LA CRISE DE L'ASIE DE L'EST ET LES PAUVRES:
QUEL RôLE POUR L'AGRICULTURE?
Combien étaient ceux qui prévoyaient, l'an dernier, que le miracle de l'Asie de l'Est
s'effondrerait ? Longtemps enviées pour leurs solides taux de croissance, plusieurs économies asiatiques ont dérapé sensiblement depuis l'écroulement des secteurs financiers sur-sollicités. La crise a jeté les employés à la rue et provoqué de graves difficultés pour les pauvres ruraux alors que les prix alimentaires et du carburant ont augmenté en flèche. Alors que la récession japonaise aggrave la crise, le raz-de-marée économique soulève des interrogations sur la capacité de la région à donner rapidement un coup de talon, et sur les conséquences à court et à long terme pour les pauvres.
Selon Bruce Koppel, chargé de recherche au Centre Est-ouest à Hawaï, presque du jour au
lendemain, "la crise a fait régresser la plupart des progrès réalisés pour atténuer de la pauvreté
absolue". En outre des augmentations de prix, de nombreux employés urbains sont retournés
dans leurs villages, ce qui a repoussé à la baisse les salaires agricoles. Associée à la cherté
croissante du crédit agricole et à l'importance de la dette des ménages agricoles contractée
pendant les années fastes, la crise jette les fondements d'un problème de sécurité alimentaire
potentiellement grave, toujours selon Bruce Koppel.
Répercussions sociales
Chômage et migration : les répercussions de la crise ont touché jusqu'aux ménages ruraux, où les
appuis sociaux publics sont rares. Au départ, les licenciements massifs et la réduction des salaires
dans les régions urbaines ont constitué les effets les plus visibles de la crise économique. Entre
octobre 1997 et février 1998, les revenus réels ont chuté en Corée du sud, le chômage a doublé et
selon les prévisions du le ministère coréen du Travail le chômage battrait de nouveaux records
dans les mois suivants. En Thaïlande, le chômage est passé de quasi zéro à 2 millions de
chômeurs prévus, en 1998. L'Indonésie verra doubler son chômage, selon l'Organisation
internationale du travail, selon laquelle les femmes constitueront la majeure partie des nouveaux
chômeurs dans la région en raison de leur position subalterne sur le marché du travail.
Nombre des nouveaux chômeurs, pour faire face à cette perte subite de revenus, sont retournés
dans leur village. Selon Eric Craswell, directeur du Conseil international pour la recherche et la
gestion des sols, dont le siège est en Thaïlande, la migration "exerce de très lourdes pressions sur
les sols car les habitants ont recours à des méthodes préjudiciables pour amplifier la culture
intensive. L'incidence sur l'environnement est désastreuse".
L'Indonésie représente le summum des principaux problèmes découlant de la détérioration de
l'économie urbaine. Selon Graeme Hugo, expert des schémas de migration en Indonésie de
l'université d'Adélaïde, le retour des chômeurs aggrave la situation de leurs familles rurales, dont
bon nombre ont déjà dû subir les effets d'une grave sécheresse. En outre, les envois de fonds de
Djakarta à la période du ramadan, constituent d'ordinaire une source importante de revenus des
villageois, mais cette année, selon les estimations, ils ne représentent que la moitié des envois de
l'année dernière (32 millions de dollars) environ. Une autre préoccupation profonde : la chute
prévue des envois de fonds des quelques 2,5 millions d'Indonésiens à l'étranger, qui envoient
dans leurs foyers près de 1 milliard de dollars, officiellement, et sans doute officieusement bien
davantage. Ces travailleurs, dont la plupart sont employés en Malaisie, viennent des régions les
plus pauvres d'Indonésie. Et ainsi, ajoute G. Hugo, leur incidence sur le développement régional
et local peut surpasser, et de loin, leur incidence sur le développement national".
La crise économique a également aggravé les troubles sociaux et les tensions ethniques. Pour
protéger leurs moyens d'existence et leur vie, de nombreux négociants chinois ont quitté
l'Indonésie. Selon Francesco Goletti de l'IFPRI, le départ des commerçants chinois d'Indonésie
signifiera une augmentation des prix supérieure aux chocs car il y aura moins d'intermédiaires
dans le marketing et la distribution. On en peut pas remplacer rapidement toute une classe
commerçante par une autre".
Tous les pays n'ont pas subi les mêmes difficultés. L'un de rares effets positifs de la crise a été
ressenti en Thaïlande, en dépit de la multiplication des chômeurs : les ménages ruraux y tirent la
plus grande partie de leur revenus de l'agriculture, qui est devenue plus lucrative en raison de la
dévaluation du taux de change. Dans récent article sur la crise, Anmmar Siamwalla, de l'Institut
de recherche thaïlandais sur le développement, écrit qu'une "conclusion très provisoire peut être
tirée selon la crise aurait aidé quelque peu les pauvres ruraux, par le biais d'une augmentation des
revenus agricoles [à partir des denrées d'exportation]". L'on ignore encore si l'inflation
surpassera par la suite les bénéfices obtenus par le biais de la dévaluation. Il s'agit d'une
préoccupation notamment à court terme car, dans le secteur social, les dépenses de l'Etat ont été
réduites de 10 à 20%. Des réductions analogues ont été effectuées dans l'autres pays de la région.
Bien que la Thaïlande et la Corée du Sud soient censée remonter la pente, selon Romeo Bautista
de l'IFPRI : "Les habitants sont par trop optimistes. Ils ne tiennent pas compte des difficultés
qu'entraînent les programmes du FMI. Les grèves du travail en Corée du Sud ont freiné la
reprise. Les mesures d'austérité ont provoqué des difficultés économiques et des situations de
récession".
