9. Besoins et perspectives en matière de technologieLes accroissements de la productivité des denrées alimentaires d’origine animale résultent de la mise au point et du transfert de technologies de production, notamment dans les domaines de la santé animale, de l’amélioration et de l’utilisation des aliments, de l’amélioration génétique et de la gestion après récolte. Les politiques relatives aux technologies de production animale sont confrontées à deux défis en ce qui concerne les efforts destinés à accroître la productivité. Premièrement, les technologies appropriées existantes et nouvelles et les systèmes de production doivent être adaptés et diffusés à travers le monde en développement pour augmenter la productivité. Deuxièmement, il importe, non seulement d’étendre les limites des technologies de production animale et des systèmes d’élevage pour accroître davantage leur efficacité, mais également de résoudre les problèmes environnementaux et de santé publique inhérents aux modes d’élevage hautement intensifs. Le présent chapitre passe en revue les technologies et les politiques disponibles ou en cours d’élaboration pour affronter ces défis. Les problèmes de santé animaleLes maladies infectieuses et parasitaires demeurent des obstacles majeurs à la rentabilité de l’élevage dans de nombreuses régions en développement. Elles diminuent les revenus, que ce soit directement en causant des pertes importantes de bétail ou indirectement en imposant des restrictions sanitaires aux exportations. Dans certaines régions (y compris les anciens pays du bloc socialiste), le problème est encore plus sérieux en raison de la médiocrité des services vétérinaires et administratifs, de l’incurie des gouvernements locaux et de l’instabilité. Des maladies infectieuses telles que la peste bovine, la fièvre aphteuse, la pleuropneumonie contagieuse bovine et la peste des petits ruminants constituent encore des problèmes majeurs dans les pays en développement. Ces maladies épizootiques, ainsi appelées parce qu’elles prennent généralement la forme d’épidémies affectant de nombreux sujets de la même espèce dans une région donnée, sont plus fréquentes dans les systèmes de production où les animaux se déplacent librement et sans suivi sur de longues distances. Des programmes de vaccination et de surveillance sont nécessaires pour circonscrire ces affections. L’éradication de la peste bovine d’ici à 2010 par exemple demeure un objectif réalisable et important pour les pays en développement. Le paradigme de la lutte contre les maladies a changé ces dernières années. Les programmes d’éradication à couverture nationale sont en train de céder progressivement le pas à des stratégies de contrôle plus flexibles centrées sur les régions les plus productives du pays. L’analyse des risques et l’économie de la santé animale aident à déterminer les domaines dans lesquels les investissements dans la lutte contre les maladies peuvent être les plus rentables. L’acceptation, dans les accords internationaux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de la notion de régions (et non plus de pays) à risque faible ou nul de maladie illustre cette évolution. Ceux-ci autorisent l’importation de viande et d’autres produits animaux de pays où l’on déplore des cas de fièvre aphteuse, tant que la région où est produite la viande est épargnée ou que les risques de transmission, évalués par des contrôles multiples, sont faibles. La biotechnologie offre des perspectives prometteuses d’amélioration des diagnostics et des traitements des maladies animales. Malgré l’incidence croissante des zoonoses dues aux concentrations sans cesse plus élevées d’animaux d’élevage à proximité des zones de résidence, la recherche sur la santé animale profite des ressources plus importantes allouées à la recherche sur la santé humaine (Fitzhugh 1998). Par exemple, la génomique, une nouvelle science qui s’applique aussi bien à l’homme qu’à l’animal, permet de séquencer et de cartographier le génome (c’est-à-dire la carte génétique) des êtres vivants. Elle profite des progrès réalisés dans le domaine du génome des organismes pathogènes et permet de produire de nouvelles générations de vaccins, y compris à base d’antigènes recombinants. Les agents responsables des maladies animales peuvent aussi fournir des modèles utiles d’étude des