IFPRI--2020 Actualités et Points de Vue (Français) Juin 1998
IFPRI home page IFPRI publications listing English Español Français Português Actualites & Points de vue Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environment

Juin 1998

LA CRISE DE L'ASIE DE L'EST ET LES PAUVRES:
QUEL RôLE POUR L'AGRICULTURE?

Combien étaient ceux qui prévoyaient, l'an dernier, que le miracle de l'Asie de l'Est s'effondrerait ? Longtemps enviées pour leurs solides taux de croissance, plusieurs économies asiatiques ont dérapé sensiblement depuis l'écroulement des secteurs financiers sur-sollicités. La crise a jeté les employés à la rue et provoqué de graves difficultés pour les pauvres ruraux alors que les prix alimentaires et du carburant ont augmenté en flèche. Alors que la récession japonaise aggrave la crise, le raz-de-marée économique soulève des interrogations sur la capacité de la région à donner rapidement un coup de talon, et sur les conséquences à court et à long terme pour les pauvres.

Selon Bruce Koppel, chargé de recherche au Centre Est-ouest à Hawaï, presque du jour au lendemain, "la crise a fait régresser la plupart des progrès réalisés pour atténuer de la pauvreté absolue". En outre des augmentations de prix, de nombreux employés urbains sont retournés dans leurs villages, ce qui a repoussé à la baisse les salaires agricoles. Associée à la cherté croissante du crédit agricole et à l'importance de la dette des ménages agricoles contractée pendant les années fastes, la crise jette les fondements d'un problème de sécurité alimentaire potentiellement grave, toujours selon Bruce Koppel.

Répercussions sociales

Chômage et migration : les répercussions de la crise ont touché jusqu'aux ménages ruraux, où les appuis sociaux publics sont rares. Au départ, les licenciements massifs et la réduction des salaires dans les régions urbaines ont constitué les effets les plus visibles de la crise économique. Entre octobre 1997 et février 1998, les revenus réels ont chuté en Corée du sud, le chômage a doublé et selon les prévisions du le ministère coréen du Travail le chômage battrait de nouveaux records dans les mois suivants. En Thaïlande, le chômage est passé de quasi zéro à 2 millions de chômeurs prévus, en 1998. L'Indonésie verra doubler son chômage, selon l'Organisation internationale du travail, selon laquelle les femmes constitueront la majeure partie des nouveaux chômeurs dans la région en raison de leur position subalterne sur le marché du travail.

Nombre des nouveaux chômeurs, pour faire face à cette perte subite de revenus, sont retournés dans leur village. Selon Eric Craswell, directeur du Conseil international pour la recherche et la gestion des sols, dont le siège est en Thaïlande, la migration "exerce de très lourdes pressions sur les sols car les habitants ont recours à des méthodes préjudiciables pour amplifier la culture intensive. L'incidence sur l'environnement est désastreuse".

L'Indonésie représente le summum des principaux problèmes découlant de la détérioration de l'économie urbaine. Selon Graeme Hugo, expert des schémas de migration en Indonésie de l'université d'Adélaïde, le retour des chômeurs aggrave la situation de leurs familles rurales, dont bon nombre ont déjà dû subir les effets d'une grave sécheresse. En outre, les envois de fonds de Djakarta à la période du ramadan, constituent d'ordinaire une source importante de revenus des villageois, mais cette année, selon les estimations, ils ne représentent que la moitié des envois de l'année dernière (32 millions de dollars) environ. Une autre préoccupation profonde : la chute prévue des envois de fonds des quelques 2,5 millions d'Indonésiens à l'étranger, qui envoient dans leurs foyers près de 1 milliard de dollars, officiellement, et sans doute officieusement bien davantage. Ces travailleurs, dont la plupart sont employés en Malaisie, viennent des régions les plus pauvres d'Indonésie. Et ainsi, ajoute G. Hugo, leur incidence sur le développement régional et local peut surpasser, et de loin, leur incidence sur le développement national".

La crise économique a également aggravé les troubles sociaux et les tensions ethniques. Pour protéger leurs moyens d'existence et leur vie, de nombreux négociants chinois ont quitté l'Indonésie. Selon Francesco Goletti de l'IFPRI, le départ des commerçants chinois d'Indonésie signifiera une augmentation des prix supérieure aux chocs car il y aura moins d'intermédiaires dans le marketing et la distribution. On en peut pas remplacer rapidement toute une classe commerçante par une autre".

Tous les pays n'ont pas subi les mêmes difficultés. L'un de rares effets positifs de la crise a été ressenti en Thaïlande, en dépit de la multiplication des chômeurs : les ménages ruraux y tirent la plus grande partie de leur revenus de l'agriculture, qui est devenue plus lucrative en raison de la dévaluation du taux de change. Dans récent article sur la crise, Anmmar Siamwalla, de l'Institut de recherche thaïlandais sur le développement, écrit qu'une "conclusion très provisoire peut être tirée selon la crise aurait aidé quelque peu les pauvres ruraux, par le biais d'une augmentation des revenus agricoles [à partir des denrées d'exportation]". L'on ignore encore si l'inflation surpassera par la suite les bénéfices obtenus par le biais de la dévaluation. Il s'agit d'une préoccupation notamment à court terme car, dans le secteur social, les dépenses de l'Etat ont été réduites de 10 à 20%. Des réductions analogues ont été effectuées dans l'autres pays de la région.

Bien que la Thaïlande et la Corée du Sud soient censée remonter la pente, selon Romeo Bautista de l'IFPRI : "Les habitants sont par trop optimistes. Ils ne tiennent pas compte des difficultés qu'entraînent les programmes du FMI. Les grèves du travail en Corée du Sud ont freiné la reprise. Les mesures d'austérité ont provoqué des difficultés économiques et des situations de récession".