Aggravation de l'insécurité alimentaire : ces dernières années, l'Asie de l'Est a effectué
d'importants progrès dans les domaines de la sécurité alimentaire et de la nutrition, mais la crise
a supprimé une partie des avantages du "miracle", ne serait-ce que provisoirement, et nombreux
sont ceux qui doivent faire face aujourd'hui à la plus grave gageure de sécurité alimentaire
depuis de nombreuses années. Dans certains pays, selon Nicolas Pron, chargé du Plan du bureau
de l'UNICEF pour l'Asie de l'Est et le Pacifique, "la crise actuelle n'a fait que révéler les
tendances négatives qui existaient déjà bien avant l'effondrement financier actuel". En dépit des
progrès en matière de réduction de la pauvreté, les disparités entre les revenus se sont aggravées
dans la région, et l'insécurité alimentaire marquée perdure. En Indonésie, près d'un tiers des
enfants de moins de 5 ans souffraient déjà, avant la crise, de malnutrition. Aux Philippines, la
productivité agricole connaissait déjà un ralentissement et les revenus une chute avant que
problèmes économiques récents n'aient touché les pauvres.
Les effets de la crise ont varié selon les pays, mais les vives augmentations, fréquentes, des prix
des aliments, des combustibles et des intrants ont entraîné des pénuries alimentaires graves dans
certains pays, de nouveau plus particulièrement en Indonésie. Selon Nicolas Pron, "pour la
majorité des pauvres, la fréquence et la qualité de l'alimentation seront sans doute insuffisantes
pour pouvoir maintenir un niveau normal de croissance, de développement et de productivité. En
Indonésie, la consommation de protéines d'origine animale deviendra sans doute le privilège
d'une élite". Cecilia Ochoa de l'Institut agricole philippin à Manille dresse le même tableau de
son pays dans son évaluation récente de la crise. Elle ajoute que la mise en oeuvre de mesures
d'austérité budgétaire en raison de la diminution des revenus "aura sans doute une incidence sur
la prestation de services sociaux (santé, assistance publique et éducation), qui sont pour les
pauvres un filet de sécurité".
Les économies relativement saines elles-mêmes connaissent des difficultés en raisons des
resserrements d'ensemble et des coûts d'importation élevés. Selon Tan Siew Hoey,
anciennement de l'Institut des études stratégiques et internationales à Kuala Lumpur, et
aujourd'hui expert-conseil, la facture des importations alimentaires de la Malaisie se montait à
quelque 4 milliards avant la crise. En raison de la dévaluation et des effets de la sécheresse en
Malaise, le prix des importations alimentaires y a doublé. En outre, le coût des importations non
alimentaires a augmenté de 140%, alimentant l'inflation à une période de ralentissement
économique et à la veille d'une récession. Selon Tan, "la spirale des prix alimentaires et non
alimentaires, sur le marché de gros et de détail, s'est propagée dans toute la région et entraîne une
sentiment d'insécurité, ou de pénurie de l'approvisionnement alimentaire".
En raison de la crise, le pari alimentaire est le plus ardu en Indonésie car elle est victime à la fois
de la pire sécheresse qui soit depuis des décennies, de dévaluations vertigineuses et impossibles à
gérer de sa monnaie, d'inflation et d'instabilité politique. Selon les estimations de la Banque
mondiale, si les conditions actuelles entraînées par El Nino se poursuivent, l'Indonésie devra
consacrer 1,2 milliard de dollars à l'importation des quantités de riz nécessaires et entre 500 et
600 millions supplémentaires pour subventionner ce riz afin de le rendre abordable pour les
pauvres. (Consulter le numéro de février 1998 d'Actualités et Points de Vue pour un débat plus
étendu sur les problèmes d'El Nino). En outre de ces importantes déconfitures budgétaires, près
de 8 millions d'habitants entreront sans doute dans les rangs des pauvres ruraux au cours de
l'année prochaine.
Selon Peter Bult, chargé de projet du bureau de l'UNICEF à Djakarta, "les indices avant-coureurs
sont suffisamment nombreux indiquant que les choses changent profondément pour les habitants.
Si l'on ne réagit pas, d'urgence, les effets en seront démesurés et de longue durée pour les
enfants, car la nutrition est capitale pour leur développement tant mental que physique. Leur
capacité d'apprentissage en serait amoindrie et ils pourraient perdre de 10 à 15 points de QI,
c'est-à-dire un déficit colossal de productivité à l'échelon social".
Et si la crise continue ?
Il est bien sûr possible que les incidences à long terme les plus profondes puissent être atténuées
alors que les pays aideront, de toute urgence, ceux qui courent les plus grands risques, et qu'ils
remettent leurs économies sur la bonne voie, rapidement. A l'étude d'une crise antérieure,
Prabhy Pingali, du Centre international d'amélioration du maïs et du blé (CIMMYT), précise :
"La crise actuelle est analogue à celle qu'a connue le Mexique en 1994. Le Mexique a vécu la
même situation critique, mais les choses se sont améliorées depuis. Le secteur agricole s'est ré-aligné et le secteur des exportations a décollé après la crise, en partie grâce à l'ALENA et à la
dévaluation du peso. Les exportations de blé vers l'Europe et l'Asie ont augmenté. La crise de
1994 n'est plus qu'un lointain souvenir, au Mexique, aujourd'hui".
