IFPRI 2020 Synthesis: A 2020 Vision for Food, Agriculture, and the Environment in Sub-Saharan Africa
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VISION Synthesis, June 1995

A 2020 Vision for Food, Agriculture, and the Environment in Sub-Saharan Africa:
A Synthesis

Ousmane Badiane and Christopher L. Delgado

Dans le cadre de son initiative Vision 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement, l'IFPRI a organisé des ateliers dans trois régions en voie de développement dans le monde. L'atelier sur l'Afrique subsaharienne (nous l'appellerons l'Afrique, pour alléger le texte) s'est tenu du 14 au 17 décembre 1994 au Sénégal, à Saly Portudal, sous les auspices conjointes de la Coordination Générale de la Conférence des Ministres de l'Agriculture de l'Afrique de l'Ouest et du Centre et de l'IFPRI. La présente synthèse repose sur les discussions intenses qui ont eu lieu entre plus de vingt chercheurs africains, experts techniques et responsables politiques qui ont participé à cet atelier. On s'est délibérément efforcé de briser le cadre des étrangers qui s'occupent de conceptualiser les questions africaines. Un comité de rédaction composé de huit ressortissants africains, venus de toutes les parties de la région, a réuni des responsables politiques et des chercheurs anglophones et francophones. Lorsqu'ils l'ont jugé utile, les cadres de l'IFPRI ont ajouté des statistiques et des explications pour faire ressortir les arguments présentés par le comité de rédaction, mais l'essentiel des déclarations de l'atelier a été préservé. En définissant les priorités de l'avenir pour l'action en Afrique cette stratégie sera très utile à l'initiative Vision 2020.

Alimentation Agriculture et Environnement En Afrique: Tendances, Defis et Perspectives

Un des facteurs dominants qui caractérisent l'Afrique d'aujourd'hui--et maintenant beaucoup plus qu'auparavant--est qu'une grande partie de la population vit dans une pauvreté absolue. La Banque Mondiale estime qu'un africain sur deux, ou en gros 250 millions de personnes, doivent subsister avec un revenu total par personne inférieur à un dollar par jour. Près de 30 millions d'enfants en âge pré-scolaire ont un poids significativement inférieur à la moyenne pour leur âge. A moins d'adopter des stratégies pour changer cet état des choses, le nombre d'enfants malnourrit augmentera considérablement d'ici l'an 2020. En outre, même si des politiques de population plus actives étaient adoptées, on prévoit que le taux de croissance moyen de la population dans les pays africains, actuellement de 2,8 pour cent, ne diminuera que légèrement au cours des 25 années à venir, rendant ainsi très difficile tout progrès dans la réduction de la pauvreté. Ceci souligne le fait que la question fondamentale de l'équation nourriture-population en Afrique dans un avenir prévisible se réduit à celle de la productivité des ressources.

Pour que la sécurité alimentaire soit durable en Afrique, il faut des actions concertées et durables pour élever la productivité des ressources agricoles, au moment précis où il semble que ce fait ait été perdu de vue par les gouvernements africains et les bailleurs de fonds. L'agriculture constitue la première source d'emploi pour environ 70 pour cent de la population. D'autre part, les coûts du transport de la nourriture sont si élevés que le prix des denrées importées devient prohibitif dès qu'on s'éloigne de la zone des ports sur la côte. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (la FAO) estime, par ailleurs, que plus de 80 pour cent de la terre en Afrique est menacée par la dégradation, parce que les ruraux placent leur survie à court terme avant la viabilité à long terme des ressources naturelles et que 2 millions d'hectares de forêts sont perdus chaque année. Dans ces conditions, comment les pays africains peuvent-ils réaliser l'augmentation de productivité agricole nécessaire à assurer la sécurité alimentaire, s'attaquer aux racines de la pauvreté et ralentir la dégradation de l'environnement pour la génération qui vient?

Malgré l'existence de poches de bonne performance pour certains produits, marchés et pays, il est largement reconnu que la croissance de la productivité agricole par personne en Afrique a été très décevante au cours de ces quinze dernières années. A l'échelle de la région, la production alimentaire par personne a diminué en moyenne de 2 pour cent par an entre la fin des années 1970 et les premières années 1990. Ce chiffre masque cependant des différences considérables entre les régions agro-écologiques et les types de politique.