Aggravation de l'insécurité alimentaire : ces dernières années, l'Asie de l'Est a effectué d'importants progrès dans les domaines de la sécurité alimentaire et de la nutrition, mais la crise a supprimé une partie des avantages du "miracle", ne serait-ce que provisoirement, et nombreux sont ceux qui doivent faire face aujourd'hui à la plus grave gageure de sécurité alimentaire depuis de nombreuses années. Dans certains pays, selon Nicolas Pron, chargé du Plan du bureau de l'UNICEF pour l'Asie de l'Est et le Pacifique, "la crise actuelle n'a fait que révéler les tendances négatives qui existaient déjà bien avant l'effondrement financier actuel". En dépit des progrès en matière de réduction de la pauvreté, les disparités entre les revenus se sont aggravées dans la région, et l'insécurité alimentaire marquée perdure. En Indonésie, près d'un tiers des enfants de moins de 5 ans souffraient déjà, avant la crise, de malnutrition. Aux Philippines, la productivité agricole connaissait déjà un ralentissement et les revenus une chute avant que problèmes économiques récents n'aient touché les pauvres.

Les effets de la crise ont varié selon les pays, mais les vives augmentations, fréquentes, des prix des aliments, des combustibles et des intrants ont entraîné des pénuries alimentaires graves dans certains pays, de nouveau plus particulièrement en Indonésie. Selon Nicolas Pron, "pour la majorité des pauvres, la fréquence et la qualité de l'alimentation seront sans doute insuffisantes pour pouvoir maintenir un niveau normal de croissance, de développement et de productivité. En Indonésie, la consommation de protéines d'origine animale deviendra sans doute le privilège d'une élite". Cecilia Ochoa de l'Institut agricole philippin à Manille dresse le même tableau de son pays dans son évaluation récente de la crise. Elle ajoute que la mise en oeuvre de mesures d'austérité budgétaire en raison de la diminution des revenus "aura sans doute une incidence sur la prestation de services sociaux (santé, assistance publique et éducation), qui sont pour les pauvres un filet de sécurité".

Les économies relativement saines elles-mêmes connaissent des difficultés en raisons des resserrements d'ensemble et des coûts d'importation élevés. Selon Tan Siew Hoey, anciennement de l'Institut des études stratégiques et internationales à Kuala Lumpur, et aujourd'hui expert-conseil, la facture des importations alimentaires de la Malaisie se montait à quelque 4 milliards avant la crise. En raison de la dévaluation et des effets de la sécheresse en Malaise, le prix des importations alimentaires y a doublé. En outre, le coût des importations non alimentaires a augmenté de 140%, alimentant l'inflation à une période de ralentissement économique et à la veille d'une récession. Selon Tan, "la spirale des prix alimentaires et non alimentaires, sur le marché de gros et de détail, s'est propagée dans toute la région et entraîne une sentiment d'insécurité, ou de pénurie de l'approvisionnement alimentaire".

En raison de la crise, le pari alimentaire est le plus ardu en Indonésie car elle est victime à la fois de la pire sécheresse qui soit depuis des décennies, de dévaluations vertigineuses et impossibles à gérer de sa monnaie, d'inflation et d'instabilité politique. Selon les estimations de la Banque mondiale, si les conditions actuelles entraînées par El Nino se poursuivent, l'Indonésie devra consacrer 1,2 milliard de dollars à l'importation des quantités de riz nécessaires et entre 500 et 600 millions supplémentaires pour subventionner ce riz afin de le rendre abordable pour les pauvres. (Consulter le numéro de février 1998 d'Actualités et Points de Vue pour un débat plus étendu sur les problèmes d'El Nino). En outre de ces importantes déconfitures budgétaires, près de 8 millions d'habitants entreront sans doute dans les rangs des pauvres ruraux au cours de l'année prochaine.

Selon Peter Bult, chargé de projet du bureau de l'UNICEF à Djakarta, "les indices avant-coureurs sont suffisamment nombreux indiquant que les choses changent profondément pour les habitants. Si l'on ne réagit pas, d'urgence, les effets en seront démesurés et de longue durée pour les enfants, car la nutrition est capitale pour leur développement tant mental que physique. Leur capacité d'apprentissage en serait amoindrie et ils pourraient perdre de 10 à 15 points de QI, c'est-à-dire un déficit colossal de productivité à l'échelon social".

Et si la crise continue ?

Il est bien sûr possible que les incidences à long terme les plus profondes puissent être atténuées alors que les pays aideront, de toute urgence, ceux qui courent les plus grands risques, et qu'ils remettent leurs économies sur la bonne voie, rapidement. A l'étude d'une crise antérieure, Prabhy Pingali, du Centre international d'amélioration du maïs et du blé (CIMMYT), précise : "La crise actuelle est analogue à celle qu'a connue le Mexique en 1994. Le Mexique a vécu la même situation critique, mais les choses se sont améliorées depuis. Le secteur agricole s'est ré-aligné et le secteur des exportations a décollé après la crise, en partie grâce à l'ALENA et à la dévaluation du peso. Les exportations de blé vers l'Europe et l'Asie ont augmenté. La crise de 1994 n'est plus qu'un lointain souvenir, au Mexique, aujourd'hui".