Mais existe-t-il des dispositions commerciales et financières favorables, à l'heure actuelle, pour
l'Indonésie et les autres sociétés d'Asie en difficulté ? Et si le miracle de l'Asie de l'Est ne
réapparaissait pas ? Mark Rosegrant de l'IFPRI a analysé les développements au cas où les pires
répercussions de la crise se poursuivaient jusqu'en 2020. L'on présume que les prix intérieurs
des denrées agricoles, en raison de la dévaluation du taux de change, resteraient de 20 à 30% au-dessus des niveaux préalable à la crise et que les taux de croissance des revenus s'inscriraient à la
moitié de leur niveau avant la crise : la demande céréalière mondiale en 2020 chuterait de 3% et
la demande de viande, de 8,4% par rapport au scénario de référence. Ces dérives mondiales
résulteraient directement de la réduction de la demande en Asie de l'Est et du Sud-Est, où la
demande de viande, par exemple, chuterait de 30 à 40%. Les exportations céréalières américaines
et européennes mondiales, combinées, en 2020, diminueraient de 7% et les exportations de
viande de 87% car les pays de l'Asie de l'Est et du Sud-Est deviendraient de grands exportateurs
de viande en raison de la diminution de leur demande intérieure. Par rapport aux tendances
antérieures à la crise, le nombre d'enfants, de moins de 5 ans, souffrant de malnutrition
augmenterait de 21% en Asie du Sud-Est, pour atteindre 12,2 millions. Les effets nutritionnels de
la crise se propageraient à d'autres pays en développement. En Asie du Sud, par exemple, le
nombre d'enfants de moins de 5 ans, souffrant de malnutrition, augmenterait de 17%, pour
atteindre 76,7 millions.
Incidences à l'extérieur du monde en développement
La crise résonne encore dans le monde entier par le biais de ses incidences sur les finances et le
commerce. Selon Keith Collins, économiste en chef du département américain de l'Agriculture,
"les estimations précoces indiquent que les exportations agricoles fléchiraient de 3 à 6% pendant
l'exercice 1998-99, en raison de la crise, mais l'effet pourrait être plus important car le laps de
temps nécessaire à la reprise est de plus en plus incertain".
Selon Sherman Robinson de l'IFPRI, "les secteurs agricoles à vocation commerciale de certains
pays d'Asie de l'Est en tireront parti. Alors que ces pays redressent leur balance commerciale, il
leur faudra commercialiser leurs biens quelque part, et ils se tournent inévitablement vers les
Etats-Unis et l'Europe. La reprise concomitante en Asie sera positive au départ pour l'industrie
américaine, et à longue échéance également pour les exportateurs agricoles américains car elle
entraîne une plus grande demande". Mais Sherman Robinson ajoute que dans les deux prochaines
années, "la dévaluation de la monnaie en Asie de l'Est améliorera la compétitivité de la région et
ajoutera quelque 50 milliards de dollars américains au déficit commercial des Etats-Unis, car les
secteurs de la production manufacturée et des machines seront particulièrement touchés, et leur
déficit sera équivalent à celui des échanges commerciaux de l'Europe de l'Est." La Corée du Sud
en profitera sans doute le plus par un excédent commercial accru avec les Etats-Unis.
Certaines incidences sur les exportations des pays industrialisés proviennent de la compétitivité
accrue de l'Asie de l'Est, mais l'Indonésie illustre tout à fait le rôle tout aussi critique de la
baisse de la demande. Puisque les prix des importations des aliments du bétail ont augmenté en
flèche pour l'Indonésie, sa production avicole s'est étrécie de 80%. Les importations de bétail
d'Australie, de quelque 50.000 têtes par mois auparavant, ont tout simplement stoppé.
Quel rôle pour l'agriculture ?
Alors que les pays s'efforcent de reprendre leur croissance, la main-d'oeuvre économique
produite par la crise pourrait tenter d'aucuns à choisir des industries à forte intensité de main-d'oeuvre, axées sur l'exportation. Selon Bruce Koppel, "il s'agit d'une solution partielle et de
courte durée... L'adoption de cette stratégie sans se pencher sur les services et l'agriculture
équivaut à courir à une autre crise".
Les secteurs financiers sont encore hésitants, le chômage est élevé, les prix alimentaires sont en
hausse, la pénurie de denrées perdure et certains pays possèdent des avantages compétitifs
agricoles, l'agriculture remplira donc d'importantes fonctions dans la reprise de la croissance
régionale. Selon Goletti, "l'agriculture compensera en partie pour les autres secteurs, pendant la
reprise. En Indonésie, par exemple, les exportations de café, de fruits, d'huile de palme et de
caoutchouc atténueront les incidences négatives de la crise et entameront sensiblement le coût
des importations de riz. Au Vietnam, la crise a provoqué une remontée de la production rizicole,
ce qui permettra également d'alléger les déséquilibres commerciaux".
En Malaisie, la production de biens semble plus prometteuse dans le sens d'une reprise que ce
n'est le cas de la croissance des marchés financiers et des actifs, et selon Tan, l'agriculture jouera
un rôle important dans la reprise en raison de sa moindre teneur en importations. A court terme,
selon Tan, la production de fruits, de légumes et l'aquaculture semblent particulièrement
prometteuses, mais la production de bétail est tributaire du coût élevé des importations
d'aliments du bétail. Selon Tan, le ministère de l'Agriculture dresse des plans pour stimuler la
production alimentaire en ayant recours aux sols agricoles, abandonnés au cours de la dernière
décennie de croissance rapide, et "le secteur agricole, conjugué au produit en devises des
exportations, offre un certain espoir de réduire le déficit national actuel et de renforcer ainsi le
ringgit".
La crise a cristallisé de nouveau l'attention de nombreuses économies d'Asie de l'Est sur les
piliers de la santé économique. La Banque mondiale et la Banque asiatique de développement
ont toutes deux constaté, dans leur évaluation des fondements de la croissance dans la région,
que les politiques et les technologies appuyant l'agriculture ont joué d'importantes fonctions
dans l'obtention de taux élevés de croissance économique. Cela étant, selon Walter Falcon,
professeur d'économie et directeur de l'Institut des études internationales de l'université
Stanford, "l'agriculture n'a pas été reconnue intégralement pour sa part historique en matière de
réduction de la pauvreté et de promotion de la croissance dans la région. On ne peut aujourd'hui
s'y référer en passant, car la régression marquée de la croissance au cours de quelques prochaines
années réduira l'apport économiques des villes, ce qui exercera des pressions accrues sur
l'agriculture en raison du plus grand nombre d'habitants dans les zones rurales et des la
diminution des envois de fonds des zones urbaines". Certains pays auront recours aux
exportations pour assurer leur reprise, mais selon Falcon l'Indonésie s'appuiera davantage encore
sur l'agriculture : "toute l'économie indonésienne s'est disloquée. Les salaires et l'emploi
devront venir de l'agriculture".