La production totale pour toutes les cultures a augmenté au cours des trois dernières décennies dans les zones de mi-altitude et sur les plateaux, mais seule l'Afrique australe a connu des augmentations significatives de la production par habitant et seulement pour une culture vivrière majeure, le maïs. Ceci a été largement dû à l'extension des superficies en Afrique australe et à l'utilisation croissante de variétés hybrides et des engrais chimiques dans les zones des hauts plateaux à prédominance de maïs, et en particulier au Zimbabwe. En Afrique occidentale et centrale, la production par personne a baissé au cours des quinze dernières années pour tous les grands produits agricoles, à l'exception du riz, qui est une culture secondaire en Afrique occidentale et où des investissements substantiels faits en irrigation ont produit un accroissement de la production. La zone sahélienne est caractérisée par un déclin de la production par personne pour toutes les catégories de produits, sauf pour le coton.

Les raisons pour la piètre performance de l'agriculture au cours des quinze dernières années sont dues à des facteurs politique et structurels, et les deux ont à la fois des composantes internes et externes. Une attitude simpliste qui consisterait à ne s'attaquer qu'à une ou deux des quatre catégories ainsi définies peut témoigner d'un manque de compréhension sérieux de la nature du problème.

L'agriculture compte pour près de 40 pour cent des exportations de marchandises de l'Afrique (à l'exception de l'Afrique du sud), mais les termes d'échanges des exportations agricoles de l'Afrique ont diminué de 60 pour cent dans les années 1980. Ainsi, on ne peut pas ne pas tenir compte des développements extérieurs pour expliquer la récente stagnation en Afrique. Pour toute les région du monde il serait difficile de s'ajuster à des réductions de 60 pour cent sur une période de dix ans, mais pour l'Afrique, une région à faible revenu avec une mauvaise infrastructure, la tâche devient particulièrement difficile.

Les participants se sont aussi penchés sur les explications internes de la mauvaise performance, et en particulier les raisons pour lesquelles les politiques appliquées étaient si différentes de celles qui auraient aidé à améliorer la performance économique. Les discussions étaient centrées sur les effets paralysants des troubles civils et sociaux chroniques et les déplacements de populations, la mauvaise gestion des ressources naturelles pour des gains politiques et le fait de n'avoir pas réussi à bâtir des capacités dans des domaines cruciaux tels que l'analyse et l'évaluation des politiques et la gestion d'entreprise.

L'événement réellement significatif de l'atelier du Sénégal a été que les participants ont discuté des questions de politique de l'intérieur et de l'extérieur en termes de divisions et intérêts interafricains plutôt qu'en termes d'intérêt commun africain vis-à-vis d'un intérêt externe unifié. Le débat s'est déroulé entre responsables politiques et analystes africains et non pas entre africains et bailleurs de fonds. Fait remarquable, personne n'a contesté le besoin de réformes des régimes macro-économiques et commerciaux du type associés aux programmes d'ajustement structurel, à la différence de forums semblables il y a quelques années seulement. Plus important encore, l'attention était centrée sur l'avenir et non sur le passé. La question était de savoir ce qui peut être fait maintenant pour établir la base d'une croissance durable à l'avenir.

Les participants ont consacrés beaucoup d'attention aux politiques internes du secteur agricole, et en particulier celles qui concernent l'environnement institutionnel et infrastructurel pour l'agriculture. Ils ont souligné le besoin de baser les stratégies de croissance sur des principes économiques solides: pour vendre un produit, les pays doivent être compétitifs. Pour être compétitifs, les pays doivent réduire le coût unitaire de la production et de la distribution. Dans des pays tels que les pays africains, diminuer les coûts exige une participation publique soutenue et substantielle à la recherche, à la création d'infrastructure et de capital humain. La question n'est pas si l'état a un rôle, mais comment faire pour que les institutions d'état soient en mesure de mobiliser les institutions, les ressources et les capacités locales. Les débats politiques clés qui affectent la production agricole et la sécurité alimentaire africaine en 2020 ne seront pas entre les bailleurs de fonds et les gouvernements, mais entre les producteurs, les consommateurs, les organisations qui représentent leurs intérêts et les gouvernements.

Questions Strategiques Pour les Pays Africains

La prospérité future de l'Afrique dépend de la stabilité politique, d'une croissance durable de la production agricole, de la réduction du taux de croissance de la population et de la protection de ses ressources naturelles. La réussite dans ces domaines exigera que les responsables politiques portent une attention spécifique à promouvoir un environnement institutionnel, infrastructurel et financier favorable à la croissance. Elle exigera aussi de réduire l'incidence de la pauvreté et de la malnutrition tant comme objectif politique primaire que comme instrument de promotion de la stabilité nécessaire à une croissance durable.