Mais existe-t-il des dispositions commerciales et financières favorables, à l'heure actuelle, pour l'Indonésie et les autres sociétés d'Asie en difficulté ? Et si le miracle de l'Asie de l'Est ne réapparaissait pas ? Mark Rosegrant de l'IFPRI a analysé les développements au cas où les pires répercussions de la crise se poursuivaient jusqu'en 2020. L'on présume que les prix intérieurs des denrées agricoles, en raison de la dévaluation du taux de change, resteraient de 20 à 30% au-dessus des niveaux préalable à la crise et que les taux de croissance des revenus s'inscriraient à la moitié de leur niveau avant la crise : la demande céréalière mondiale en 2020 chuterait de 3% et la demande de viande, de 8,4% par rapport au scénario de référence. Ces dérives mondiales résulteraient directement de la réduction de la demande en Asie de l'Est et du Sud-Est, où la demande de viande, par exemple, chuterait de 30 à 40%. Les exportations céréalières américaines et européennes mondiales, combinées, en 2020, diminueraient de 7% et les exportations de viande de 87% car les pays de l'Asie de l'Est et du Sud-Est deviendraient de grands exportateurs de viande en raison de la diminution de leur demande intérieure. Par rapport aux tendances antérieures à la crise, le nombre d'enfants, de moins de 5 ans, souffrant de malnutrition augmenterait de 21% en Asie du Sud-Est, pour atteindre 12,2 millions. Les effets nutritionnels de la crise se propageraient à d'autres pays en développement. En Asie du Sud, par exemple, le nombre d'enfants de moins de 5 ans, souffrant de malnutrition, augmenterait de 17%, pour atteindre 76,7 millions.

Incidences à l'extérieur du monde en développement

La crise résonne encore dans le monde entier par le biais de ses incidences sur les finances et le commerce. Selon Keith Collins, économiste en chef du département américain de l'Agriculture, "les estimations précoces indiquent que les exportations agricoles fléchiraient de 3 à 6% pendant l'exercice 1998-99, en raison de la crise, mais l'effet pourrait être plus important car le laps de temps nécessaire à la reprise est de plus en plus incertain".

Selon Sherman Robinson de l'IFPRI, "les secteurs agricoles à vocation commerciale de certains pays d'Asie de l'Est en tireront parti. Alors que ces pays redressent leur balance commerciale, il leur faudra commercialiser leurs biens quelque part, et ils se tournent inévitablement vers les Etats-Unis et l'Europe. La reprise concomitante en Asie sera positive au départ pour l'industrie américaine, et à longue échéance également pour les exportateurs agricoles américains car elle entraîne une plus grande demande". Mais Sherman Robinson ajoute que dans les deux prochaines années, "la dévaluation de la monnaie en Asie de l'Est améliorera la compétitivité de la région et ajoutera quelque 50 milliards de dollars américains au déficit commercial des Etats-Unis, car les secteurs de la production manufacturée et des machines seront particulièrement touchés, et leur déficit sera équivalent à celui des échanges commerciaux de l'Europe de l'Est." La Corée du Sud en profitera sans doute le plus par un excédent commercial accru avec les Etats-Unis.

Certaines incidences sur les exportations des pays industrialisés proviennent de la compétitivité accrue de l'Asie de l'Est, mais l'Indonésie illustre tout à fait le rôle tout aussi critique de la baisse de la demande. Puisque les prix des importations des aliments du bétail ont augmenté en flèche pour l'Indonésie, sa production avicole s'est étrécie de 80%. Les importations de bétail d'Australie, de quelque 50.000 têtes par mois auparavant, ont tout simplement stoppé.

Quel rôle pour l'agriculture ?

Alors que les pays s'efforcent de reprendre leur croissance, la main-d'oeuvre économique produite par la crise pourrait tenter d'aucuns à choisir des industries à forte intensité de main-d'oeuvre, axées sur l'exportation. Selon Bruce Koppel, "il s'agit d'une solution partielle et de courte durée... L'adoption de cette stratégie sans se pencher sur les services et l'agriculture équivaut à courir à une autre crise".

Les secteurs financiers sont encore hésitants, le chômage est élevé, les prix alimentaires sont en hausse, la pénurie de denrées perdure et certains pays possèdent des avantages compétitifs agricoles, l'agriculture remplira donc d'importantes fonctions dans la reprise de la croissance régionale. Selon Goletti, "l'agriculture compensera en partie pour les autres secteurs, pendant la reprise. En Indonésie, par exemple, les exportations de café, de fruits, d'huile de palme et de caoutchouc atténueront les incidences négatives de la crise et entameront sensiblement le coût des importations de riz. Au Vietnam, la crise a provoqué une remontée de la production rizicole, ce qui permettra également d'alléger les déséquilibres commerciaux".

En Malaisie, la production de biens semble plus prometteuse dans le sens d'une reprise que ce n'est le cas de la croissance des marchés financiers et des actifs, et selon Tan, l'agriculture jouera un rôle important dans la reprise en raison de sa moindre teneur en importations. A court terme, selon Tan, la production de fruits, de légumes et l'aquaculture semblent particulièrement prometteuses, mais la production de bétail est tributaire du coût élevé des importations d'aliments du bétail. Selon Tan, le ministère de l'Agriculture dresse des plans pour stimuler la production alimentaire en ayant recours aux sols agricoles, abandonnés au cours de la dernière décennie de croissance rapide, et "le secteur agricole, conjugué au produit en devises des exportations, offre un certain espoir de réduire le déficit national actuel et de renforcer ainsi le ringgit".

La crise a cristallisé de nouveau l'attention de nombreuses économies d'Asie de l'Est sur les piliers de la santé économique. La Banque mondiale et la Banque asiatique de développement ont toutes deux constaté, dans leur évaluation des fondements de la croissance dans la région, que les politiques et les technologies appuyant l'agriculture ont joué d'importantes fonctions dans l'obtention de taux élevés de croissance économique. Cela étant, selon Walter Falcon, professeur d'économie et directeur de l'Institut des études internationales de l'université Stanford, "l'agriculture n'a pas été reconnue intégralement pour sa part historique en matière de réduction de la pauvreté et de promotion de la croissance dans la région. On ne peut aujourd'hui s'y référer en passant, car la régression marquée de la croissance au cours de quelques prochaines années réduira l'apport économiques des villes, ce qui exercera des pressions accrues sur l'agriculture en raison du plus grand nombre d'habitants dans les zones rurales et des la diminution des envois de fonds des zones urbaines". Certains pays auront recours aux exportations pour assurer leur reprise, mais selon Falcon l'Indonésie s'appuiera davantage encore sur l'agriculture : "toute l'économie indonésienne s'est disloquée. Les salaires et l'emploi devront venir de l'agriculture".

