombreuses régions d’élevage. Lorsque, en raison d’insuffisances institutionnelles, les gens peuvent extraire des biens privés (productions animales) de biens publics (pâturages communautaires), cette dégradation est même plus sérieuse. La situation devient encore plus préoccupante lorsque le nombre d’animaux peut être maintenu constamment élevé en raison de la mise en valeur des ressources en eau et de l’installation de cultures dans des zones normalement consacrées au pastoralisme. Ces actions bien intentionnées mais écologiquement néfastes expliquent souvent pourquoi la dégradation tend à être plus sérieuse dans les régions semi-arides que dans les zones arides. Les forêts tropicales humides couvrent environ 720 millions d’hectares et abritent quelque 50% de la biodiversité de la planète. Plus de 200 millions d’hectares de ces forêts ont été détruites depuis 1950, notamment pour faire place à des ranches, à la production végétale et à l’exploitation forestière. La déforestation associée à l’établissement de ranches a été liée à la perte de certaines espèces végétales et animales uniques en Amérique du Sud et du Centre, la plus riche source de biodiversité du monde. En Amérique centrale, les aires de pâturage sont passées de 3,5 millions à 9,5 millions d’hectares depuis 1950 et la population de bovins a plus que doublé, passant de 4,2 à 9,6 millions d’animaux (Kaimonitz 1995). Le défrichement des forêts et des savanes en vue de l’installation de pâturages favorise un lessivage rapide des éléments nutritifs des sols lorsque la pluviométrie est importante et les températures élevées. Les mauvaises herbes remplacent et déplacent rapidement les graminées et les pâturages artificiels ne peuvent se maintenir plus de 10 ans. Plus de 50% des parcours de l’Amazonie sont aujourd’hui des jachères non pâturées dont une bonne partie a été abandonnée par suite de sa dégradation. La régénération naturelle des forêts est difficile, notamment lorsque de vastes zones ont été défrichées. Les politiques qui ont facilité l’accès à la propriété foncière et fourni des incitations financières à la mise en place de vastes ranches ont aussi poussé à détruire des forêts (Kaimonitz 1995). A la fin des années 60 et 70, le Brésil a subventionné le crédit agricole et les exportations de viande bovine, jouant ainsi un rôle majeur dans le développement des ranches. Ces politiques ont aujourd’hui été progressivement éliminées et les investissements dans de vastes ranches par des propriétaires absentéistes ont diminué, de même que le taux de déforestation. La forêt tropicale humide disparaissait en Amérique centrale au rythme de 430.000 ha par an dans les années 80, chiffre tombé à 320.000 ha par an en 1990–94. La leçon de l’expérience des années 60 et 70 est que la subvention d’une expansion horizontale de l’élevage peut entraîner des dégâts environnementaux considérables et freiner l’intensification. Aujourd’hui, on voit en Amazonie de plus en plus de petits paysans cultivant des terres gagnées sur la forêt passer à l’élevage sur pâturage après épuisement des éléments nutritifs nécessaires à la production végétale (Faminow et Vosti 1998). Nul ne sait comment ils arriveront à survivre sur ces terres de plus en plus dégradées. Aucune alternative claire n’existe. La taille des exploitations agricoles pourrait diminuer régulièrement dans de nombreuses régions en raison de la pression démographique, de l’expansion des villes et de l’émiettement des terres entre héritiers. Dans ces conditions, l’expansion des activités agricoles aux zones communales ou à de nouvelles terres conduit souvent à la déforestation ou au surpâturage. Avec la rareté progressive des pâturages communaux et des nouvelles terres, des systèmes agricoles entiers en arriveront à perdre leur composante animale. Les premiers animaux à être éliminés sont le gros bétail comme les bovins, ce qui compromet l’équilibre nutritionnel des exploitations et du coup, les moyens de subsistance des paysans. Les déficits d’éléments nutritifs rapportés vont de 15kg d’azote par ha et par an au Mali, à plus de 100kg d’azote par ha et par an dans les hauts plateaux éthiopiens (de Wit, Westra et Nell 1996). Les systèmes agricoles mixtes complexes supportent traditionnellement des densités de population relativement élevées dans la quasi-totalité des hautes terres des régions tropicales (comme par exemples l’Himalaya, les hauts plateaux d’Afrique, la cordillère des Andes et Java). La croissance ininterrompue de la population dans bon nombre de ces régions a détruit ces systèmes mixtes traditionnels. Des systèmes mixtes modifiés de la petite exploitation sont possibles lorsque le développement des marchés permet l’investissement dans des technologies intensives et des intrants. Problèmes environnementaux de l’élevage industriel intensifAvec l’intensification, les producteurs adoptent des technologies qui réduisent les coûts visibles directs associés à la terre et au