Resume IFPRI: Rapport de recherche no 103
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Rapport de recherche no 103
(traduit de l'Anglais)

Dean A. Derosa
Septembre 1995
list of abstracts

Accords commerciaux regionaux entre pays en developpement: l'exemple de l'ANASE

On assiste ces dernières années à une résurgence de l'intérêt pour les accords commerciaux régionaux et pour d'autres formes de coopération économique régionale. L'Accord de libre échange nord-américain entre le Canada, le Mexique et les États-Unis, le projet de marché unique de l'Union européenne et de nombreux accords entre blocs de pays en développement sont des exemples de cette résurgence (Figure 1). Cette optique régionale s'est affirmée avec l'affaiblissement du multilatéralisme du fait de recul de l'hégémonie américaine dans l'économie mondiale, de la montée des pressions en vue d'une protection accrue dans les principaux pays industrialisés et des changements fondamentaux dans les questions politiques et de sécurité mondiales depuis l'effondrement du communisme dans l'ex-Union soviétique et en Europe de l'Est. Toutefois, ces accords peuvent menacer le système commercial mondial et l'objectif de réalisation de gains économiques découlant d'un vaste mouvement de libéralisation du commerce multilatéral.

Dans Regional Trading Arrangements among Developing Countries: The ASEAN Example (Accords commerciaux régionaux entre pays en développement: l'exemple de l'ANASE), Rapport de recherche No. 103, Dean A. DeRosa examine les expériences de L'Association des nations de l'Asie du Sud-est (ANASE) ayant conclu des accords régionaux d'investissement et de commerce et présente une analyse quantitative des implications économiques de la nouvelle Zone de libre échange de l'ANASE (AALE). Le rapport fait particulièrement ressortir le potentiel qu'offre ce nouveau bloc commercial de réduire sensiblement les désincitations commerciales et celles relatives aux politiques macro-économiques d'accroître la production et les échanges agricoles par les pays membres de l'ANASE, par rapport à une autre politique de vaste libéralisation des échanges commerciaux.

Les Pays Membres De L'anase, La Cooperation Economique Et L'aale

Le bilan économique des pays membres de l'ANASE-Brunei, Indonésie, Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande- a été robuste pendant les 25 dernières années (Brunei étant un petit pays avec des résultats économiques médiocres, le rapport est axé sur les cinq autres pays). La manière dont l'accord économique de l'ANASE a contribué à ce bilan est un thème qui intéresse depuis longtemps les décideurs d'autres pays en développement.

à l'exception de Singapour, les pays membres de l'ANASE sont essentiellement des pays en développement à faible revenu et à revenu intermédiaire dont les économies ont en commun de nombreuses ressemblances ayant trait à leur situation géographique ainsi qu'à certains des aspects de leur culture, de leur histoire et de leur développement économique et social. Étant donné leurs niveaux de population élevés quand on les compare non seulement aux principaux pays industrialisés mais aussi à la plupart des pays d'Afrique, d'Amérique latine et du Moyen-Orient, les pays membres de l'ANASE jouissent d'un avantage comparatif dans la production et le commerce international de nombre de produits manufacturés à forte intensité de main d'oeuvre. Toutefois, en dépit du rythme régulier de leur industrialisation et d'importantes réserves de combustibles minéraux et de minerais, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande (appelés la bande des quatre de l'ANASE sont encore des économies à base fortement agricoles où l'on cultive et exporte dans une large mesure des produits de base agricoles tropicaux et d'autres produits connexes.

Outre le fait que ces pays mettent en oeuvre des politiques monétaires et budgétaires relativement stables, la réussite économique des pays membres de l'ANASE repose essentiellement sur une ouverture de plus en plus grande par rapport à d'autres pays en développement-politique qui a été qualifiée de "régionalisme ouvert". Toutefois, des facteurs politiques ont empêché que les relations commerciales des pays membres de l'ANASE d'être aussi ouvertes que possible. En s'appuyant sur des contingents et d'autres barrières non tarifaires aux importations, ces pays ont, dans de nombreux cas, fait obstacle au commerce de produits manufacturés afin de protéger les industries nationales préférées. Ils ont aussi limité les importations de nombre de céréales et autres denrées alimentaires.

L'ANASE a été fondée en 1967, pour des raisons liées avant tout à la sécurité politique de l'Asie du Sud-Est, mais au fil du temps les accords économiques de l'ANASE sont devenus, pense-t-on, plus importants que les objectifs politiques qu'elle s'était assignées au départ. En 1976, les pays membres de l'ANASE ont convenu de poursuivre des projets d'investissement coordonnés, notamment afin de rendre leurs différentes structures économiques plus complémentaires. Toutefois, à cause de l'opposition des intérêts nationaux concernés par la rentabilité de leurs investissements locaux, les plans d'investissement se sont largement soldés par des échecs, et un petit nombre seulement de projets d'investissement conjoints ont été menés à bien et sont économiquement viables à ce jour.