maladies humaines (Ole Moi-Yoi 1995). La peste porcine africaine est un obstacle majeur au développement de la production porcine en Afrique. Une poussée récente de cette maladie a décimé 30 à 70% du cheptel dans un grand nombre de pays côtiers du continent. Le contrôle des mouvements des animaux et des mesures sanitaires appropriées peuvent permettre dorénavant de limiter d’éventuelles poussées à condition que les services vétérinaires soient plus efficaces. Les paysans des régions en développement disposent rarement de diagnostics, de vaccins et de stratégies de lutte bon marché et faciles à utiliser contre les pathogènes et les vecteurs. Parmi les maladies parasitaires, la trypanosomiase (maladie du sommeil), transmise par la mouche tsé-tsé, constitue un sérieux obstacle au développement de l’élevage bovin dans la plupart des zones humides et subhumides d’Afrique. La pulvérisation d’insecticides et de pyréthrinoïdes, l’utilisation d’écrans et de pièges imprégnés d’insecticides et le recours à l’accouplement d’insectes stériles et à des trypanocides pourraient permettre de réhabiliter progressivement les zones infestées, d’y développer les systèmes mixtes agriculture-élevage et d’augmenter la production du secteur de l’élevage. Ces stratégies pourraient également accroître la production végétale. Les helminthiases et les maladies transmises par les tiques sont d’autres groupes importants de maladies parasitaires. Les helminthes sont rarement mortels, mais limitent la productivité dans de nombreux systèmes de production. Ils deviennent un facteur limitant au stade d’intensification mais peuvent être contrôlés. Les tiques peuvent transmettre certaines maladies, notamment la fièvre de la côte orientale, dans les pays d’Afrique orientale et australe. Un vaccin efficace de lutte contre cette maladie, avec un important impact potentiel sur la productivité des ruminants dans ces pays, pourrait bientôt voir le jour (ILRI 1998). Quantité et qualité des alimentsA l’échelle de la planète, le stress nutritionnel, qu’il soit permanent ou saisonnier, est un obstacle majeur au développement de l’élevage, notamment des ruminants, dans les systèmes pastoraux et les systèmes mixtes à faible niveau d’intrants. Ce problème a aujourd’hui perdu de son acuité dans de nombreuses régions par suite de l’amélioration des conditions de stockage des ressources alimentaires locales. Le stockage et la conservation du foin, l’utilisation de fourrages de légumineuses ou/et de ligneux riches en protéines, le traitement des résidus de récolte et l’addition de minéraux aux aliments du bétail permettent d’améliorer la qualité du fourrage dans certaines régions. Le monde recèle un important potentiel de production de fourrage et d’aliments du bétail. Mais les gouvernements doivent mettre en place les infrastructures scientifiques et de transport nécessaires pour profiter, non seulement de ces ressources, mais également des nouvelles technologies d’alimentation animale au fur et à mesure qu’elles deviennent disponibles. Les projections rapportées au chapitre 4 indiquent que les concentrés alimentaires du bétail seront disponibles en quantités suffisantes sur les marchés mondiaux à des prix raisonnables. Elles sont basées sur l’hypothèse selon laquelle les progrès technologiques se poursuivront à leur rythme actuel et permettront d’augmenter les rendements des principales céréales alimentaires du bétail telles que le maïs. Mais même si ces concentrés sont disponibles en quantités suffisantes, l’accès aux marchés des aliments du bétail dans les conditions des pays en développement ne sera pas chose facile pour des centaines de millions de petits producteurs. Les infrastructures portuaires et d’importation de céréales de la Chine donnent une idée des types de problèmes à résoudre. En 1995, la Chine a importé 15 millions de tonnes de céréales supplémentaires, imposant une pression considérable à ses infrastructures de manutention et de distribution (Pinstrup-Andersen, Pandya-Lorch et Rosegrant 1997). De sérieux goulots d’étranglement ont été observés. Pourtant, les projections de base pour 2020 indiquent que la Chine importera 45 millions de tonnes de céréales de plus qu’en 1993 (tableau 24). Les régions développées comme celles en développement doivent continuer à utiliser les rations plus efficacement. Les