Les habitants du monde entier espèrent que la crise de l'Asie de l'Est ne sera plus bientôt qu'un
lointain souvenir, notamment car ses répercussions sont très profondes. La mesure dans laquelle
l'agriculture joue le rôle de "moteur" de la reprise économique variera naturellement selon les
pays. Toutefois, il est indubitable qu'un plus grand nombre encore se penchera de plus près - que
jusqu'à présent - sur les questions agricoles.
Compte-rendu d'Uday Mohan
Ce texte peut être ré-imprimé, tout ou partie, sans permission préalable de l'IFPRI à condition de
l'en remercier nominativement. Prière d'en faire parvenir les copies à l'IFPRI. Photo : page 1,
Philippe Berry.
BRISER LE LIEN ENTRE LES CONFLITS ET LA FAIM
Les scénarios alimentaires, agricoles et environnementaux positifs en 2020 sont tributaires de la
protection de la paix lorsque les conflits menacent, de conclure la paix lorsque les conflits font
rage et de maintenir la paix lorsque les conflits ont cessé : voici la conclusion du document de
débat n 24 de la Vision 2020, intitulé "Food From Peace : Breaking the Links between Conflict
and Hunger", d'Ellen Messer, Marc Cohen et Jashinta D'Costa.
Ce document indique comment les conflits violents ont provoqué la famine et entraîné la
réduction de la production alimentaire et le ralentissement de la croissance économique dans 47
pays en développement, de 1970 à 1990. En 1996, les hostilités armées, principalement des
guerres civiles, et leurs séquelles, ont laissé 80 millions de citoyens, dont 50 millions de réfugiés
et personnes déplacées, exposés à la faim et tributaires de l'assistance humanitaire.
Selon les auteurs, les conflits détruisent les ressources pédologiques, hydriques,
infrastructurelles, biologiques et sociales de l'agriculture et du développement humain, alors que
les dépenses militaires réduisent les investissement dans les secteurs de la santé, de l'éducation et
de la protection de l'environnement. Depuis 1970, les guerres ont fait un million de victimes par
an, pour la plupart civiles. Les zones de conflit sont "appauvries en ressources" et lorsque les
combats cessent, elles doivent affronter le lourd fardeau de la reconstruction.
Les auteurs soulignent que l'insécurité alimentaire et les pénuries de ressources naturelles, réelles
ou perçues, constituent les principales causes, et les conséquences, des conflits.
Cet ouvrage présente les résultats de la recherche sur les conflits et la chute de la production
alimentaire, par habitant, en Afrique subsaharienne, depuis 1970. Les données sont restreintes,
mais elles indiquent une chute de 12,4% en moyenne de la production alimentaire annuelle, par
habitant, dans les pays victimes de conflits. En Ethiopie, au Rwanda et au Soudan, les crises
alimentaires résultant de désastres naturels, de la gabegie des secours et du développement, ont
abouti à l'effondrement du gouvernement, accompagné de carences encore plus graves au cours
des années qui ont suivi. Dans les années 90, la paix aurait permis une augmentation de 3,9 à
5,3% de la production alimentaire en Afrique, par habitant.
Selon ce livre, il conviendrait que la prévention des conflits devienne l'un des principaux
objectifs du développement alimentaire, agricole, environnemental et économique. Il
conviendrait que les secours permettent d'atténuer, et non pas d'aggraver, les inégalités
encourageant l'aggravation de la faim et des conflits. Il conviendrait que les programmes de
secours soient axés sur la sécurité alimentaire et le développement durable, en outre d'une survie
immédiate. Afin d'éviter les conflits, l'on pourrait incorporer dans les politiques d'aide
alimentaire et agricole les mesures suivantes :
élaboration de systèmes d'information et d'alerte rapide dans l'éventualité de conflits
secours et assistance au développement directs auprès des civils les plus vulnérables,
encourageant la coopération et non pas la concurrence et les conflits
intégration dans l'assistance d'urgence de mesures d'atténuation des conflits et, lorsque
possible, de reconstruction
collaboration avec les communautés touchées afin de faire redémarrer l'agriculture et de
développer les capacités locales pour se défendre de la faim et prévenir les conflits
responsabilisation des bailleurs de fonds quant à la manière dont les secours sont fournis
inclusion de considération relatives à la paix, évaluation de la manière dont les politiques
auront une incidence sur la sécurité alimentaire, l'égalité et la pauvreté, dans la planification
macro-économique nationale et l'aide au développement.
Les tendances des politiques agricoles en Amérique Latine
En Amérique Latine et dans la Caraïbe, depuis le début des années 80, la tendance des politiques
connaît une réorientation certaine, passant du secteur public au secteur privé. Les services
ferroviaires et de communication ont été privatisés. Les subventions destinées aux programmes
de crédit, d'emmagasinage et de commercialisation, ont cessé. Et les restrictions de change et de
commerce, à l'instar des tendances mondiales, ont régressé ou disparu. Sur cette toile de fond, les
politiques agricoles traditionnelles ont également changé, amenant les décideurs de la région à
faire face et à s'adapter à de nouveaux défis.
Dans un ouvrage récent, "Agricultura, medio ambiente y pobreza rural en América Latina"
(Agriculture, environnement et pauvreté rurale en Amérique Latine), Lucio G. Reca et Ruben G.