travail et profitent au maximum du libre accès aux biens publics environnementaux et aux subventions du capital. Ces méthodes de production industrielle très intensives sont la règle dans les pays développés et gagnent rapidement du terrain dans le monde en développement. L’augmentation rapide de la demande des produits d’origine animale entraîne des concentrations d’animaux incompatibles avec la capacité d’absorption de déchets et la capacité de production d’aliments du bétail des terres disponibles. De fortes densités animales à proximité des agglomérations humaines entraînent souvent de sérieux problèmes de pollution. De vastes zones d’Europe de l’Ouest (Pays-Bas, nord de l’Allemagne, Bretagne en France, vallée du Pô en Italie), le nord-est des Etats-Unis et, de plus en plus, la région côtière du Sud-est asiatique ainsi que de vastes plaines de la Chine enregistrent aujourd’hui d’énormes excédents d’éléments nutritifs pouvant aller de 200 à plus de 1000kg d’azote par ha et par an (Steinfeld, de Haan et Blackburn 1991). A l’échelle de la planète, les élevages industriels de porcs et de volailles produisent 6,9 millions de tonnes d’azote par an, soit l’équivalent de 7% de la quantité totale d’engrais azotés inorganiques produite dans le monde. Les excédents d’azote et de phosphore s’infiltrent dans le sol par lessivage ou par ruissellement et polluant les eaux souterraines, les écosystèmes aquatiques et les sols humides. Des tests effectués en Pennsylvanie ont montré qu’environ 40% des échantillons de sol des exploitations mixtes de production laitière et végétale contenaient du phosphore et du potassium en trop fortes quantités. Les excédents d’éléments nutritifs des sols saturés s’infiltrent par lessivage dans les eaux de surface et polluent l’environnement (Narrod, Reynnells et Wells 1994). Une évolution analogue est actuellement en cours en Bretagne où les taux de nitrates dans les sols d’un district sur huit étaient supérieurs à 40mg par litre au cours des années 80. Aujourd’hui, ces niveaux de nitrates sont atteints dans les sols des huit districts, ce qui peut infliger des dégâts considérables aux systèmes aquatiques de la région (Brandjes et al 1995). Des concentrations excessives d’animaux et de déchets d’origine animale produisent aussi des gaz. Certains d’entre eux, comme l’ammoniac, restent sur place. D’autres en revanche, comme le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l’oxyde nitreux (N2O) influencent l’atmosphère en piégeant l’énergie solaire et en contribuant au réchauffement de l’atmosphère. Il existe trois sources principales d’émission de dioxyde de carbone associées à l’élevage. Premièrement, le CO2 émis par les animaux domestiques dans le cadre de leur métabolisme de base ou de la respiration, estimé à quelque 2,8 millions de tonnes par an. Deuxièmement, le CO2 provenant du brûlage de la biomasse, et dont une partie peut être attribuée au défrichement et aux feux de brousse servant à améliorer la pousse de l’herbe des prairies. Troisièmement enfin, le CO2 libéré lorsque des combustibles fossiles sont consommés pour des activités manufacturières et de transport associées à l’élevage. Les animaux d’élevage et leur fumier sont responsables d’environ 16% des 550 millions de tonnes de méthane produits chaque année dans le monde. Les ruminants produisent essentiellement du méthane comme sous-produit de la digestion de grandes quantités d’herbe et d’autres aliments fibreux. Les porcs et les volailles en émettent des quantités relativement faibles dans la mesure où ils sont incapables de digérer ces matériaux fibreux. Les émissions de méthane par unité de produit sont d’autant plus élevées que l’aliment est plus pauvre, ce qui est fréquent, notamment dans les basses terres des régions tropicales et subtropicales des pays en développement. Vingt pour cent du méthane produit par l’élevage provient du fumier stocké en conditions anaérobies comme par exemple dans des étangs de rétention (USEPA 1995). La forte production de méthane enregistrée dans ces conditions est généralement associée à des niveaux élevés de productivité et d’intensification et aux grandes exploitations. Le fumier produit aussi de l’oxyde nitreux, le plus nuisible des gaz à effet de serre (320 fois plus que le dioxyde de carbone). Les déjections animales produisent environ 0,4 million de tonnes d’azote par an, soit environ 7% des émissions totales de la planète (Bouwman, Batjes et Bridges 1992). Les quantités d’aliments du bétail nécessaires pour accroître la production de viande et de lait dépassent les niveaux que peuvent supporter les ressources alimentaires traditionnelles comme les pâturages et les sous-produits agricoles. Le secteur de l’élevage utilise de plus en plus d’intrants externes, notamment des ingrédients riches en énergie comme les céréales et les tourteaux d’oléagineux. Les fourrages grossiers sont de moins en moins utilisés dans l’alimentation animale et sont