caractéristiques ainsi que la qualité et la quantité des ressources alimentaires du bétail diffèrent en fonction des espèces, des systèmes de production et des régions. Les recherches visant à réduire les coûts et à améliorer l’efficacité devront être hautement ciblées et même ainsi, on ne pourra éviter totalement les déperditions. Des efforts doivent être déployés pour déterminer la composition chimique et les caractéristiques de la digestibilité des aliments en vue de promouvoir la sélection végétale, notamment pour améliorer les propriétés phytochimiques des denrées et des résidus utilisés comme aliments du bétail (Fitzhugh 1998). Des recherches nutritionnelles évaluent actuellement de nouvelles technologies visant à accroître la quantité et à améliorer la qualité des ressources alimentaires tropicales du bétail. L’identification des caractères pertinents et de leurs marqueurs moléculaires aide à améliorer la qualité des aliments du bétail issus des cultures vivrières. Les généticiens utilisent les marqueurs pour mettre au point des cultures à double fin ayant non seulement des rendements en grain et une teneur en protéines plus élevés en vue de l’alimentation des populations humaines et des monogastriques, mais également des résidus de récoltes de haute qualité à l’intention des ruminants. L’étude du génome des plantes et de leurs caractéristiques phytochimiques permettra d’affronter le problème des facteurs antinutritionnels chez les végétaux. Certains de ces facteurs peuvent être toxiques pour les ruminants. Les techniques microbiologiques aideront à enrichir la flore microbienne des ruminants à l’aide de micro-organismes capables de mieux neutraliser les facteurs antinutritionnels. Il a été récemment rapporté que le maïs pauvre en acide phytique pouvait améliorer de 11% la conversion alimentaire chez les poussins (CAST, à paraître). Les technologies permettant d’augmenter la teneur en amidon des aliments du bétail, déjà bien maîtrisées dans le monde développé, pourraient devenir plus séduisantes dans les pays en développement d’ici 2020. Mais, en ce qui concerne le maïs et le sorgho, il est peu probable qu’elles puissent permettre d’augmenter de plus de 15% la valeur alimentaire, même dans les pays développés. La vaporisation pourrait permettre d’améliorer plus facilement et plus économiquement l’efficacité de la conversion des céréales (CAST, à paraître). Dans les pays développés, et de plus en plus dans les systèmes intensifs de production des pays en développement, de nombreux additifs alimentaires probiotiques et antibiotiques font désormais partie de la ration du bétail. L’activité microbienne peut aider à désagréger des fourrages grossiers difficiles à digérer et améliorer l’absorption des éléments nutritifs. La mise au point de techniques susceptibles d’améliorer l’utilisation des abondantes ressources en biomasse fibreuse disponibles dans le monde constitue un sujet passionnant d’étude. La recherche sur la microbiologie du rumen est centrée sur l’isolement d’enzymes capables de dégrader les fibres. Une meilleure utilisation des matières fibreuses des aliments du bétail permettra d’augmenter les quantités de ces denrées non consommées par l’homme. L’accroissement de la capacité du rumen à digérer les fourrages riches en cellulose pourrait améliorer considérablement les perspectives de production des ruminants dans les zones de savane subhumide d’Afrique et d’Amérique latine où sont produites d’énormes quantités de biomasse de qualité médiocre. On devrait pouvoir, dans un avenir pas trop lointain, améliorer la capacité de production de cellulase de la flore bactérienne du rumen (de Haan, Steinfeld et Blackburn 1997 ; Cunningham 1997). La génomique bactérienne devrait accélérer le progrès dans ce domaine (Wallace et Lahlou-Kasi 1995 ; Odenyo, Osuji et Negassa 1999). Avec les énormes progrès enregistrés dans le domaine de la génétique, des avancées plus importantes devraient également intervenir en matière de conversion des aliments chez les monogastriques. Au cours de la dernière décennie, les taux de conversion alimentaire ont été améliorés de 30 à 50% chez les porcs et les volailles, en partie grâce à la sélection, en partie grâce à l’addition d’enzymes aux rations. Et pourtant, les monogastriques n’absorbent que 25 à 35% des éléments nutritifs contenus