Plus spécifiquement, les participants à l'atelier ont lancé un appel aux pays africains d'oeuvrer à la réalisation d'une série d'objectifs spécifiques liés les uns aux autres. Paradoxalement, la réalisation des objectifs postulés paraissent être en même temps une question ou pas de choix. C'est une question de choix parce que pour réaliser ces objectifs il faut leur accorder la priorité par rapport aux autres actions des gouvernements. Les priorités coûtent de l'argent, qui a un coût d'opportunité. Mais on n'a vraiment pas le choix, parce que si on échoue dans la réalisation de ces objectifs au cours des 25 prochaines années, à long terme, l'Afrique sera condamnée à une stagnation et un désespoir pire que pendant les 15 dernières années.

Les participants se sont penchés sur le danger de constituer une liste de voeux pieux. Le point crucial de cette question a été le sentiment partagé par tous que les pressions à court terme se sont combinées en Afrique pour empêcher les gouvernements de développer un consensus autour des objectifs clés à long terme sur l'alimentation, l'agriculture et les ressources naturelles. Les participants ont réalisé combien il importait que leur voix se fasse entendre clairement sur ce sujet. Pour l'année 2020, ils étaient d'accord sur les objectifs prioritaires suivants:

  • Réduire le nombre de personnes absolument pauvres au moins de moitié. Alors qu'il est peut être vrai qu'il y aura toujours des pauvres, au sens relatif, les participants étaient extrêmement préoccupés par le fait que si la pauvreté absolue continue à s'étendre en Afrique la possibilité d'assister à un développement pacifique et harmonieux sera compromise. Les temps sont depuis longtemps révolus où les nouveaux venus dans la main d'oeuvre rurale avaient automatiquement accès à la terre, où lorsque les migrants qui n'avaient pas réussi en ville pouvaient retourner cultiver la terre.

    La plupart des gouvernements veulent réduire la pauvreté, mais nombreux sont ceux qui doutent que cela puisse être réalisé sur une base durable. Ceci illustre l'importance qu'il y a à comprendre les sources de la pauvreté en Afrique et les liens entre la croissance économique et la réduction de la pauvreté. Et comme 90 pour cent des pauvres en Afrique vivent dans les zones rurales, les stratégies clés de réduction de la pauvreté doivent viser l'augmentation du revenu en milieu rural. Ceci implique néce-ssairement des mesures pour élever la productivité agricole, qui augmenteront directement les revenus ruraux. Les revenus augmenteront aussi indirectement du à la création d'un pouvoir d'achat réel dans les zones rurales pour des services et produits localement fabriqués, augmentant ainsi l'emploi en dehors de l'agriculture.

  • Réduire l'insécurité alimentaire chronique et éliminer la malnutrition chronique des enfants. Pour atteindre cet objectif il faudra mettre en place des systèmes de prestation qui sont capables d'aider ceux qui en ont le plus besoin. L'Afrique est absolument capable d'atteindre les 30 millions d'enfants mal nourris, mais seulement si la volonté existe et si le niveau de croissance de base dans les zones rurales est assez élevé pour soutenir les politiques de distribution concernées. Cette croissance devra être significativement plus élevée dans les 25 années à venir qu'elle ne l'a été dans les 15 années passées. De façon plus générale, une condition nécessaire--mais non suffisante--de progrès dans la sécurité alimentaire en Afrique est d'encourager un taux de croissance des revenus ruraux, y compris ceux de la production alimentaire, et qui suffise à satisfaire les besoins en nourriture.

  • Atteindre un taux de croissance de l'agriculture d'au moins 4 pour cent. Il s'agit là d'un sujet de controverse dans les débats de politiques entre les africains et les bailleurs de fonds. Mais il faut prendre un certain recul pour voir qu'il n'y a pas d'autre choix si on veut que l'Afrique progresse. Il n'est tout simplement pas réaliste de croire que les revenus africains augmenteront suffisamment d'ici l'année 2020 pour permettre d'importer et de distribuer à tous ceux qui en ont besoin la nourriture nécessaire à soutenir une croissance de la population de 2,8 pour cent par an. Comme les moyennes cachent des variations considérables dans les allocations alimentaires entre les groupes de revenus et comme les gens pauvres ont tendance à dépenser un supplément de revenu pour une consommation accrue de nourriture, atteindre cet objectif à partir de sources africaines nécessitera une croissance moyenne annuelle de la production agricole de 4 pour cent. Les participants affirmaient clairement que ce taux de croissance entre bien dans les capacités techniques et économiques de la plupart des nations africaines, à condition que la réalisation de cet objectif devienne la priorité dans les investissements public pour la recherche, les systèmes d'appui à la production et l'infrastructure et de façon à mobiliser activement l'activité productrice privée.