Les habitants du monde entier espèrent que la crise de l'Asie de l'Est ne sera plus bientôt qu'un lointain souvenir, notamment car ses répercussions sont très profondes. La mesure dans laquelle l'agriculture joue le rôle de "moteur" de la reprise économique variera naturellement selon les pays. Toutefois, il est indubitable qu'un plus grand nombre encore se penchera de plus près - que jusqu'à présent - sur les questions agricoles.

Compte-rendu d'Uday Mohan

Ce texte peut être ré-imprimé, tout ou partie, sans permission préalable de l'IFPRI à condition de l'en remercier nominativement. Prière d'en faire parvenir les copies à l'IFPRI. Photo : page 1, Philippe Berry.




BRISER LE LIEN ENTRE LES CONFLITS ET LA FAIM

Les scénarios alimentaires, agricoles et environnementaux positifs en 2020 sont tributaires de la protection de la paix lorsque les conflits menacent, de conclure la paix lorsque les conflits font rage et de maintenir la paix lorsque les conflits ont cessé : voici la conclusion du document de débat n 24 de la Vision 2020, intitulé "Food From Peace : Breaking the Links between Conflict and Hunger", d'Ellen Messer, Marc Cohen et Jashinta D'Costa.

Ce document indique comment les conflits violents ont provoqué la famine et entraîné la réduction de la production alimentaire et le ralentissement de la croissance économique dans 47 pays en développement, de 1970 à 1990. En 1996, les hostilités armées, principalement des guerres civiles, et leurs séquelles, ont laissé 80 millions de citoyens, dont 50 millions de réfugiés et personnes déplacées, exposés à la faim et tributaires de l'assistance humanitaire.

Selon les auteurs, les conflits détruisent les ressources pédologiques, hydriques, infrastructurelles, biologiques et sociales de l'agriculture et du développement humain, alors que les dépenses militaires réduisent les investissement dans les secteurs de la santé, de l'éducation et de la protection de l'environnement. Depuis 1970, les guerres ont fait un million de victimes par an, pour la plupart civiles. Les zones de conflit sont "appauvries en ressources" et lorsque les combats cessent, elles doivent affronter le lourd fardeau de la reconstruction.

Les auteurs soulignent que l'insécurité alimentaire et les pénuries de ressources naturelles, réelles ou perçues, constituent les principales causes, et les conséquences, des conflits.

Cet ouvrage présente les résultats de la recherche sur les conflits et la chute de la production alimentaire, par habitant, en Afrique subsaharienne, depuis 1970. Les données sont restreintes, mais elles indiquent une chute de 12,4% en moyenne de la production alimentaire annuelle, par habitant, dans les pays victimes de conflits. En Ethiopie, au Rwanda et au Soudan, les crises alimentaires résultant de désastres naturels, de la gabegie des secours et du développement, ont abouti à l'effondrement du gouvernement, accompagné de carences encore plus graves au cours des années qui ont suivi. Dans les années 90, la paix aurait permis une augmentation de 3,9 à 5,3% de la production alimentaire en Afrique, par habitant.

Selon ce livre, il conviendrait que la prévention des conflits devienne l'un des principaux objectifs du développement alimentaire, agricole, environnemental et économique. Il conviendrait que les secours permettent d'atténuer, et non pas d'aggraver, les inégalités encourageant l'aggravation de la faim et des conflits. Il conviendrait que les programmes de secours soient axés sur la sécurité alimentaire et le développement durable, en outre d'une survie immédiate. Afin d'éviter les conflits, l'on pourrait incorporer dans les politiques d'aide alimentaire et agricole les mesures suivantes :

élaboration de systèmes d'information et d'alerte rapide dans l'éventualité de conflits

secours et assistance au développement directs auprès des civils les plus vulnérables, encourageant la coopération et non pas la concurrence et les conflits

intégration dans l'assistance d'urgence de mesures d'atténuation des conflits et, lorsque possible, de reconstruction

collaboration avec les communautés touchées afin de faire redémarrer l'agriculture et de développer les capacités locales pour se défendre de la faim et prévenir les conflits

responsabilisation des bailleurs de fonds quant à la manière dont les secours sont fournis

inclusion de considération relatives à la paix, évaluation de la manière dont les politiques auront une incidence sur la sécurité alimentaire, l'égalité et la pauvreté, dans la planification macro-économique nationale et l'aide au développement.




Les tendances des politiques agricoles en Amérique Latine

En Amérique Latine et dans la Caraïbe, depuis le début des années 80, la tendance des politiques connaît une réorientation certaine, passant du secteur public au secteur privé. Les services ferroviaires et de communication ont été privatisés. Les subventions destinées aux programmes de crédit, d'emmagasinage et de commercialisation, ont cessé. Et les restrictions de change et de commerce, à l'instar des tendances mondiales, ont régressé ou disparu. Sur cette toile de fond, les politiques agricoles traditionnelles ont également changé, amenant les décideurs de la région à faire face et à s'adapter à de nouveaux défis.

