Comportement des prix sur les marches de maïs des Philippines: implications pour l'efficacite des marchesLes perspectives d'avenir du maïs aux Philippines semblent brillantes. L'augmentation de la demande d'aliments pour le bétail et la volaille, activée par la croissance de la demande de viande induite par le revenu sont à l'origine de la forte accélération de la croissance du maïs. Toutefois, les chances de réalisation du potentiel de développement sont fonction de l'efficacité du système de commercialisation et de détermination des prix en vigueur. Dans le Rapport de recherche No 101 intitulé Pricing Behavior in Philippine Corn Markets: Implications for Market Efficiency (Comportement des prix sur les marchés de maïs des Philippines: implications pour l'efficacité des marchés), Meyra Sebello Mendoza et Mark W. Rosegrant examinent cette question en déterminant la vitesse avec laquelle les signaux de prix sont communiqués d'un marché à l'autre et en quantifiant l'incidence des informations récentes sur le processus de détermination des prix. En déterminant si l'information sur le marché est transmise complètement et en temps voulu aux cultivateurs de maïs philippins, ils identifient des contraintes éventuelles auxquelles se heurtent les agriculteurs. Au fil des années, le maïs est devenu une denrée de plus en plus importante, qui remplace le riz qui, traditionnellement est la principale denrée alimentaire de base. La part du maïs dans la superficie totale moissonnée s'est accrue, passant de 25 % en 1972 à 32 % vers 1991, tandis que la superficie couverte par le riz a été ramenée de 33 % à 28 % (Figure 1). La part du maïs dans la valeur ajoutée du secteur agricole s'est accrue de 3,9% par an mais la part du riz, principale denrée alimentaire, s'est accrue de 3,3% durant la même période. Variation Des Usages du Maïs et Perspectives D'avenir Les années 70 ont vu une transformation majeure des usages définitifs du blé. Du fait de la baisse des prix du maïs par rapport aux prix de la viande, le maïs coûte actuellement moins cher, ce qui augmente la demande d'aliments pour animaux des éleveurs de bétail et de volaille. Traditionnellement, le maïs est consommé en tant que substitut plus économique au riz par 20 % d'habitants de Philippines, concentrés pour la plupart dans les îles méridionales de Visayas et Mindanao, mais son usage primaire en tant que nourriture humaine est en train d'être déplacé par son usage de plus en plus fréquent dans l'alimentation animale. Le maïs représente 35 % du coût total des formulations d'aliments pour porcins et 30 % de provende pour volaille. L'usage du blé dans l'alimentation animale a augmenté passant de 60 % en 1978 à 67 % en 1989, tandis que son usage en tant qu'aliment humain a été ramené de 33 % en 1978 à 27 % en 1989 (Figure 2). Cette augmentation de l'usage du maïs dans l'alimentation animale reflète l'expansion du secteur de l'élevage de bétail et de volaille du pays. En 1991, ce secteur a contribué environ 24 % à la valeur totale de l'agriculture (aux prix constants de 1985). La production de porcins, principale source de viande aux Philippines, s'est accrue au rythme annuel de 3 % pendant la période 1971-89. La production de volaille s'est accrue d'environ 5 % par an pendant la même période. Dans une large mesure, la croissance de la production de porcins et de volaille a été enregistrée dans le secteur commercial, soit 5 % pour la viande de porc et 14 % pour la volaille. L'évolution des variétés de maïs cultivé reflète l'importance croissante de cette denrée en tant que fourrage. Aujourd'hui, on cultive davantage de maïs jaune, espèce préférée pour usage dans l'alimentation animale en raison de sa teneur élevée en carotène, est davantage cultivé que le maïs blanc, variété préférée comme aliment. L'expansion de la zone de culture du maïs peut dans une large mesure être imputée à l'expansion de la culture du maïs jaune qui s'est accrue de 9 % par an pendant la période 1973/74-1988/89, contre 0,05 % de croissance annuelle seulement pour la zone de culture de maïs blanc (Figure 3). Cette expansion accélérée de la demande d'aliments pour animaux devrait exercer une pression sur le système de commercialisation locale existant afin qu'il absorbe les niveaux élevés de production et sur l'efficacité des signaux de prix afin qu'ils orientent les investissements dans la production de maïs et réalisent un flux équilibré de maïs des zones excédentaires vers les zones déficitaires. Preoccupations Au Sujet De La Determination Inefficace Des Prix et Des Resultats Mediocres du Marche Il y a lieu d'être préoccupé par les résultats du système de commercialisation existant et de l'exactitude des prix générés sur les marchés locaux. Au-delà de la ferme, les marchés de denrées