dans leurs aliments. L’amélioration génétique et un meilleur équilibre alimentaire permettront à cette tendance de se poursuivre. L’alimentation des animaux d’élevage ne cesse de gagner en rigueur dans les pays développés. Les quantités d’éléments nutritifs excrétées par le bétail ne cesseront de diminuer, au point où les apports seront un jour pratiquement égaux aux besoins des animaux (CAST, à paraître). Enfin, l’utilisation d’hormones de croissance comme la somatotropine bovine, avec des aliments du bétail riches en calories, peut augmenter la production de lait. Mais cette technologie profitera plus aux producteurs des pays développés qu’à ceux du monde en développement. Les augmentations de la production associées à la somatotropine varient considérablement et sont plus élevées avec l’amélioration des aliments, des races et des modes de gestion (Jarvis 1996). Compte tenu des conditions d’élevage difficiles qui les caractérisent aujourd’hui, les pays en développement ne peuvent espérer tirer des avantages substantiels de l’utilisation de cette hormone. Cependant, les choses changeront avec le temps, une fois que la productivité des animaux dans ces régions aura profité d’autres technologies moins sophistiquées (Jarvis 1996). Technologies améliorées de reproduction et de sélectionL’insémination artificielle est utilisée dans les pays développés depuis plus de 50 ans, essentiellement sur les troupeaux laitiers commerciaux. C’est une technologie établie qui pourrait gagner encore du terrain, notamment à travers les processus de marché. Au début des années 90, seuls au maximum 17% des 50 millions de premières inséminations effectuées dans le monde chaque année avaient lieu dans les pays en développement. Mais cette technologie progresse rapidement en Asie, plus particulièrement en Inde, où l’augmentation de la demande de lait permet de la rentabiliser (Chupin et Thibier 1995 ; Chupin et Schuh 1993). L’insémination artificielle a considérablement stimulé l’amélioration génétique en rendant possible les tests de descendance à grande échelle sur les taureaux et l’utilisation subséquente de précieux géniteurs. Il est probable que cette technologie sera largement adoptée dans les environnements de production les plus favorables des pays en développement, comme par exemple les hautes terres tempérées et les zones périurbaines de production commerciale. La demande de lait rentabilisera son introduction, d’autant plus que les technologies et les infrastructures nécessaires sont en train d’être mises en place. Le transfert d’embryons, qui permet aux vaches à fortes potentialités génétiques de donner beaucoup plus de veaux que ne le permettrait la reproduction naturelle, n’est aujourd’hui limité qu’à une infime partie des troupeaux commerciaux dans certains pays développés. Il est peu probable que cette forme de reproduction devienne très répandue dans les pays en développement au cours des 20 prochaines années (Cunningham 1997). Le croisement des races locales des pays en développement avec des races très productives des pays développés est devenue très fréquent chez les bovins laitiers des régions tropicales. Des gains considérables de productivité par animal (25%) ont été enregistrés. Ceux-ci peuvent être maintenus avec de judicieux croisements interspécifiques ou rotatifs. Cependant, ces gains diminuent en principe dans les générations suivantes (Cunningham 1997). D’autres auteurs rapportent des gains pouvant aller jusqu’à 50% mais soulignent le caractère non héréditaire de ces gains ainsi que le nombre limité d’espèces susceptibles d’être utilisées (CAST, à paraître). La sélection à partir de races locales, notamment pour la production de viande de mouton et de chèvre, pourrait offrir des perspectives prometteuses. La caractérisation, la conservation et l’utilisation des races animales tropicales sont essentielles pour répondre aux exigences d’environnements de production en évolution permanente. Les animaux d’élevage sont d’autant plus résistants aux maladies et aux stress environnementaux qu’ils sont plus adaptés aux conditions du milieu. Ils peuvent maintenir leur productivité sans apport d’intrants coûteux, augmenter le revenu de l’exploitation et contribuer à la réduction de la pauvreté (Rege 1997 ; Hammond et Leitch 1995). Les progrès de la génétique offrent aussi de