    Beaucoup a changé en Afrique au cours des quinze dernières années, et la région a réalisé un grand nombre sinon toutes les conditions préalables à une croissance durable de la production agricole. En particulier, un grand nombre de problèmes politiques et structuraux qui se posaient aux producteurs africains dans le passé sont en train de changer: les politiques "confiscatoires" de fixation des prix et de commercialisation, des régimes d'échanges et de change biaisés, la chute des cours internationaux des produits, un faible niveau d'éducation en milieu rural et une infrastructure insuffisante.

    En fin de compte, augmenter la productivité des ressources agricoles est l'élément clé pour réaliser une croissance durable de 4 pour cent. Bien qu'encourager la productivité de la main d'oeuvre agricole est indispensable pour que l'agriculture soit une activité viable et pour garantir la sécurité alimentaire, pour les 25 années à venir, le point de départ devra être l'augmentation des rendements. Dans les pays où il ya encore des terres en réserve tels que en Angola, le Mozambique, la Tanzanie, le Zaïre et la Zambie, et il existe encore un potentiel considérable d'augmentation de la production par l'expansion des superficies, mais l'essentiel de l'augmentation de la production en Afrique d'ici 2020 viendra de l'intensification de la production sur les terres déjà cultivées.

    Le faible taux d'utilisation actuel des engrais chimiques (que l'on estime de 9 à 11 kilogrammes à l'hectare) et de l'irrigation en Afrique (les estimations vont de 4 à 6 pour cent de la superficie cultivée) suggèrent qu'il existe un potentiel relativement élevé d'augmenter la production grâce à des stratégies basées sur la formule semences-engrais-irrigation. Mais néanmoins, il faudra mieux comprendre pourquoi ceci ne s'est pas produit à ce jour, et pourquoi les pays n'ont pas pu trouver une réponse adéquate aux contraintes imposées par la mauvaise qualité des infrastructures et les coûts de transports très élevés en Afrique.

  • Promouvoir les institutions, technologies et systèmes d'incitation aptes à freiner le processus de dégradation de l'environnement rural. Comme nous l'avons noté plus haut, les systèmes de production africains sont bien moins intensifs que ceux que l'on trouve dans les autres régions du monde, peut-être parce que les contraintes de terre ne se faisaient pas sentir dans la majorité des pays jusqu'il y a 20 ans. Réaliser les augmentations de production alimentaires nécessaires tout en évitant une escalade rapide de la dégradation de l'environnement exigera que l'on trouve les moyens nécessaires à la promotion des pratiques agricoles durables, et en particulier la conservation de la fertilité des sols.

    En fin de compte, chaque économie qui confronte des contraintes de terre doit chercher à accroître l'offre d'emplois hors du secteur agricole. Mais l'expérience en Afrique et ailleurs montre que pour que ceci se produise, une croissance rapide de l'agriculture est nécessaire, pour créer une demande locale pour le secteur non agricole et fournir la contrepartie physique aux salaires gagnés par les travailleurs hors de l'agriculture (telles que les denrées alimentaires). Les participants on insisté sur le fait que la viabilité des économies rurales, qui comptent pour une grande partie de la population totale, ne peut pas se réaliser sans un taux de croissance élevé de l'agriculture. Le cas est assez différent dans les sociétés où l'agriculture occupe une part beaucoup moins importante de l'activité économique et où la nourriture peut aisément être importée.

  • Promouvoir la réduction des taux de croissance de la population. Les participants ont reconnu la difficulté de progresser en Afrique lorsque le taux de croissance de la population est de 2,8 pour cent par an. Sans une réduction significative des taux de croissance de la population, les efforts faits pour réduire la pauvreté et améliorer la sécurité alimentaire ne peuvent pas réussir. Mais la réponse à ceci était divisée. Les experts ont aussi reconnu que les taux de croissance actuels de la population en Afrique reflètent dans une certaine mesure une réponse à une série d'incitations, à des normes culturelles, et à l'absence d'alternatives. Alors que chacun de ces trois domaines peut fournir un certain champ pour la réduction des taux de croissance, les participants avaient le sentiment que par eux-mêmes, de tels programmes ne pourraient pas alléger les questions de nourriture même à moyen terme, et pourraient signifier un coût d'opportunité substantiel en ressources.