Echeverria, rédacteurs, ont rassemblé les écrits de 13 économistes agricoles qui assurent auprès
des décideurs et des parties intéressées, en Amérique Latine et dans la Caraïbe, des informations
de fond sur les politiques actuelles sur les questions rurales, dans la région. Ce livre, en espagnol,
publié par l'IFPRI et la Banque interaméricaine de développement (BID), est un recueil de
documents présentés en 1996 lors des colloques régionaux (au Mexique, en Colombie et en
Argentine), organisés par l'IFPRI, la BID et l'Institut interaméricain de coopération agricole
(IICA).
L'ensemble des documents présentés dans cet ouvrage confirme "le paradoxe de l'agriculture",
selon M. Reca, car "même si l'on s'accorder à parler de l'importance de l'agriculture, les
impératifs en matière d'investissement et les débats approfondis sur les problèmes agricoles sont
souvent différés". Ce livre, dans le cadre de l'Initiative de la Vision 2020 de l'IFPRI, s'efforce de
"modifier cette situation dangereuse et indésirable", ajoute M. Reca.
Entre autres questions, ce livre illustre l'incidence des échanges commerciaux et des taux de
change sur l'agriculture, dans la région. Il analyse la pauvreté dans les pays des Andes, étudie de
quelle manière les transformations agricoles des 15 dernières années exigent des changements
institutionnels et jette un coup d'oeil sur les schémas agricoles régionaux prévus d'ici 2020.
AIDE HUMANITAIRE ET NOUVELLE POLITIQUE ALIMENTAIRE : DEUX
NéCESSITéS URGENTES POUR LA CORéE DU NORD
Per Pinstrup-Andersen, directeur général et Marc J. Cohen, assistant spécial, IFPRI
La Corée du Nord est en proie à ce qui est sans doute la pire famine du 20e siècle. Les données
fiables sur l'ampleur de la malnutrition ou le nombre de victimes de la faim, mais la situation est
à l'évidence grave. En janvier 1998, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies
lançait son appel le plus pressant afin de mobiliser 378 millions de dollars d'aide alimentaire,
pour nourrir un Coréen sur trois.
Les entretiens avec les réfugiés coréens en Chine dépeignaient un tableau douloureux de Coréens
volant pour se nourrir, d'autres survivant en se nourrissant de plantes sauvages et d'écorce
bouillie, et parfois même de cas de cannibalisme. Les personnes âgées, vénérées, ont cessé de
s'alimenter pour assurer la survie de leurs petits-enfants. Le manque de médicaments et la
dislocation des systèmes d'assainissement encouragent la propagation de maladies sujettes à
prévention, telle que la tuberculose.
Des secours d'urgence, adéquats, sont essentiels : nourriture, médicaments, semences, engrais et
autres éléments d'aide pour relancer la production alimentaire. Une grande partie de l'aide
alimentaire passe par les projets d'alimentation contre travail, visant à réparer les dégâts produits
par les inondations, ainsi qu'une alimentation complémentaire pour les mères et les enfants
vulnérables. Les organismes de secours ont également appuyé la plantation d'une seconde récolte
d'orge.
Les causes directes de la catastrophe ? Trois années consécutives de mauvais temps, la limitation
physique de la superficie agricole au cours même des bonnes années et un déboisement qui a
amplifié l'incidence des désastres naturels.
De graves problèmes structurels sont à la base de ces facteurs. L'économie nationale a connu un
rétrécissement découlant de l'effondrement des échanges commerciaux avec l'ex-Union
Soviétique et d'autres pays ex-socialistes, retranchant l'accès privilégié de la Corée aux pétrole,
biens d'équipement et pièces détachées. Les Etats-Unis maintiennent leur embargo commercial.
La quasi-totalité de l'agriculture relève d'exploitations agricoles nationalisées, où les exploitants
sont de fait des fonctionnaires, et l'Etat a le monopole du gros de leur production. L'alimentation
est soumise à un sévère rationnement. La famine a créé une importante économie alimentaire
clandestine.
Une sécurité alimentaire durable exigera de nouvelles politiques offrant aux familles
d'agriculteurs des incitations en faveur des cultures vivrières. Les marchés de producteurs, de
création récente, constituent un pas dans la bonne direction. L'expérience de pays avoisinants, la
Chine et le Vietnam, offre des enseignements précieux sur la manière dont des incitations
judicieuses influent sur la sécurité alimentaire.
Selon Justin Lin du Centre chinois de recherche économique, le choix de la Chine en faveur de
l'agriculture collective, avant 1978, correspondait à des pertes de production de quelque 17%,
par rapport à la production obtenue à la suite du transfert à la "responsabilité des ménages". De la
même manière, le Vietnam a obtenu des récoltes particulièrement abondantes en passant à
l'agriculture familiale et en libéralisant son marché rizicole.
Selon la recherche de l'IFPRI, la Corée du Nord tirerait nettement parti également d'une
libéralisation des échanges commerciaux extérieurs. Etant donné le caractère improbable d'une
auto-suffisance alimentaire, l'exploitation de son avantage comparé dans l'exportation de
minerai, de produits manufacturé légers, de fruits et légumes, et de productions animales
produirait des devises pour les achats de denrées alimentaires et autres importations essentielles.
Il est encourageant que le président sud-coréen, Kim Dae Jung, ait fait preuve d'une certaine
ouverture quant à l'accroissement des échanges commerciaux entre les deux Corées.
La Corée du Nord possède un système de distribution public qui pourrait faciliter la transition
difficile qu'exigera la réforme. Un système de recherche et de vulgarisation agricole,
relativement bien développé, pourra également faciliter l'accroissement de la production
alimentaire.
Mais une réforme couronnée de succès doit aussi s'appuyer sur la transparence, la
responsabilisation et l'aptitude au changement, bref, sur une gouvernance de qualité. En son
absence, la Corée devra sans doute affronter une crise alimentaire d'une certaine durée.