nouvelles possibilités d’amélioration des animaux d’élevage. Par exemple, l’utilisation des marqueurs pour la sélection et l’identification des loci des caractères quantitatifs associe les résultats des travaux de génétique moléculaire et quantitative. Les interactions entre génotype et environnement doivent être étudiées afin d’utiliser les caractères adaptatifs, comme par exemple la résistance génétique aux parasites, pour la production. Comme pour la résistance aux maladies, les résultats de la recherche sur le génome humain peuvent servir à promouvoir l’amélioration génétique des animaux d’élevage (Fitzhugh 1998). Au cours de la dernière décennie, on a pu produire des cartes des liaisons génétiques en vue d’identifier la localisation des gènes des caractères d’importance économique (résistance aux maladies, performances). Il n’est pas exclu que cette technologie, qui est actuellement en train d’être développée pour un grand nombre de caractères par des institutions de recherche du monde entier, offre un raccourci pour l’amélioration génétique des animaux d’élevage dans les pays en développement. On pourra ainsi les sélectionner pour des caractères spécifiques de production, la faculté d’adaptation aux climats difficiles et la capacité de résistance aux maladies. La recherche génétique dans le monde développé se soucie moins de produire des animaux robustes adaptés aux environnements difficiles des pays en développement que d’obtenir des sujets capables de produire aux meilleurs rapports qualité/prix possibles. Une meilleure connaissance de la constitution génétique des animaux a permis de leur ajouter des caractères particuliers comme par exemple la faculté de produire de faibles taux de cholestérol ou des concentrations élevées de substances pharmaceutiques déterminées. Les avancées récentes enregistrées dans le clonage d’embryons pourraient avoir un impact potentiel considérable sur la production animale, notamment en ce qui concerne les bovins laitiers dans les pays développés. Mais il s’agit là d’un domaine où certains problèmes éthiques et scientifiques complexes doivent d’abord être résolus (Cunningham 1997). Technologies de transformation: promouvoir la santé publique et accroître la valeur des productions animalesAu cours des 20 prochaines années, le transfert des technologies de transformation de la viande et du lait vers les pays en développement par le secteur privé, en conformité avec les réglementations gouvernementales pertinentes, sera probablement important, notamment dans le domaine de la production alimentaire. La fabrication de produits finis augmentera probablement même plus vite que la production de viande et de lait dans les pays en développement. Une part croissante de la production totale devrait passer par les circuits de commercialisation et de transformation. La construction de laiteries et d’abattoirs dans les zones de production contribuera largement, avec le développement des marchés, à promouvoir la production à vocation commerciale. Dans les régions tropicales, l’importance accrue du commerce de la viande et du lait sur de longues distances encouragera la mise au point et le transfert de technologies appropriées, y compris la pasteurisation à ultra-haute température des produits laitiers et l’emballage sous vide de la viande. Les exigences d’hygiène alimentaire entreront parfois en conflit avec celles de la compétitivité au niveau des petits opérateurs comme le prouvent par exemple les débats actuels sur la pasteurisation du lait en Afrique de l’Est où les consommateurs préfèrent généralement acheter et faire bouillir le lait frais non pasteurisé collecté dans la journée, dans la mesure où la pasteurisation entraîne une forte augmentation du prix du produit (Staal, Delgado et Nicholson 1997). Dans les pays développés, on utilise généralement l’analyse du risque pour évaluer les programmes existants d’hygiène alimentaire. La tendance vers la mondialisation du commerce rend cette technique de plus en plus importante et des efforts appropriés doivent être déployés pour l’étendre aux pays en développement au cours des deux prochaines décennies. L’analyse du risque implique un processus itératif en trois étapes. Tout d’abord l’évaluation du risque, c’est-à-dire l’estimation de la probabilité et de la sévérité potentielle des détériorations