Les accords commerciaux préférentiels de l'ANASE, adoptés en 1977, avaient pour objectif d'accroître les échanges commerciaux intra-ANASE en réduisant les barrières tarifaires et non tarifaires qui frappaient les biens produits dans les pays membres. Toutefois, étant donné que de nombreux pays membres de l'ANASE ont recours de manière persistante, bien que ce recours soit dans l'ensemble réduit, aux barrières non tarifaires et, plus fondamentalement, à cause de l'opposition de nombre des mêmes intérêts bien compris qui ont empêché le succès des programmes d'investissement coordonnés de l'ANASE, le commerce au sein de la région n'a pu enregistrer qu'un accroissement négligeable.

En janvier 1992, les chefs d'État de l'ANASE, préoccupés par le bilatéralisme croissant des principaux pays industrialisés, ont convenu de créer la zone de libre échange de l'ANASE. Dès 1995, chaque pays membre de l'ANASE réduira à une fourchette de 0 à 5 % le niveau de ses tarifs sur les importations de produits manufacturés et de certaines catégories de denrées agricoles et de produits hautement protégés, à base de ressources naturelles originaires de la région avant l'an 2003. Les accords de l'ANASE en prévoient aussi à l'élimination des barrières non tarifaires aux échanges commerciaux au sein de l'ANASE.

Evaluation De L'aale

D'après la théorie économique, il est peu probable que les accords commerciaux préférentiels augmentent sensiblement le bien-être économique si les pays membres d'une zone de libre échange présente des profils semblables de dotations en ressources naturelles et autres. Ceci est particulièrement vrai pour les groupes de pays en développement qui sont caractérisés par une base de ressources naturelles peu diversifiée, une mise en valeur des ressources humaines limitée et souvent, dans le cas des pays à faible revenu, par très peu de division du travail et des marchés formels étroits. Par conséquent, des accords commerciaux régionaux et d'autres accords économiques ont beau dégager certains avantages économiques nets, il n'en reste pas moins que les avantages qu'implique la conclusion de ces accords entre pays en développement doivent être mis en regard des avantages attendus de la libéralisation des relations commerciales sur une base non discriminatoire, conformément au principe de la nation la plus favorisée (NPF) qui sur lequel reposent l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et l'Organisation mondiale du commerce mise en place récemment. En respectant le principe de la nation la plus favorisée, les pays prélèvent des droits ou d'autres restrictions des importations sans tenir compte de l'origine des biens importés, donnant accès sur leurs marchés aux biens originaires de tous les pays exportateurs et habituellement en veillant à tirer les meilleurs avantages économiques de la libéralisation des échanges commerciaux.

Par conséquent, le rapport analyse, d'un point de vue quantitatif les effets économiques à moyen et à long terme du plan de l'AALE par rapport à ceux d'une politique de libéralisation totale des échanges commerciaux en Asie du sud-Est sur une base non discriminatoire ou sur la base de la clause de la nation la plus favorisée. L'analyse s'appuie sur un modèle d'équilibre général plurisectoriel et calculable des relations commerciales des pays de l'ANASE tant au sein de l'Association qu'avec le reste du monde. Le modèle de simulation tient compte des barrières tant tarifaires que non tarifaires dans les pays de l'ANASE et chez leurs principaux partenaires commerciaux. Il mesure comment la réduction simultanée des barrières tarifaires et non tarifaires sur une base soit préférentielle soit non discriminatoire influe sur des variables au niveau de l'économie dans son ensemble telles que les dépenses nationales brutes et le taux de change, les prix et les quantités de produits primaires et de biens industriels produits, consommés et échangés.

Les simulations du modèle permettent de conclure que l'AALE crée des flux commerciaux. En effet, d'après les estimations, la nouvelle zone de libre échange est à l'origine d'une expansion du commerce total au sein de l'ANASE de 2,9 milliards de dollars E.U., soit 19 % (Figure 2). En outre, les résultats de la simulation révèlent que l'expansion de la production et des exportations des pays de l'ANASE dans divers secteurs économiques dans le cadre du plan de l'AALE n'est pas sans rappeler celle qu'on attend de la libéralisation des échanges commerciaux conformément au principe de la nation la plus favorisée. Enfin, la production agricole dans le cadre de L'AALE enregistre une légère augmentation dans les pays dits la "bande des quatre" au sein de l'ANASE, ce qui montre que le biais contre l'agriculture, résultant de la protection industrielle et d'autres formes de protection dans les pays membres de l'ANASE est réduit, bien que ce soit par des marges sensiblement plis étroites que dans le cadre de la libéralisation résultant de l'application du principe de la nation la plus favorisée (Figure 3). Cependant, à Singapour, la production agricole recule sous le régime de l'AALE parce que, du fait de la nouvelle zone préférentielle, la cité-Etat de vient une source encore plus grande au sein de l'ANASE de produits manufacturé qui, auparavant, étaient essentiellement importés des principaux pays industrialisés.