La Crise financière en Asie menace-t-elle la sécurité alimentaire future de la région ?
Note de la rédaction : Points de vue 2020 vise à produire un dialogue et des débats par le biais
d'entretiens avec les participants de l'Initiative de la Vision 2020. ACTUALITéS ET POINTS
DE VUE s'est entretenu avec C. Peter Timmer, chargé de recherche à l'Institut pour le
développement international de Harvard et le programme Thomas D. Cabot des études pour le
développement, de l'université Harvard. L'entretien s'est tenu avant le changement de président
en Indonésie.
ACTUALITES ET POINTS DE VUE : Comment décririez-vous la nature des dommages
entraînés par la crise financière en Asie dans les divers pays de la région ?
Je me bornerai à parler de la Corée du Sud, de la Thaïlande et de l'Indonésie. En Corée du Sud,
le principal choc a été ressenti par le système de gouvernement et les rapports commerciaux. Je
crois que la crise pourrait réellement épauler la restructuration industrielle et l'ouverture de
l'économie coréenne. En Thaïlande, il s'agit d'une anicroche relativement mineure. La plus
grande partie de la restructuration se limitera aux secteurs financier et de la propriété, qui ne
représentent pas une grande part de l'économie. Je ne crois pas qu'elle menace la voie de
développement adoptée. L'équilibre entre les secteurs rural et urbain pourrait en être amélioré.
Ce pourrait donc être un élément sain pour la Thaïlande.
L'Indonésie sera la plus touchée.. Le nombre d'habitants en-dessous
du seuil de pauvreté absolue a doublé... près de 20 millions de
personnes.
Pour l'Indonésie, vous me voyez plus pessimiste. A moins que le système politique ne soit
remanié, les dommages économiquement seront profonds. Selon moi, il n'existe aucune preuve
que ces réformes soient en cours. Si je devais avancer des prévisions, je dirai que l'Indonésie
pourrait perdre de trois à cinq ans de croissance économique.
Actualités & Points de vue : En quoi cette crise pourrait-elle avoir une incidence sur
l'alimentation et l'agriculture dans la région ?
Il faut faire une distinction entre les pays. En Thaïlande, le prix du riz a subi les plus fortes
répercussions, ce qui a créé un marché solide à l'exportation, et favorise les agriculteurs tout en
étant néfaste pour les consommateurs des zones urbaines, mais ils sont sans doute suffisamment
nantis pour amortir ce choc. Je ne crois pas qu'il y ait de grave problèmes de nutrition en
Thaïlande.
En Corée, le financement commercial des importations s'est révélé être le grand problème. La
Corée était tout à fait tributaire des importations et la réduction de ces importations a constitué
une réelle menace pour la sécurité alimentaire nationale. Le montage américain de 2 milliards de
dollars de garanties commerciales et de crédits pour les importations agricoles a stabilisé cette
situation quasiment du jour au lendemain. En ce qui concerne la Corée, la principale incidence se
traduit par une réduction de la protection accordée jusque-là aux producteurs de riz et de boeuf.
Le secteur agricole coréen est beaucoup plus concurrentiel aujourd'hui.
L'Indonésie se trouve dans une situation tout à fait différente. El Nino a été dévastateur : deux
ans de sécheresse, la pire du siècle. Il faut noter deux ans consécutifs de diminution de la
production rizicole. En examinant la situation en janvier et en février, on a relevé la possibilité
d'une famine généralisée. Il faut dire, au bénéfice des Indonésiens, lorsque la situation leur est
apparue dans toute sa gravité, ils ont mis en place des mesures d'urgence pour faire redémarrer
les importations, en souscrivant notamment à de nouveaux contrats d'importation du riz. Ne
serait-ce qu'en mars, l'Indonésie a importé 800.000 tonnes de riz. C'est époustouflant : aucun
pays n'a importé une telle quantité de riz. Pour 1998, ils importeront sans doute 5 millions de
tonnes de riz au total.
Donc l'Indonésie, en raison de la sécheresse, fait face à la situation par des importations
massives. Mais il faut aussi redonner aux citoyens un certain pouvoir d'achat. C'est ce que
l'Indonésie fait, par le biais de projets de travaux publics, énormes, à forte intensité de main-d'oeuvre.
Actualités & Points de vue : Ce ralentissement de la croissance va-t-il mener à un
ralentissement de la croissance de la demande et de la consommation alimentaires ? Ou à
une redistribution de la consommation alimentaire, par exemple la régression de la
consommation de viande ?
Oui, pour les consommateurs aux revenus inférieurs consommeront moins de produits onéreux.
A court terme, ils n'auront pas les moyens de se procurer du maïs, ni des fèves de soja pour
nourrir la volaille, ni le bétail. L'industrie avicole est en quasi-faillite. Le problème est grave en
Indonésie, et ailleurs également. En outre, ces dernières années, les schémas de consommation
ont changé, en faveur du blé importé. Puisque le blé importé est relativement onéreux, il devrait
y avoir un effet de balancier dans l'autre sens, pour revenir vers la consommation de riz.
Actualités & Points de vue : Comment les pays aident-ils leurs citoyens à faire face à la
situation ?
En Corée, les citoyens sont relativement aisés et l'aide familiale, ainsi qu'une aide restreinte de
l'Etat devraient leur suffire pour surmonter la crise sans troubles sociaux importants. En
Thaïlande, on s'appuie davantage sur l'appui des familles dans les zones rurales, et les citadins
retournent dans les zones rurales, on enregistre donc une chute de la consommation à Bangkok.
A mon avis, les zones rurales vont amortir le choc.
L'Indonésie aura la situation la plus précaire. A la suite de deux ans de sécheresse, les
mécanismes ruraux de survie sont épuisés. Et ajoutons à cela le retour dans les campagnes des
chômeurs urbains. Les autocars sont bondés dans les deux sens. On ignore même dans quelle
direction va la migration nette, pour Java, à l'heure actuelle.