éventuelles que peuvent subir les aliments. Deuxièmement, la gestion du risque, c’est-à-dire l’élaboration de politiques et programmes destinés à promouvoir la sécurité sanitaire des aliments. Troisièmement enfin, le volet communication, qui fait intervenir des interactions efficaces entre les responsables et les parties concernées. La méthode d’analyse des points critiques de contrôle (HACCP pour l’anglais Hazard Analysis Critical Control Points) constitue l’outil de choix utilisé aujourd’hui pour mener à bien ces étapes. Elle identifie les domaines critiques de la chaîne alimentaire à observer de près pour promouvoir la sécurité sanitaire des aliments. Elle comprend quatre étapes : évaluation des risques existant dans la chaîne alimentaire, détermination des points critiques de contrôle et des seuils critiques nécessaires pour garantir la santé des aliments, élaboration de systèmes d’observation et application de procédures de vérification. Des méthodes de contrôle qui, il n’y a pas si longtemps, ne semblaient utilisables que dans les industries de transformation des pays développés, deviennent maintenant monnaie courante dans le secteur de l’exportation de crevettes et d’autres produits de qualité de la pêche dans les pays en développement. Des procédures analogues pour les produits carnés ou laitiers de qualité devraient suivre au cours des deux prochaines décennies. Technologies destinées à améliorer l’impact de l’élevage sur l’environnementLes animaux d’élevage sont souvent accusés d’être à l’origine de problèmes environnementaux (chapitre 7). Cette mauvaise réputation n’est pas toujours entièrement méritée, notamment dans les conditions des pays en développement. Et là où ce problème est réel, il est souvent lié aux structures et institutions économiques de base et doit être abordé par le biais de changements de politiques et non de technologies à proprement parler. C’est notamment le cas de la dégradation de l’environnement due à la déforestation et à la surcharge des pâturages communaux. Cependant, le développement technologique peut à cet égard être source d’espoir dans les pays développés et sera de plus en plus utile dans le monde en développement. Les animaux d’élevage sont en outre accusés d’entraîner des changements climatiques en raison de leurs émissions de gaz à effet de serre. Les pays développés peuvent réduire leurs émissions de méthane en traitant les aliments du bétail et en donnant aux animaux des rations aussi proches que possible de leurs besoins nutritionnels. Certes, les émissions de gaz continueront d’augmenter en valeur absolue dans les pays en développement, mais l’intensification de la production permettra d’améliorer la digestibilité des aliments du bétail et de réduire ces émissions par unité de production. Les animaux d’élevage influencent également l’environnement car ils compactent le sol, ce qui accélère le ruissellement et l’érosion. Ces problèmes sont dues aux taux de charge élevés et de pâturage incontrôlé, notamment dans les régions montagneuses des pays en développement. Il a été démontré que certains modes de pâturage et certaines espèces fourragères permettaient de gérer judicieusement les besoins en biomasse du bétail à divers niveaux d’intensité du pâturage et de maintenir une couverture végétale critique en vue de réduire l’érosion des sols (Mwendera et Mohamed Saleem 1997 ; Mwendera, Mohamed Saleem et Woldu 1997). Les systèmes de pâturage demeureront d’importantes sources de produits d’origine animale pour quelque temps encore. Jusqu’à un certain point, ils peuvent permettre une intensification durable de la production grâce à des institutions plus solides, la responsabilisation des communautés locales et une meilleure réglementation de l’accès aux ressources. La production agricole mixte continuera de s’intensifier et de s’étendre dans le monde. Les systèmes de pâturage pourraient évoluer en systèmes mixtes là où existent des potentialités adaptées à ce type de production comme par exemple dans les régions tropicales semi-arides et subhumides. On peut réaliser des gains importants de productivité dans les systèmes mixtes en améliorant davantage les flux d’éléments nutritifs et d’énergie entre les productions végétale et animale. Dans ces systèmes, les animaux d’élevage produisent de la viande et du lait et fournissent