progressivement remplacés par des céréales et des sous-produits agro-industriels. Une évolution correspondante s’observe en faveur de la production des monogastriques, notamment les porcs et les volailles. La viande des ruminants représentait 54% de la production totale de viande des pays en développement en 1970 (FAO 1995a), chiffre tombé à 35% au début des années 90. Cette évolution s’explique en partie par le fait que les monogastriques convertissent mieux les concentrés que les ruminants. Les plantes cultivées pour l’alimentation du bétail ont des besoins en pesticides particuliers et des exigences spécifiques en matière d’humidité, d’eau et d’éléments nutritifs du sol. D’une manière générale, les céréales (et notamment le maïs) peuvent dégrader plus l’environnement que les autres cultures. Elles sont très exigeantes en matière d’engrais, de pesticides et d’eau et couvrent mal le sol au début de leur cycle de développement. Les légumineuses comme le niébé et les autres légumineuses à graines sont potentiellement moins nuisibles. Le maïs et le blé exportent plus de nitrates et de phosphore, alors que le manioc et la patate douce sont plus friands d’éléments nutritifs du sol. Les défis environnementauxL’élevage industriel gagne rapidement du terrain à proximité des centres urbains dans les pays en développement en raison du manque d’infrastructure, des coûts élevés de transport et de la mollesse des réglementations. A l’instar de nombreuses villes d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe, on dénombre aujourd’hui 20.000 vaches laitières à l’intérieur des frontières de Dar-es-Salaam, la capitale de la Tanzanie. Les porcheries urbaines sont de plus en plus fréquentes en Asie, notamment en Chine. De grandes fermes avicoles se sont installées dans les zones périurbaines partout dans le monde en développement. Les problèmes environnementaux les plus aigus du secteur de l’élevage sont imputables aux systèmes industriels et à la production intensive mixte. Ceux-ci ont souvent profité des distorsions des politiques, de l’absence de réglementation ou de la non application des lois en vigueur. Ce vide en matière de réglementation a souvent favorisé ce type de système par rapport aux modes de production basés sur l’exploitation de la terre. Qui plus est, certaines politiques ont faussé l’orientation de l’utilisation des ressources et encouragé la mise au point de technologies qui seraient inefficaces sans les distorsions. De nombreux pays en développement subventionnent directement, non seulement les aliments du bétail, mais également l’énergie et les capitaux, autrement dit certains des coûts directs les plus importants de la production industrielle. Des politiques macroéconomiques de subvention de l’énergie et du crédit finissent par avantager l’élevage industriel au détriment des systèmes mixtes agricoles et de pâturages moins intensifs. La technologie peut offrir des solutions à de nombreux problèmes environnementaux, notamment dans des conditions de production industrielle. Cependant, la plupart des cadres de politique permettent de produire les denrées d’origine animale à bas prix aux dépens de l’environnement. L’autosuffisance en matière de produits de l’élevage et l’offre régulière de produits alimentaires de valeur aux populations urbaines constituent généralement les objectifs majeurs des politiques, notamment dans les pays en développement. Dans le monde développé, la pollution de la terre, de l’eau et de l’air a entraîné une profonde prise de conscience des problèmes environnementaux liés à l’élevage industriel. Cela a bien souvent débouché sur la mise en place de politiques et de réglementations appropriées. Au contraire, les pays en développement, où la demande de produits animaux ne cesse de croître, ne disposent généralement d’aucune réglementation appropriée et exécutoire en la matière ni de possibilités politiques d’exprimer d’éventuelles inquiétudes quant aux dangers environnementaux et sanitaires croissants de l’élevage industriel. Les inquiétudes relatives à la productivité à long terme des ressources naturelles, y compris la terre, l’eau, l’air et la biodiversité, ne seront reflétées dans les prix du marché que si les pouvoirs publics et les organisations internationales définissent et créent des mécanismes destinés à refléter les valeurs actuelle et future de ces ressources. Des institutions appropriées doivent être mises en place pour offrir des cadres régulateurs, responsabiliser les populations locales et établir ou renforcer les autorités légales chargées d’appliquer les politiques environnementales. Les prix doivent être ajustés par le biais de la fiscalité afin de tenir compte des coûts environnementaux et d’encourager l’utilisation efficace des ressources. Enfin, les gouvernements doivent faciliter les mutations technologiques appropriées, clé de la résolution des problèmes environnementaux. 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