Dans un ouvrage récent, "Agricultura, medio ambiente y pobreza rural en América Latina" (Agriculture, environnement et pauvreté rurale en Amérique Latine), Lucio G. Reca et Ruben G. Echeverria, rédacteurs, ont rassemblé les écrits de 13 économistes agricoles qui assurent auprès des décideurs et des parties intéressées, en Amérique Latine et dans la Caraïbe, des informations de fond sur les politiques actuelles sur les questions rurales, dans la région. Ce livre, en espagnol, publié par l'IFPRI et la Banque interaméricaine de développement (BID), est un recueil de documents présentés en 1996 lors des colloques régionaux (au Mexique, en Colombie et en Argentine), organisés par l'IFPRI, la BID et l'Institut interaméricain de coopération agricole (IICA).

L'ensemble des documents présentés dans cet ouvrage confirme "le paradoxe de l'agriculture", selon M. Reca, car "même si l'on s'accorder à parler de l'importance de l'agriculture, les impératifs en matière d'investissement et les débats approfondis sur les problèmes agricoles sont souvent différés". Ce livre, dans le cadre de l'Initiative de la Vision 2020 de l'IFPRI, s'efforce de "modifier cette situation dangereuse et indésirable", ajoute M. Reca.

Entre autres questions, ce livre illustre l'incidence des échanges commerciaux et des taux de change sur l'agriculture, dans la région. Il analyse la pauvreté dans les pays des Andes, étudie de quelle manière les transformations agricoles des 15 dernières années exigent des changements institutionnels et jette un coup d'oeil sur les schémas agricoles régionaux prévus d'ici 2020.




AIDE HUMANITAIRE ET NOUVELLE POLITIQUE ALIMENTAIRE : DEUX NéCESSITéS URGENTES POUR LA CORéE DU NORD

Per Pinstrup-Andersen, directeur général et Marc J. Cohen, assistant spécial, IFPRI

La Corée du Nord est en proie à ce qui est sans doute la pire famine du 20e siècle. Les données fiables sur l'ampleur de la malnutrition ou le nombre de victimes de la faim, mais la situation est à l'évidence grave. En janvier 1998, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies lançait son appel le plus pressant afin de mobiliser 378 millions de dollars d'aide alimentaire, pour nourrir un Coréen sur trois.

Les entretiens avec les réfugiés coréens en Chine dépeignaient un tableau douloureux de Coréens volant pour se nourrir, d'autres survivant en se nourrissant de plantes sauvages et d'écorce bouillie, et parfois même de cas de cannibalisme. Les personnes âgées, vénérées, ont cessé de s'alimenter pour assurer la survie de leurs petits-enfants. Le manque de médicaments et la dislocation des systèmes d'assainissement encouragent la propagation de maladies sujettes à prévention, telle que la tuberculose.

Des secours d'urgence, adéquats, sont essentiels : nourriture, médicaments, semences, engrais et autres éléments d'aide pour relancer la production alimentaire. Une grande partie de l'aide alimentaire passe par les projets d'alimentation contre travail, visant à réparer les dégâts produits par les inondations, ainsi qu'une alimentation complémentaire pour les mères et les enfants vulnérables. Les organismes de secours ont également appuyé la plantation d'une seconde récolte d'orge.

Les causes directes de la catastrophe ? Trois années consécutives de mauvais temps, la limitation physique de la superficie agricole au cours même des bonnes années et un déboisement qui a amplifié l'incidence des désastres naturels.

De graves problèmes structurels sont à la base de ces facteurs. L'économie nationale a connu un rétrécissement découlant de l'effondrement des échanges commerciaux avec l'ex-Union Soviétique et d'autres pays ex-socialistes, retranchant l'accès privilégié de la Corée aux pétrole, biens d'équipement et pièces détachées. Les Etats-Unis maintiennent leur embargo commercial.

La quasi-totalité de l'agriculture relève d'exploitations agricoles nationalisées, où les exploitants sont de fait des fonctionnaires, et l'Etat a le monopole du gros de leur production. L'alimentation est soumise à un sévère rationnement. La famine a créé une importante économie alimentaire clandestine.

Une sécurité alimentaire durable exigera de nouvelles politiques offrant aux familles d'agriculteurs des incitations en faveur des cultures vivrières. Les marchés de producteurs, de création récente, constituent un pas dans la bonne direction. L'expérience de pays avoisinants, la Chine et le Vietnam, offre des enseignements précieux sur la manière dont des incitations judicieuses influent sur la sécurité alimentaire.

Selon Justin Lin du Centre chinois de recherche économique, le choix de la Chine en faveur de l'agriculture collective, avant 1978, correspondait à des pertes de production de quelque 17%, par rapport à la production obtenue à la suite du transfert à la "responsabilité des ménages". De la même manière, le Vietnam a obtenu des récoltes particulièrement abondantes en passant à l'agriculture familiale et en libéralisant son marché rizicole.

Selon la recherche de l'IFPRI, la Corée du Nord tirerait nettement parti également d'une libéralisation des échanges commerciaux extérieurs. Etant donné le caractère improbable d'une auto-suffisance alimentaire, l'exploitation de son avantage comparé dans l'exportation de minerai, de produits manufacturé légers, de fruits et légumes, et de productions animales produirait des devises pour les achats de denrées alimentaires et autres importations essentielles. Il est encourageant que le président sud-coréen, Kim Dae Jung, ait fait preuve d'une certaine ouverture quant à l'accroissement des échanges commerciaux entre les deux Corées.

La Corée du Nord possède un système de distribution public qui pourrait faciliter la transition difficile qu'exigera la réforme. Un système de recherche et de vulgarisation agricole, relativement bien développé, pourra également faciliter l'accroissement de la production alimentaire.

Mais une réforme couronnée de succès doit aussi s'appuyer sur la transparence, la responsabilisation et l'aptitude au changement, bref, sur une gouvernance de qualité. En son absence, la Corée devra sans doute affronter une crise alimentaire d'une certaine durée.