également des intrants naturels ou achetés. La durabilité environnementale et économique des systèmes mixtes fait de cette forme d’agriculture une candidate de premier choix pour le transfert et la mise au point des technologies. De nouveaux concepts privilégiant l’intégration agriculture-élevage à l’échelle des régions agricoles plutôt que des exploitations individuelles sont actuellement en cours d’élaboration. L’intégration de ces deux activités à l’échelle de toute une région permet à chaque entreprise spécialisée d’opérer séparément mais également à l’énergie nécessaire aux activités agricoles et aux flux de matière organique et minérale d’être liés par le biais des marchés et des réglementations. Cela améliore l’efficacité des activités tout en maximisant les avantages sociaux. Les systèmes industriels sont souvent mieux armés pour affronter la concurrence que les systèmes basés sur les pâturages. Cependant, leurs coûts de production sont souvent plus élevés dans les régions à fortes densités animales en raison de réglementations plus draconiennes et de taxes anti-pollution. Ces contraintes réduisent parfois à néant leurs avantages en matière de compétitivité. Les innovations technologiques jouent un rôle important dans la transformation des déchets d’origine animale en produits utiles. Celles-ci, comme par exemple les technologies de transformation des déchets de la production avicole en engrais granulés, deviennent de plus en plus fréquentes dans les pays en développement (CAST 1996). On peut s’attendre à voir l’économie de l’utilisation des déchets évoluer dans cette voie dans les pays densément peuplés, mais probablement pas avant une quinzaine d’années. Voies probables de transfert des technologies de production animale aux pays en développementD’importantes innovations technologiques sont actuellement en train de prendre forme, notamment dans des domaines comme la génétique et la reproduction, l’alimentation et la santé animale. D’ici 2020, elles seront probablement largement utilisées et, dans les pays en développement, les systèmes de production tirés par la demande les adopteront probablement assez rapidement. La plupart de ces systèmes se trouveront en Asie de l’Est, dans les zones périurbaines de l’Inde et en Amérique latine, en dehors de la région andine. Là où la demande augmente plus lentement—la plupart des régions d’Asie du Sud, l’Afrique subsaharienne et les pays andins—l’adoption de ces technologies sera plus lente et d’importantes poches de stagnation technologique persisteront. Les travaux de recherche et de vulgarisation effectués par le secteur public dans le domaine de l’élevage seront très rentables là où la demande augmente rapidement s’ils complètent les activités du secteur privé et facilitent l’accès aux petits paysans. Là où la demande augmente plus lentement, ces travaux serviront de principal outil technologique pour affronter les problèmes identifiés. Dans les systèmes modelés par la demande, l’adoption se fait généralement par le biais des forces du marché, tant que les prix des intrants reflètent leur rareté relative et créent les incitations appropriées. En particulier, les technologies visant à augmenter la production porcine et avicole seront largement transférables. Cela dit, les problèmes liés à l’impact de l’élevage sur l’environnement ne peuvent être résolus uniquement avec des innovations techniques. Un cadre détaillé de politiques s’avère indispensable pour faciliter l’adoption de technologies efficaces. La technologie demeure l’élément clé dans la mesure où l’évolution future, y compris celle du secteur de l’élevage, dépendra d’innovations permettant de réduire les besoins en terre et en eau dans l’utilisation des ressources naturelles. On peut d’ores et déjà observer partout cette évolution vers des systèmes à forte intensité de connaissances scientifiques. Des technologies ingénieuses, appuyées par des politiques judicieuses, peuvent aider à satisfaire la demande future tout en maintenant l’intégrité de la base de ressources naturelles. Une meilleure information, comme fondement de la prise de décision, constitue par conséquent une urgente nécessité. Il importe d’élaborer de nouvelles formes de production commerciale et spécialisée basées sur les dotations en ressources des régions et capables de maintenir l’équilibre