alimentaires du pays, y compris ceux du maïs, sont contrôlés par une poignée de commerçants. Dans ce type de marchés concentrés, les prix ont tendance à être inexacts et rigides, et par conséquent, ils s'adaptent plus lentement aux chocs économiques. Ceci signifie que la rareté pourrait persister pendant quelque temps dans certaines régions avant que les marchés ne s'adaptent à cette information en augmentant le flux de marchandises vers ces régions. La commercialisation intérieure est hautement décentralisée. Elle se produit essentiellement dans les fermes, contournant les marchés centraux; par conséquent, il existe une préoccupation au sujet des marchés étroits et la précision des prix telle qu'elle se dégage de ces marchés à faible volume. Les fermiers rejettent la responsabilité des fluctuations irrégulières des prix et autres comportements de prix aberrants sur les commerçants opportunistes. Perçus comme étant mieux informés que les fermiers, les commerçants sont accusés de les exploiter, de manipuler les prix au détriment des fermiers. Par conséquent, la méfiance vis-à-vis des commerçants est largement répandue. Ce sentiment est partagé par les décideurs et se reflète dans les politiques d'intervention des pouvoirs publics sur le marché. Des politiques telles que les contrôles de prix, la gradation et les mesures normalisées, les achats directs auprès de fermiers et la collectivisation des fermiers ont toutes pour objet le renforcement du pouvoir de négociation des fermiers par rapport aux commerçants sans scrupule. Processus De Decouverte Des Prix et Tenue du Marché En analysant le comportement des prix sur les principaux marchés régionaux de maïs, le présent rapport utilise une enquête réalisée par l'IFPRI auprès de 840 cultivateurs de maïs et 118 commerçants de céréales sélectionnés au hasard dans les principales régions productrices de maïs de la Vallée de Cagayan, du Nord de Mindanao et du Sud de Mindanao pour compléter l'analyse des séries chronologiques. En dépit de la conviction largement répandue que les commerçants exploitent les fermiers mal informés, le présent rapport conclue que les cultivateurs de maïs philippins connaissent bien les prix pratiqués sur le marché. Ils cultivent le maïs sur des exploitations dont la superficie est en moyenne de 3,4 hectares et tirent l'essentiel de leur revenu du maïs. Leur accès au marché des villes voisines est limité par des transports inadéquats et coûteux et une infrastructure médiocre. Néanmoins, ils permettent rarement aux commerçants de manipuler les prix. Étant donné que les fermiers entretiennent des contacts réguliers avec plusieurs commerçants et fermiers voisins, ils ont rapidement accès à l'information et sont capables d'en vérifier l'exactitude. Ce qui leur permet d'empêcher les commerçants de manipuler les prix. Les visites régulières d'un nombre croissant de commerçants ambulants venant d'autres villes ou cités et qui passent par des villages situés sur leur parcours intensifient la concurrence pour la maîtrise du volume modeste de maïs commercialisé dans les exploitations agricoles. Bien que les fermiers aient tendance à vendre leur maïs aux commerçants au prix le plus élevé, ils tiennent aussi compte de plusieurs facteurs non liés au prix dans leur choix définitif de commerçants. Ainsi, les commerçants constituent la principale source de crédit pour la plupart des fermiers philippins. Un fermier peut choisir de vendre sa production aux commerçants qui offrent le meilleur crédit et les meilleurs prix pour les intrants agricoles même si le prix proposé est inférieur à celui d'autres commerçants. Les fermiers accordent aussi beaucoup de poids au caractère ou à la réputation d'un commerçant, à sa signature et à son statut au sein de la communauté. Les politiques de régulation des prix promulguées par le gouvernement n'ont pas réussi à tempérer les larges fluctuations de prix pendant la période 1980-89, période utilisée dans l'analyse des séries chronologiques du rapport. à 40 %, les prix ont varié moins que ceux de la Vallée de Cagayan et du Nord et du Sud de Mindanao où la variation en règle générale a excédé 52 %. Le stockage lisse les variations des prix de détail d'un mois à l'autre, là où il existe des entrepôts adéquats aux principaux centres de distribution, tandis que les prix fluctuent davantage à la ferme et au niveau de la vente de gros, lorsque le stockage n'est pas utilisé couramment parce qu'il n'est pas disponible ou que ses coûts sont élevés. Sans accès au stockage, fermiers et marchands de gros sont obligés d'écouler immédiatement leur maïs, ce qui se traduit souvent par une surabondance sur le marché pendant la saison de la moisson et par conséquent enclenche des chutes spectaculaires des prix à la ferme ainsi que des