La Crise financière en Asie menace-t-elle la sécurité alimentaire future de la région ?

Note de la rédaction : Points de vue 2020 vise à produire un dialogue et des débats par le biais d'entretiens avec les participants de l'Initiative de la Vision 2020. ACTUALITéS ET POINTS DE VUE s'est entretenu avec C. Peter Timmer, chargé de recherche à l'Institut pour le développement international de Harvard et le programme Thomas D. Cabot des études pour le développement, de l'université Harvard. L'entretien s'est tenu avant le changement de président en Indonésie.

ACTUALITES ET POINTS DE VUE : Comment décririez-vous la nature des dommages entraînés par la crise financière en Asie dans les divers pays de la région ?

Je me bornerai à parler de la Corée du Sud, de la Thaïlande et de l'Indonésie. En Corée du Sud, le principal choc a été ressenti par le système de gouvernement et les rapports commerciaux. Je crois que la crise pourrait réellement épauler la restructuration industrielle et l'ouverture de l'économie coréenne. En Thaïlande, il s'agit d'une anicroche relativement mineure. La plus grande partie de la restructuration se limitera aux secteurs financier et de la propriété, qui ne représentent pas une grande part de l'économie. Je ne crois pas qu'elle menace la voie de développement adoptée. L'équilibre entre les secteurs rural et urbain pourrait en être amélioré. Ce pourrait donc être un élément sain pour la Thaïlande.

L'Indonésie sera la plus touchée.. Le nombre d'habitants en-dessous du seuil de pauvreté absolue a doublé... près de 20 millions de personnes.

Pour l'Indonésie, vous me voyez plus pessimiste. A moins que le système politique ne soit remanié, les dommages économiquement seront profonds. Selon moi, il n'existe aucune preuve que ces réformes soient en cours. Si je devais avancer des prévisions, je dirai que l'Indonésie pourrait perdre de trois à cinq ans de croissance économique.

Actualités & Points de vue : En quoi cette crise pourrait-elle avoir une incidence sur l'alimentation et l'agriculture dans la région ?

Il faut faire une distinction entre les pays. En Thaïlande, le prix du riz a subi les plus fortes répercussions, ce qui a créé un marché solide à l'exportation, et favorise les agriculteurs tout en étant néfaste pour les consommateurs des zones urbaines, mais ils sont sans doute suffisamment nantis pour amortir ce choc. Je ne crois pas qu'il y ait de grave problèmes de nutrition en Thaïlande.

En Corée, le financement commercial des importations s'est révélé être le grand problème. La Corée était tout à fait tributaire des importations et la réduction de ces importations a constitué une réelle menace pour la sécurité alimentaire nationale. Le montage américain de 2 milliards de dollars de garanties commerciales et de crédits pour les importations agricoles a stabilisé cette situation quasiment du jour au lendemain. En ce qui concerne la Corée, la principale incidence se traduit par une réduction de la protection accordée jusque-là aux producteurs de riz et de boeuf. Le secteur agricole coréen est beaucoup plus concurrentiel aujourd'hui.

L'Indonésie se trouve dans une situation tout à fait différente. El Nino a été dévastateur : deux ans de sécheresse, la pire du siècle. Il faut noter deux ans consécutifs de diminution de la production rizicole. En examinant la situation en janvier et en février, on a relevé la possibilité d'une famine généralisée. Il faut dire, au bénéfice des Indonésiens, lorsque la situation leur est apparue dans toute sa gravité, ils ont mis en place des mesures d'urgence pour faire redémarrer les importations, en souscrivant notamment à de nouveaux contrats d'importation du riz. Ne serait-ce qu'en mars, l'Indonésie a importé 800.000 tonnes de riz. C'est époustouflant : aucun pays n'a importé une telle quantité de riz. Pour 1998, ils importeront sans doute 5 millions de tonnes de riz au total.

Donc l'Indonésie, en raison de la sécheresse, fait face à la situation par des importations massives. Mais il faut aussi redonner aux citoyens un certain pouvoir d'achat. C'est ce que l'Indonésie fait, par le biais de projets de travaux publics, énormes, à forte intensité de main-d'oeuvre.

Actualités & Points de vue : Ce ralentissement de la croissance va-t-il mener à un ralentissement de la croissance de la demande et de la consommation alimentaires ? Ou à une redistribution de la consommation alimentaire, par exemple la régression de la consommation de viande ?

Oui, pour les consommateurs aux revenus inférieurs consommeront moins de produits onéreux. A court terme, ils n'auront pas les moyens de se procurer du maïs, ni des fèves de soja pour nourrir la volaille, ni le bétail. L'industrie avicole est en quasi-faillite. Le problème est grave en Indonésie, et ailleurs également. En outre, ces dernières années, les schémas de consommation ont changé, en faveur du blé importé. Puisque le blé importé est relativement onéreux, il devrait y avoir un effet de balancier dans l'autre sens, pour revenir vers la consommation de riz.

Actualités & Points de vue : Comment les pays aident-ils leurs citoyens à faire face à la situation ?

En Corée, les citoyens sont relativement aisés et l'aide familiale, ainsi qu'une aide restreinte de l'Etat devraient leur suffire pour surmonter la crise sans troubles sociaux importants. En Thaïlande, on s'appuie davantage sur l'appui des familles dans les zones rurales, et les citadins retournent dans les zones rurales, on enregistre donc une chute de la consommation à Bangkok. A mon avis, les zones rurales vont amortir le choc.

L'Indonésie aura la situation la plus précaire. A la suite de deux ans de sécheresse, les mécanismes ruraux de survie sont épuisés. Et ajoutons à cela le retour dans les campagnes des chômeurs urbains. Les autocars sont bondés dans les deux sens. On ignore même dans quelle direction va la migration nette, pour Java, à l'heure actuelle.