des éléments nutritifs. Par ailleurs, les systèmes intensifs devront être mieux intégrés au cadre plus général de la mise en valeur des terres afin d’harmoniser les technologies peu exigeantes en ressources avec les capacités d’absorption des terres environnantes. Cette évolution s’impose particulièrement en ce qui concerne l’élevage porcin et avicole. Par ailleurs, de nouvelles dispositions organisationnelles devront être élaborées pour permettre aux unités spécialisées de capitaliser les économies d’échelle. Avec le temps, on verra probablement les systèmes de production mixte basés sur la famille, aujourd’hui fréquents dans les zones rurales, se transformer en unités spécialisées à vocation commerciale. L’on devra par ailleurs élaborer des politiques destinées à promouvoir l’intégration à l’échelle de régions entières par opposition à l’intégration au niveau de l’exploitation agricole. Ce type d’organisation de la production est un objectif à long terme de l’agriculture écologiquement durable dans les zones à fortes potentialités. Dans le monde développé, les pouvoirs publics contrôlent les concentrations excessives d’animaux en imposant des limites au nombre d’animaux et en relocalisant l’élevage dans des zones à faibles densités animales. Les réglementations relatives aux systèmes de production industrielle des zones urbaines et périurbaines doivent bannir les émissions de gaz à effet de serre et limiter l’octroi des licences. Pour d’une part, améliorer l’équilibre des flux d’éléments nutritifs dans les systèmes agricoles qui en sont déficitaires et d’autre part, promouvoir l’intégration agriculture-élevage dans les pays en développement, il faudra appliquer des politiques susceptibles de garantir les mesures d’incitation et les services nécessaires à l’adoption des technologies. Pour réduire les excédents d’éléments nutritifs dans les systèmes agricoles mixtes, des réglementations appropriées doivent être introduites pour, non seulement contrôler les densités animales, mais également limiter et décourager la production de déchets. Cela passera souvent par l’élimination des subventions accordées aussi bien sur les concentrés destinés à l’alimentation animale et que sur les intrants utilisés dans la production d’aliments du bétail. Seule l’adoption de politiques propres à responsabiliser les communautés locales et à créer des instruments appropriés de droits de propriété tout en garantissant une certaine flexibilité de mouvement aux pasteurs permettra d’affronter judicieusement le problème de la dégradation des pâturages dans les pays en développement. Des dispositions relatives à la tenure des terres peuvent aussi aider à limiter l’expansion des ranches en direction des zones de forêt tropicale humide en Amérique latine. Les difficultés d’accès aux marchés contribuent aussi à favoriser la dégradation des terres et doivent faire l’objet d’études appropriées. D’autres mesures d’incitation pourraient contribuer à diminuer la pression de pâturage dans les zones semi-arides, comme par exemple le paiement de l’eau et des services de santé animale au prix coûtant. Dans le même ordre d’idée, on pourrait envisager d’imposer la mise en place de pâturages et de cultures dans les zones de forêt tropicale humide. Tout cela doit s’accompagner de mesures destinées à protéger les zones les plus importantes des points de vue de l’environnement et de la biodiversité. Enfin, au fur et à mesure que les décideurs et les partenaires au développement comprendront l’importance cruciale de l’élevage dans la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement, il est probable que les institutions de développement de l’élevage accorderont un degré de priorité plus élevé à la réduction de la pauvreté dans leurs programmes. Cela à son tour conduira à l’établissement de liens plus étroits entre d’une part, les efforts de mise au point des technologies et d’autre part, les activités des coopératives et associations de petits paysans qui aident ces derniers à affronter le problème des coûts de transaction élevés associés à l’entrée dans une activité commerciale majeure. IFPRI holds the copyright to its publications and web pages but encourages duplication of these materials for noncommercial purposes. Proper citation is required. |
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