Dans l'ensemble, ces résultats, bien que positifs, se situent en-deçà de ceux qu'on attend de la libéralisation sous le régime du principe de la nation la plus favorisée. En particulier, la consommation et les importations des pays de l'ANASE dans divers secteurs économiques sous le régime de l'AALE sont tout à fait différentes de celles de la libéralisation dans le cadre du principe de la nation la plus favorisée, ce qui s'explique par la nature discriminatoire du plan de l'AALE et les contraintes que la discrimination impose en fin de compte sur les possibilités d'accroissement du bien-être économique et des échanges commerciaux. Le plan de l'AALE est à l'origine d'une amélioration bien plus insignifiante du bien-être économique (c'est-à-dire des dépenses en termes réels sur la demande finale, ou l'absorption réelle) pour la plupart des pays membres de l'ANASE que la libéralisation sous le régime de la clause de la nation la plus favorisée. En effet, seul Singapour et dans une moindre mesure la Malaisie font apparaître une nette amélioration du bien-être économique dans le cadre de l'AALE pour ces deux pays, étant donné que dès le départ, ils avaient des économies relativement ouvertes, qu'ils ont tout à gagner tant de la création de flux commerciaux nouveaux que du détournement des échanges commerciaux de l'ensemble des pays membres de l'ANASE du reste du monde. En outre, par rapport au plan de l'AALE, la libéralisation dans le cadre de la clause de la nation la plus favorisée se traduit par un gain plus limité en termes de commerce intra-ANASE (1,7 milliards de dollars E.U.) mais elle augmente le gain estimé du commerce total de l'ANASE avec le reste du monde (9,1 milliards de dollars E.U.) de plus de trois fois plus que l'AALE (2,4 milliards de dollars E.U.). Elle réalise cet énorme gain en exploitant les différences plus importantes des sources d'avantage comparatif entre les pays de l'ANASE et leurs partenaires commerciaux internationaux, en particulier les principaux pays industrialisés.

Implications Pour Les Politiques Commerciales Nationales Et Les Recherches Futures

Les conclusions de l'étude de l'AALE jettent un doute sur le bien-fondé économique de la poursuite des zones de libre échange entre pays en développement d'autres régions. Toutefois, dans la mesure où elles obéissent aux mêmes facteurs de politique économique que ceux qui sous-tendent l'AALE, des accords de ce type continueront probablement à se mettre en place dans d'autres régions, même si les chances de les voir réaliser des gains nettement plus élevés dans le domaine agricole et en termes de bien-être économique national ne sont guère meilleures que dans le cas de l'ANASE.

Paradoxalement, l'origine de l'actuelle résurgence de l'intérêt pour les projets régionaux d'expansion des échanges commerciaux remonte au mécontentement envers les efforts multilatéraux déployés sous l'égide du GATT afin de réaliser des progrès persistant et plus opportun dans le libéralisation de relations commerciales internationales. En outre, les accords commerciaux régionaux sont actuellement considérés comme un mécanisme de défense contre l'instabilité de la structure des échanges commerciaux et de l'investissement qui se fera probablement jour au lendemain des initiatives d'Amérique du Nord et d'Europe occidentale visant à créer des zones de libre échange nouvelles et plus larges. Dans cet ordre d'esprit, les décideurs des pays en développement considèrent aussi les accords commerciaux régionaux comme des instruments appropriés permettant des négociations plus efficaces dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce et des négociations bilatérales avec des responsables représentants de grands pays ainsi que des pays plus développés. Ainsi, les décideurs des pays membres de l'ANASE sont convaincus que des négociations menées sur une base unitaire, renforcées par l'AALE, leur donneront davantage de levier sur le plan économique pour exiger des concessions commerciales réciproques leur conférant un accès accru aux marchés de l'Union européenne, du Japon et des États-Unis.

Cependant, ce dernier point de vue confond les gains provenant des échanges commerciaux et les intérêts qu'ont les producteurs locaux d'accroître leur production destinée soit aux marchés régionaux protégés, soit aux marchés plus ouverts à l'étranger. Les gains provenant du commerce concernent en définitive les possibilités d'accroissement de la consommation de biens et de services au coût de ressources le plus bas possible. De ce point de vue, les gains les plus importants provenant du commerce, ainsi qu'on le voit ici, sont en réalité à la portée de la plupart des pays s'ils agissent unilatéralement ou en concert, afin de réduire leurs propres niveaux de protection sur la base du principe de la nation la plus favorisée et de poursuivre leur avantage comparatif sur les marchés mondiaux disponibles, bien que fréquemment protégés. Du point de vue de l'économie politique internationale, par contre, la question qui pourrait se prêter à des recherches à l'avenir est celle de savoir si la concurrence qui commence à s'instaurer entre les approches multilatérales et régionales de la libéralisation des échanges commerciaux pourrait, en fin de compte, se solder par un résultat souhaitable pour l'économie mondiale, une issue qui refléterait les objectifs du multilatéralisme et améliorerait les circonstances de l'agriculture dans les pays à faible revenu ainsi que dans d'autres pays en développement.

Prière de m'envoyer un exemplaire de Regional Trading Arrangements among Developing Countries: The ASEAN Example, par Dean A. DeRosa.


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