Si le Japon tombe dans une récession grave, l'effet de ruissellement se ferait sentir dans l'économie mondiale... C'est réellement l'année de tous les dangers...

Nous savons que le nombre d'habitants vulnérables a augmenté sensiblement. Le nombre d'habitants en-dessous du seuil de pauvreté absolue a double, passant de 10% environ de la population à 15 ou 20%. Une augmentation de 10% représente environ 20 millions de personnes. La pauvreté absolue est celle où vous n'avez pas suffisamment à manger. Le riz, les fèves de soja et le mazout sont les trois éléments principaux du panier des consommateurs pauvres. Ces produits sont absolument subventionnés pour la première fois depuis de nombreuses années.

L'effort de secours en Indonésie doit être extrêmement important. Les importations de riz par exemple coûteront 1,5 milliards de dollars. Dans le passé, chaque million de tonnes d'importations de riz "d'urgence" entraîne une augmentation des prix de 50 dollars la tonne. Cinq millions de tonnes signifient une multiplication par deux des prix. Mais jusqu'à présent, cette année, le marché mondial possède suffisamment de riz pour que les prix n'aient pas beaucoup augmenté, principalement en raison d'une très bonne récolte en Thaïlande, au Vietnam et en Chine du Sud. Mais si la sécheresse continue en Indonésie, et qu'il lui faille importer davantage de riz avant la fin de l'année, les prix mondiaux du riz augmenteront sans doute sensiblement.

D'un autre côté, les incitations pour l'Indonésie à produire davantage de riz sont importantes. En 1999, si les conditions climatiques s'y prêtent, l'Indonésie pourrait ne pas importer de riz du tout. Si elle cesse ses importations, cela pourrait mener à un effondrement du marché mondial, l'an prochain. Il va falloir suivre la situation de très près.

Actualités & Points de vue : Quelles sont les incidences de la crise pour le restant du monde ?

Cela dépend, en grande partie, de la manière dont le Japon va résister à la crise. Si le Japon tombe dans une récession grave, l'effet de ruissellement se ferait sentir sur l'économie mondiale. La bourse des valeurs américaine est très vulnérable à la mouvance de la rentabilité des titres. Une chute des valeurs pourrait y déclencher une grave récession. A mon avis, les investisseurs américains refusent de regarder la situation en face. Si leur confiance est ébranlée, la réaction pourrait être très violente. C'est vraiment l'année de tous les dangers.

Les exportations agricoles américaines pourraient être gravement menacées, puisque l'Asie constitue la plus grande source de croissance des exportations agricoles américaines. L'Indonésie, par exemple, était le plus grand importateur de pommes américaines, mais ces importations sont tombées à zéro aujourd'hui. Les Etats-Unis vont être très pugnaces sur le financement commercial pour maintenir l'accès à ces marchés. On pourrait être témoins d'une quasi-guerre commerciale agricole.

Et on verra peut-être aussi une ré-évaluation, par les Américains, du rôle de l'aide alimentaire. Si l'Asie ne peut plus acheter de denrées, les Etats-Unis pourraient trouver un moyen pour leur donner ces denrées, à titre d'aide. La convention sur l'aide alimentaire va être re-négociée en 1999. Les Etats-Unis vont devoir choisir une position. Il sera intéressant de suivre les événements.

Actualités & Points de vue : La crise actuelle aura-t-elle des incidences de longue durée sur la région ?

A longue échéance, je vois deux éléments qui ne sont pas principalement macro-économiques, mais davantage liés à l'économie politique. Le premier est la valeur d'une transparence accrue. Les investisseurs étrangers ne reviendront pas à moins qu'on leur donne davantage d'informations et qu'elle leur semble fiable. La Corée et la Thaïlande ont pris cette direction, alors que l'Indonésie s'y refuse. Ensuite, il s'agit de l'importance d'une meilleure gouvernance et responsabilisation auprès des citoyens de ces pays. Si l'on réfléchit à la raison pour laquelle l'Indonésie a été, et de loin, la plus touchée, il s'agit surtout d'une question de gouvernance : les Thaïs ont élu un gouvernement réformiste, tout comme les Coréens. Le président Suharto a affirmé qu'il continuerait à diriger comme par le passé. Cette prise de position lui a ôté toute crédibilité auprès de ses citoyens. Ainsi, pour la région dans son ensemble, il convient de permettre aux citoyens de s'exprimer davantage sur la manière dont on les dirige.

L'incidence à long terme qui sera sans doute la plus importante sera la manière dont les experts considéreront le "miracle asiatique". Ces société n'ont pas abrogé les lois sur l'économie, mais leur taux élevé d'épargne et l'importance marquée accordée au développement rural ont permis au "capitalisme népotique" de détourner l'affectation de ressources énormes des secteurs industriel et de la propriété, sans avoir d'incidences funestes sur le taux de croissance économique. Le principal enseignement à en tirer reste donc qu'un système capitaliste se doit de comporter un système financier pour assurer une affectation opérante du capital.