Choix Decisifs Pour L'an 2020

Les participants à l'atelier ont souligné que l'heure des choix était arrivée et que sans la volonté pour faire ces choix, les chances de réussite d'une croissance durable de l'agriculture étaient minces. Sans une telle croissance, il ne serait pas possible d'améliorer la sécurité alimentaire ou d'arrêter la dégradation des ressources naturelles. Il est peu probable que tous les pays d'Afrique choisissent de mettre en place toutes les conditions nécessaires à une telle croissance, d'où l'importante nécessité d'identifier très tôt les conditions qui garantissent le plus de succès. Les participants ont souligné quatre conditions principales dans les politique sectorielles agricoles et l'augmentation des capacités d'analyse pour améliorés celles ci: 1) plus de stabilité, de probité, et de cohérence; 2) l'accroissement de l'investissement public par les gouvernements nationaux pour encourager la croissance économique dans le secteur agricole; 3) une capacité accrue d'adaptation aux changements des conditions d'échange internationaux; et enfin, 4) l'inclusion des couches démunies dans le processus de la croissance économique.

  • Améliorer la qualité de la politique agricole. Il est clair que la stabilité politique est une condition nécessaire à la croissance agricole et à la croissance globale. Les pays qui encouragent la participation active du monde rurale dans les processus de prise de décisions tendent à appliquer de politiques agricoles plus adéquates et à mieux mobiliser les ressources au niveau des petits exploitants. Une meilleure gouvernance constitue à la fois un choix et une condition préalable de réussite dans un système basé sur le marché (et probablement d'autres systèmes aussi). L'incohérence des politiques agricoles a été un problème majeur dans le passé, tant par les zigzag politiques - souvent imposés par des acteurs externes - que l'incohérence entre les objectifs de la croissance sectorielle et les effets dissuasifs des politiques macro-économiques, fiscales et commerciales qui discriminaient la majorité des producteurs ruraux. Ces incohérences ont été largement corrigées au cours des récentes années, le plus souvent en réponse à des pressions extérieures. Les développements politiques qui associent mieux les zones rurales augmenteront les pressions internes pour l'application de politique plus cohérentes. Mais les incohérences qui subsistent indiquent l'ultime condition préalable d'une croissance agricole durable: la nécessité de développer les capacités locales analytiques afin de mieux guider les décisions politiques.

  • Encourager l'investissement public dans le secteur agricole. Dans le passé, près de 90 pour cent de l'investissement public en faveur de l'agriculture--la recherche et la vulgarisation, l'infrastructure, etc.--étaient financés principalement par des sources extérieures. La diversité des sources de financement qui n'avaient pas de comptes à rendre (aux bénéficiaires) a empêché, entre autres raisons, l'application de stratégies nationales cohérentes; de plus, et non moins important, ces sources de financement sont en train de tarir. Comme le taux de croissance nécessaire de l'agriculture ne peut être réalisé sans une mobilisation efficace et accrue des ressources nationales, les gouvernements africains doivent s'occuper eux-mêmes de ce problème. Bien que ceci vienne à un moment de désengagement public, il s'agit là d'une question de priorités. Dans la plupart des pays, le taux d'investissement national consacré à l'agriculture doit être augmenté de façon significative. Compte tenu de la dimension du secteur agricole, de sa contribution actuelle et potentielle à l'économie nationale et de sa part dans les recettes d'exportation et les revenus fiscaux, jausqu'à 30 à 40 pour cent des dépenses du budget national devraient être investis dans le secteur rurale, chiffres qui dépassent de loin la moyenne historique de 7 pour cent des dépenses budgétaires qui vont à ce secteur.

  • Promouvoir la compétitivité nationale et internationale. Le processus si pénible d'ajustement structurel appliqué au cours de la dernière décennie a en fait levé les principales barrières à la compétitivité. D'une façon générale, les réformes de politique améliorent la transparence, la responsabilité et la participation. Elles contribuent à maintenir des politiques fiscales et monétaires stables et cohérentes. De la même manière, la croissance devrait également profiter des processus de privatisation tout en reconnaissant le rôle véritable de l'état, la libéralisation du commerce et l'appui aux efforts régionaux d'intégration, et des programmes d'appui à court terme correctement ciblés.