Si le Japon tombe dans une récession grave, l'effet de ruissellement
se ferait sentir dans l'économie mondiale... C'est réellement l'année de
tous les dangers...
Nous savons que le nombre d'habitants vulnérables a augmenté sensiblement. Le nombre
d'habitants en-dessous du seuil de pauvreté absolue a double, passant de 10% environ de la
population à 15 ou 20%. Une augmentation de 10% représente environ 20 millions de personnes.
La pauvreté absolue est celle où vous n'avez pas suffisamment à manger. Le riz, les fèves de soja
et le mazout sont les trois éléments principaux du panier des consommateurs pauvres. Ces
produits sont absolument subventionnés pour la première fois depuis de nombreuses années.
L'effort de secours en Indonésie doit être extrêmement important. Les importations de riz par
exemple coûteront 1,5 milliards de dollars. Dans le passé, chaque million de tonnes
d'importations de riz "d'urgence" entraîne une augmentation des prix de 50 dollars la tonne. Cinq
millions de tonnes signifient une multiplication par deux des prix. Mais jusqu'à présent, cette
année, le marché mondial possède suffisamment de riz pour que les prix n'aient pas beaucoup
augmenté, principalement en raison d'une très bonne récolte en Thaïlande, au Vietnam et en
Chine du Sud. Mais si la sécheresse continue en Indonésie, et qu'il lui faille importer davantage
de riz avant la fin de l'année, les prix mondiaux du riz augmenteront sans doute sensiblement.
D'un autre côté, les incitations pour l'Indonésie à produire davantage de riz sont importantes. En
1999, si les conditions climatiques s'y prêtent, l'Indonésie pourrait ne pas importer de riz du tout.
Si elle cesse ses importations, cela pourrait mener à un effondrement du marché mondial, l'an
prochain. Il va falloir suivre la situation de très près.
Actualités & Points de vue : Quelles sont les incidences de la crise pour le restant du monde
?
Cela dépend, en grande partie, de la manière dont le Japon va résister à la crise. Si le Japon
tombe dans une récession grave, l'effet de ruissellement se ferait sentir sur l'économie mondiale.
La bourse des valeurs américaine est très vulnérable à la mouvance de la rentabilité des titres.
Une chute des valeurs pourrait y déclencher une grave récession. A mon avis, les investisseurs
américains refusent de regarder la situation en face. Si leur confiance est ébranlée, la réaction
pourrait être très violente. C'est vraiment l'année de tous les dangers.
Les exportations agricoles américaines pourraient être gravement menacées, puisque l'Asie
constitue la plus grande source de croissance des exportations agricoles américaines.
L'Indonésie, par exemple, était le plus grand importateur de pommes américaines, mais ces
importations sont tombées à zéro aujourd'hui. Les Etats-Unis vont être très pugnaces sur le
financement commercial pour maintenir l'accès à ces marchés. On pourrait être témoins d'une
quasi-guerre commerciale agricole.
Et on verra peut-être aussi une ré-évaluation, par les Américains, du rôle de l'aide alimentaire. Si
l'Asie ne peut plus acheter de denrées, les Etats-Unis pourraient trouver un moyen pour leur
donner ces denrées, à titre d'aide. La convention sur l'aide alimentaire va être re-négociée en
1999. Les Etats-Unis vont devoir choisir une position. Il sera intéressant de suivre les
événements.
Actualités & Points de vue : La crise actuelle aura-t-elle des incidences de longue durée sur
la région ?
A longue échéance, je vois deux éléments qui ne sont pas principalement macro-économiques,
mais davantage liés à l'économie politique. Le premier est la valeur d'une transparence accrue.
Les investisseurs étrangers ne reviendront pas à moins qu'on leur donne davantage
d'informations et qu'elle leur semble fiable. La Corée et la Thaïlande ont pris cette direction,
alors que l'Indonésie s'y refuse. Ensuite, il s'agit de l'importance d'une meilleure gouvernance et
responsabilisation auprès des citoyens de ces pays. Si l'on réfléchit à la raison pour laquelle
l'Indonésie a été, et de loin, la plus touchée, il s'agit surtout d'une question de gouvernance : les
Thaïs ont élu un gouvernement réformiste, tout comme les Coréens. Le président Suharto a
affirmé qu'il continuerait à diriger comme par le passé. Cette prise de position lui a ôté toute
crédibilité auprès de ses citoyens. Ainsi, pour la région dans son ensemble, il convient de
permettre aux citoyens de s'exprimer davantage sur la manière dont on les dirige.
L'incidence à long terme qui sera sans doute la plus importante sera la manière dont les experts
considéreront le "miracle asiatique". Ces société n'ont pas abrogé les lois sur l'économie, mais
leur taux élevé d'épargne et l'importance marquée accordée au développement rural ont permis
au "capitalisme népotique" de détourner l'affectation de ressources énormes des secteurs
industriel et de la propriété, sans avoir d'incidences funestes sur le taux de croissance
économique. Le principal enseignement à en tirer reste donc qu'un système capitaliste se doit de
comporter un système financier pour assurer une affectation opérante du capital.