prix de gros. à l'évidence, les détaillants tirent le plus de profits d'un marché hautement instable, laissant les fermiers et les marchands de gros évoluer sur une marge très étroite. Le rapport révèle un marché régional de maïs dans lequel les prix sont transmis lentement et avec des imperfections. Le maïs jaune qui fait l'objet d'un volume d'échanges extrêmement élevé est mieux intégré que le maïs blanc qui est négocié sur un pan très étroit du marché. Manille, principal marché commercial de maïs, influence les prix de manière cruciale. Les chocs extérieurs se traduisent par des variations de prix à Manille tout d'abord. Après un décalage, ces variations sont répercutées en tant que variations de prix sur les autres marchés où les échanges sont déjà établis. Les estimations de la période d'ajustement, le temps qu'il faut pour que les chocs se reflètent sous forme de variations de prix, corroborent les anticipations théoriques. Un marché situé tout proche réagira plus rapidement aux chocs émanant du principal marché que ceux qui sont situés plus loin. Par exemple, la Vallée de Cagayan, région située près de Manille, réagit presque de manière instantanée aux variations de prix à Manille. Parfois, il faut jusqu'à deux mois pour que les marchés du Nord de Mindanao et du Sud de Mindanao. situés plus loin, adaptent leurs prix aux prix de Manille. S'agissant du maïs blanc, le rapport conclue que les marchands de gros de la région centrale de Visayas ont mis deux mois pour réagir aux chocs de prix du Sud de Mindanao tandis que les commerçants du Nord de Mindanao ont mis un mois pour changer leurs prix du fait d'une variation de prix survenue dans la région centrale de Visayas. Le rapport conclue que si le marché est intégré de manière imparfaite, la politique des prix n'est pas discriminatoire comme on pourrait s'y attendre dans un marché hautement concentré. Les marges absolues de prix entre le marché régional et le marché de Manille n'ont pas empêché l'existence de différences de prix discernables. En d'autres termes, elles ne se sont pas creusées du fait que les marchés se sont éloignés du marché de base. Implications Pour Les Reformes du Marche Les réformes entreprises par le gouvernement des Philippines ont efficacement relancé le secteur du maïs du fait de besoin accru de céréales fourragères résultant d'une croissance de la demande de viande induite par les revenus. Toutefois, les obstacles à des prix intérieurs efficaces et à la distribution du maïs constituent les goulets d'étranglement auxquels continue à se heurter le développement du secteur de l'élevage. Il ressort du rapport que les politiques de construction d'infrastructures, d'amélioration des services d'information du marché et de mise en place de normes pertinentes de gradation du maïs pourraient renforcer la concurrence sur le marché et faciliter des échanges efficaces au niveau du marché. Les améliorations d'infrastructures doivent inclure des navires inter-îles et l'amélioration de l'état des routes afin de réduire le coût élevé des transports. Des horaires réguliers de transports maritimes reliant les principales zones de production et de consommation contribueraient à faire en sorte que le maïs soit transporté vers des régions où on en a besoin. La disponibilité de meilleures installations de stockage et de commercialisation tant dans les villes que dans les villages et dans les fermes permettrait aux fermiers de stocker du maïs au lieu de l'écouler à bas prix sur le marché immédiatement après la moisson. Si le rapport indique que les fermiers sont plus informés au sujet des prix pratiqués que prévu, la diffusion des connaissances se faisait mieux dans certaines régions que dans d'autres. L'amélioration des méthodes de collecte et de diffusion de l'information publique sur les marchés pourrait se traduire par des prix plus transparents et améliorer la capacité des fermiers et des commerçants à interpréter des signaux de prix avec exactitude et à prendre les décisions de commercialisation correctes. Si les connaissances sur le marché sont médiocres, c'est aussi parce que les commerçants suivent
rarement les grades et les normes au moment de la fixation des prix. Bien que le gouvernement
ait fixé les normes de 14% de teneur en humidité et de 98 % de pureté, ces normes sont rarement
appliquées. La demande de maïs étant telle que même du maïs de mauvaise qualité peut être
vendu, les prix pratiqués à la ferme ne reflètent pas avec exactitude la demande de maïs de
qualité supérieure. Des installations de séchage et de stockage inadéquates et inadaptées influent
aussi négativement sur la qualité du maïs et empêchent les prix à la ferme de refléter avec
exactitude la demande de détail.
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