    L'accès aux marchés nationaux, régionaux et globaux revêt une importance cruciale pour obtenir une croissance agricole durable. Des mesures concrètes devront être prises à chacun de ces trois niveaux, et par ordre d'importance décroissant. Premièrement, au niveau national, il sera nécessaire de développer des produits locaux à bas prix de revient et des réseaux de commercialisation à coûts moindres pour ces produits, améliorer la qualité des produits et créer des produits innovateurs faisant appel à l'agro-industrie. Ceci implique l'amélioration de la technologie et de l'infrastructure. Deuxièmement, au niveau régional, il sera nécessaire d'appliquer les accords existants d'intégration régionale pour harmoniser les taxes nationales et soutenir les politiques pour un commerce plus efficace entre les pays. Ainsi serait-il nécessaire de réduire, voire éliminer, les barrières infrastructurelles et institutionnelles au mouvement des marchandises à travers les frontières. Troisièmement, au niveau mondial, il sera nécessaire de développer des stratégies collectives pour les négociations commerciales globales afin de garantir aux exportations l'accès à des marchés de franche compétition.

    Au cours des 25 prochaines années, la compétition sur les marchés traditionnels de l'Afrique en Europe augmentera sans doute à la suite des récents accords de commerce dans le monde et des changements récents dans les secteurs agricoles de l'Europe de l'est et de l'ancienne Union soviétique. Alors que certains pensaient, au cours des années 1980, que le commerce interafricain serait une alternative à la compétition sur les marchés mondiaux, il est vite apparu que les facteurs qui rendront le commerce africain plus compétitif à l'échelle mondiale étaient les mêmes que ceux qui l'aident à se développer sur le plan régional. Pour relever ce défi, les pays africains devront améliorer la compétitivité de leurs exportations.

    Le point clé de la compétitivité est qu'aucune solution visant à réduire les coûts unitaires de la production et de la distribution à quelque niveau que ce soit n'est possible que par la promotion technologique et à la mise en place d'infrastructures adéquates. Dans le domaine de la technologie, le problème sera d'encourager l'adoption générale des technologies déjà disponibles et de renforcer les capacités locales de créer et de diffuser des technologies de cultures et d'élevage qui soient durables. Les participants ont dans ce cadre insisté sur le besoin de réévaluer la pertinence des systèmes de recherche existants et de promouvoir des technologies de production qui dépendent moins des intrants et de l'infrastructure sauf dans les domaines à haute rentabilité. Ils ont aussi souligné le besoin de concentrer les travaux de recherche et de développement sur des variétés résistantes aux maladies et tolérantes à la sécheresse, et sur des technologies visant à arrêter et inverser la dégradation rapide de la fertilité du sol. Pour finir, ils ont souligné le besoin de systèmes de gestion des cultures et des ressources qui augmentent les revenus du travail agricole, comme alternative à la migration.

    La réduction des coûts particulièrement élevés des transports en Afrique, qui, en termes réels, sont souvent plus que le double de ce qu'ils sont dans le monde en voie de développement pour des biens et des distances comparables, ne peut se faire sans une amélioration significative de l'infrastructure physique et institutionnelle dans le milieu rural. Et les objectifs de croissance économique de l'Afrique ne peuvent être atteints si les coûts des transports ne sont pas réduits. Les participants ont jugé que les actions suivantes étaient nécessaires: augmenter l'investissement dans des systèmes de transports ruraux à intensité de capital moins élevée, fournir l'infrastructure sociale nécessaire telle que les écoles et les postes de santé, surtout dans les zones rurales, et enfin, encourager la participation et le contrôle local des institutions rurales.

  • Inclure les couches démunies. Même si on arrive à réaliser un taux de croissance agricole global de 4 en moyenne jusqu'en l'an 2020, la réduction de la malnutrition et de la pauvreté posera encore des problèmes sérieux en Afrique. Ne pas s'en occuper maintenant constitue non seulement un échec moral sérieux, mais mettra en danger la stabilité nécessaire à la réalisation d'autres objectifs. La plupart des gouvernements devront prendre des mesures directes dans l'immédiat et à moyen terme pour combattre la pauvreté et résoudre les problèmes de la malnutrition, y compris des subventions ciblées pour les groupes vulnérables, les travaux d'intérêts public et autres programmes d'emploi, et des programmes de nutrition des enfants dans les groupes à risques. L'économie de ces interventions est largement connue et leur viabilité dépend d'un secteur agricole vigoureux et croissant.

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