Nouvelles publications
Document de travail n 24 Vision 2020 : "Paix et alimentation : briser le lien entre les conflits
et la faim", Ellen Messer, Marc J. Cohen et Jashinta D'Costa
Récapitulatif 2020 n 49 : "La Sécurité nutritionnelle dans les zones urbaines en Amérique
Latine", Maria Inés Sanchez-Grinan
Récapitulatif 2020 n 50 : "Paix et alimentation : briser le lien entre les conflits et la faim",
Ellen Messer, Marc J. Cohen et Jashinta D'Costa
EVALUATION EXTERNE DE L'INITIATIVE VISION 2020 COMMANDITéE PAR
L'IFPRI
L'IFPRI vient de nommer Robert Paarlberg, professeur de Sciences politiques au Wellesley
College et président de l'étude externe des méthodologies de recherche et de vulgarisation,
commanditée par l'IFPRI, afin de procéder à une évaluation externe de l'incidence de l'Initiative
Vision 2020. M. Paarlberg étudiera la manière dont cette initiative a permis d'approfondir les
connaissances relatives aux gageures mondiales auxquelles sont confrontés l'alimentation,
l'agriculture et l'environnement, de communiquer les défis et le programme d'action sur lequel
repose la Vision 2020, à différents publics du monde entier, et d'offrir un forum de dialogue, de
débat, d'échange d'informations et de renforcement du consensus entre les décideurs, les
chercheurs et les membres des organisations non gouvernementales, le secteur privé et les média.
M. Paarlberg mènera ses travaux avec les recommandations d'un comité conseil sur les
incidences, composé principalement de membres du comité conseil international. M. Sartaj Aziz,
ministre des Finances du Pakistan, préside le comité conseil sur les incidences, entouré des
membres du comité : Speciosa Wandira Kazibwe, vice-présidente de l'Ouganda, Henry Kendall,
professeur de physique au Massachusetts Institute of Technology, Rebeca Grynspan Mayufis,
ancienne vice-présidente du Costa Rica et Joachim von Braun, directeur du centre nord-sud de
recherche sur le développement de Bonn (Allemagne).
M. Paarlberg vous demande de lui communiquer directement toute opinion sur les contributions
de l'Initiative Vision 2020, ou sur l'observation des effets décisionnels ou autres découlant de la
recherche, des ateliers, des publications et autres activités de l'Initiative, par téléphone au
617/283-2194, par courrier électronique à l'adresse RPAARLEBERG@wellesley.edu., par
télécopie au 617/283-3644, ou par voie postale à l'adresse Wellesley College, Department of
Political Science, Wellesley, MA 02181, USA.
Le rapport d'évaluation des incidences sera parachevé d'ici mars 1999.
Neuf nouveaux membres siègent au comité conseil international 2020
Neuf nouveaux membres se sont joints récemment au comité conseil international 2020 chargé
d'encadrer l'Initiative Vision 2020. Sous la présidence de M. Yoweri Museveni, président de
l'Ouganda, y siègent d'éminentes personnalités, dont des dirigeants des organismes bailleurs de
fonds, des décideurs de pays en développement, les dirigeants de la société civile et des
chercheurs du monde entier. Pour la liste intégrale des membres du comité, veuillez contacter
Rajul Pandya-Lorch, coordinateur de l'Initiative Vision 2020..
M. Fawzi Hamad Al-Sultan
Président
Fonds international de développement agricole (FIDA)
Rome (Italie)
M. David Beckmann
Directeur
Bread for the World Institute
Silver Spring, Maryland (Etats-Unis)
M. Gordon R. Conway
Président
The Rockefeller Foundation
New York (Etats-Unis)
M. Justin Lin
Directeur
Centre chinois pour la recherche économique
Beijing (Chine)
Mme D. Cecilia Lopez Montano
Directeur
Ministère du Plan
Bogota (Colombie)
Mme Maureen O'Neil
Présidente
International Development Research Centre (IDRC)
Ottawa (Canada)
Mme Mary Robinson
Haut Commissaire pour les droits de l'homme
Commission des Nations Unies sur les droits de l'homme
Genève (Suisse)
M. Timothy Wirth
Président
UN Foundation
Washington D.C., (Etats-Unis)
Pr Muhammad Yunus
Administrateur
Grameen Bank
Dhaka (Bangladesh)
DOCUMENTS VISION 2020 EN FRANçAIS ET EN ESPAGNOL
Le numéro de février 1998 d'Actualités et Points de vue est disponible à présent en espagnol et
en français. Tous les récapitulatifs Vision 2020 publiés depuis janvier 1997 sont également
disponibles en français et en espagnol. Les récapitulatifs de deux pages résument succinctement
divers points de vue sur des questions importantes - alimentation, agriculture et environnement -
pour les prochaines décennies.
Plusieurs documents de travail Vision 2020 sont également offerts en espagnol.
Et dès juillet 1998, la plus grande partie des documents Vision 2020 présentés sur le site Internet
de l'IFPRI seront disponibles, en français, espagnol ou anglais, au choix.
Pour obtenir une liste de toutes les traductions françaises ou espagnoles, ou pour faire inscrire
votre nom, ou celui de collègues, sur notre liste de publipostage en français ou en espagnol,
veuillez envoyer un courrier électronique à l'IFPRI, à l'adresse ifpri@cgiar.org, ou écrivez à
International Food Policy Research Institute, 2033 K. Street, N.W., Washington D.C. 20006,
Etats-Unis d'Amérique.
Vision 2020
Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement est une initiative de l'Institut international pour la recherche alimentaire (IFPRI) destinée à identifier les solutions afin de remplir les besoins alimentaires mondiaux futurs, tout en atténuant la pauvreté et en protégeant l'environnement. ACTUALITéS & POINTS DE VUE s'efforce de stimuler le dialogue et d'informer ses lecteurs de l'évolution de l'initiative Vision 2020. Pour tout commentaire sur les articles parus dans ACTUALITéS & POINTS DE VUE, ou pour obtenir un complément
d'information sur Vision 2020 et ses publications, prière de contacter l'IFPRI au 1200 17th Street, N.W., Washington (D.C.) 20036-3006, Etats-Unis d'Amérique, tél. 1-202-862-5600, télécopie 1-202-467-4439, courrier électronique : ifpri@cgiar.org. L'IFPRI se réserve les droits d'extrait et de révision des articles proposés pour publication dans ACTUALITéS & POINTS DE VUE.
Un centre de recherche du Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale (CGIAR)