Nouvelles publications

Document de travail n 24 Vision 2020 : "Paix et alimentation : briser le lien entre les conflits et la faim", Ellen Messer, Marc J. Cohen et Jashinta D'Costa

Récapitulatif 2020 n 49 : "La Sécurité nutritionnelle dans les zones urbaines en Amérique Latine", Maria Inés Sanchez-Grinan

Récapitulatif 2020 n 50 : "Paix et alimentation : briser le lien entre les conflits et la faim", Ellen Messer, Marc J. Cohen et Jashinta D'Costa




EVALUATION EXTERNE DE L'INITIATIVE VISION 2020 COMMANDITéE PAR L'IFPRI

L'IFPRI vient de nommer Robert Paarlberg, professeur de Sciences politiques au Wellesley College et président de l'étude externe des méthodologies de recherche et de vulgarisation, commanditée par l'IFPRI, afin de procéder à une évaluation externe de l'incidence de l'Initiative Vision 2020. M. Paarlberg étudiera la manière dont cette initiative a permis d'approfondir les connaissances relatives aux gageures mondiales auxquelles sont confrontés l'alimentation, l'agriculture et l'environnement, de communiquer les défis et le programme d'action sur lequel repose la Vision 2020, à différents publics du monde entier, et d'offrir un forum de dialogue, de débat, d'échange d'informations et de renforcement du consensus entre les décideurs, les chercheurs et les membres des organisations non gouvernementales, le secteur privé et les média.

M. Paarlberg mènera ses travaux avec les recommandations d'un comité conseil sur les incidences, composé principalement de membres du comité conseil international. M. Sartaj Aziz, ministre des Finances du Pakistan, préside le comité conseil sur les incidences, entouré des membres du comité : Speciosa Wandira Kazibwe, vice-présidente de l'Ouganda, Henry Kendall, professeur de physique au Massachusetts Institute of Technology, Rebeca Grynspan Mayufis, ancienne vice-présidente du Costa Rica et Joachim von Braun, directeur du centre nord-sud de recherche sur le développement de Bonn (Allemagne).

M. Paarlberg vous demande de lui communiquer directement toute opinion sur les contributions de l'Initiative Vision 2020, ou sur l'observation des effets décisionnels ou autres découlant de la recherche, des ateliers, des publications et autres activités de l'Initiative, par téléphone au 617/283-2194, par courrier électronique à l'adresse RPAARLEBERG@wellesley.edu., par télécopie au 617/283-3644, ou par voie postale à l'adresse Wellesley College, Department of Political Science, Wellesley, MA 02181, USA.

Le rapport d'évaluation des incidences sera parachevé d'ici mars 1999.




Neuf nouveaux membres siègent au comité conseil international 2020

Neuf nouveaux membres se sont joints récemment au comité conseil international 2020 chargé d'encadrer l'Initiative Vision 2020. Sous la présidence de M. Yoweri Museveni, président de l'Ouganda, y siègent d'éminentes personnalités, dont des dirigeants des organismes bailleurs de fonds, des décideurs de pays en développement, les dirigeants de la société civile et des chercheurs du monde entier. Pour la liste intégrale des membres du comité, veuillez contacter Rajul Pandya-Lorch, coordinateur de l'Initiative Vision 2020..

M. Fawzi Hamad Al-Sultan
Président
Fonds international de développement agricole (FIDA)
Rome (Italie)

M. David Beckmann
Directeur
Bread for the World Institute
Silver Spring, Maryland (Etats-Unis)

M. Gordon R. Conway
Président
The Rockefeller Foundation
New York (Etats-Unis)

M. Justin Lin
Directeur
Centre chinois pour la recherche économique
Beijing (Chine)

Mme D. Cecilia Lopez Montano
Directeur
Ministère du Plan
Bogota (Colombie)

Mme Maureen O'Neil
Présidente
International Development Research Centre (IDRC)
Ottawa (Canada)

Mme Mary Robinson
Haut Commissaire pour les droits de l'homme
Commission des Nations Unies sur les droits de l'homme
Genève (Suisse)

M. Timothy Wirth
Président
UN Foundation
Washington D.C., (Etats-Unis)

Pr Muhammad Yunus
Administrateur
Grameen Bank
Dhaka (Bangladesh)




DOCUMENTS VISION 2020 EN FRANçAIS ET EN ESPAGNOL

Le numéro de février 1998 d'Actualités et Points de vue est disponible à présent en espagnol et en français. Tous les récapitulatifs Vision 2020 publiés depuis janvier 1997 sont également disponibles en français et en espagnol. Les récapitulatifs de deux pages résument succinctement divers points de vue sur des questions importantes - alimentation, agriculture et environnement - pour les prochaines décennies.

Plusieurs documents de travail Vision 2020 sont également offerts en espagnol.

Et dès juillet 1998, la plus grande partie des documents Vision 2020 présentés sur le site Internet de l'IFPRI seront disponibles, en français, espagnol ou anglais, au choix.

Pour obtenir une liste de toutes les traductions françaises ou espagnoles, ou pour faire inscrire votre nom, ou celui de collègues, sur notre liste de publipostage en français ou en espagnol, veuillez envoyer un courrier électronique à l'IFPRI, à l'adresse ifpri@cgiar.org, ou écrivez à International Food Policy Research Institute, 2033 K. Street, N.W., Washington D.C. 20006, Etats-Unis d'Amérique.


Vision 2020

Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement est une initiative de l'Institut international pour la recherche alimentaire (IFPRI) destinée à identifier les solutions afin de remplir les besoins alimentaires mondiaux futurs, tout en atténuant la pauvreté et en protégeant l'environnement. ACTUALITéS & POINTS DE VUE s'efforce de stimuler le dialogue et d'informer ses lecteurs de l'évolution de l'initiative Vision 2020. Pour tout commentaire sur les articles parus dans ACTUALITéS & POINTS DE VUE, ou pour obtenir un complément d'information sur Vision 2020 et ses publications, prière de contacter l'IFPRI au 1200 17th Street, N.W., Washington (D.C.) 20036-3006, Etats-Unis d'Amérique, tél. 1-202-862-5600, télécopie 1-202-467-4439, courrier électronique : ifpri@cgiar.org. L'IFPRI se réserve les droits d'extrait et de révision des articles proposés pour publication dans ACTUALITéS & POINTS DE VUE.

Un centre de recherche du Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale (CGIAR)


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