Rôle de la diversification a l'echelon des exploitations agricoles dans l'adoption de technologies modernes au brésilLes résultats de la technologie moderne en matière d'augmentation des
rendements agricoles sur des sols au potentiel élevé connaissent une réussite
éclatante, au point où les chercheurs et les décideurs s'empressent d'employer
les intrants modernes sur des sols peu fertiles. Toutefois, l'application de
technologies de la révolution verte sur des sols peu fertiles reste souvent
décevante. Non seulement l'augmentation des rendements est inférieure et plus
disparate que ceux relevés sur des sols au potentiel élevé, mais les coûts
environnementaux en termes de dégradation des sols et notamment de
déperdition d'espace forestier sont élevés. Quelles modifications serait-il
nécessaire d'apporter à la politique et aux technologies pour relever la
productivité, de façon efficace et durable, de ces sols peu fertiles ?
Les technologies sont d'ordinaire élaborées en visant des cultures précises.
Ainsi, les agriculteurs qui décident d'adopter une technologie moderne se
trouvent parfois amenés à modifier également leur gamme de produits. En
revanche, les agriculteurs qui produisent certaines denrées d'importance dans
leur région décideraient d'adopter une nouvelle technologie selon qu'elle
convienne, ou pas, aux cultures qu'ils produisent déjà. Puisque la technologie
moderne exige d'ordinaire d'avoir recours à un plus grand nombre d'intrants, la
disponibilité de ces derniers constitue donc un facteur crucial, notamment si
l'infrastructure nécessaire à la production ou au transport du produit en question
est lacunaire. Selon les recherches, les exploitations agricoles ayant enregistré
une augmentation marquée de leurs rendements sont celles spécialisées dans
une gamme de produits restreinte, en l'occurrence ceux pour lesquels les
progrès technologiques sont les plus prononcés.
Le rapport de recherche n 104, Rôle de la diversification à l'échelon des
exploitations agricoles dans l'adoption de technologies modernes au Brésil, de
Marc Nerlove, Stephen Vosti et Wesley Basel, est axé sur la relation entre
l'adoption des technologies et les décisions des agriculteurs d'un côté, et la
gamme de produits et la diversification des intrants de l'autre, c'est-à-dire quelles
denrées ou quel cheptel produire, et dans quelles proportions. Le rapport
s'interroge sur les questions suivantes : la production de certains types ou de
certaines gammes de produits encourage-t-elle ou entrave-t-elle l'utilisation de
technologies modernes ? La culture exclusive de certains produits réduit-elle ou
amplifie-t-elle l'utilisation d'intrants modernes ? Les agriculteurs qui ont modifié
profondément leur gamme de produits sont-ils plus à même d'avoir recours de
façon intensive à des technologies modernes ?
CONCEPTION DE L'ETUDE
L'étude a été réalisée dans une région pauvre mais diversifiée du point de vue
agricole, Zona de Mata, dans l'Etat de Minas Gerais au Brésil. Les données ont
été tirées d'enquêtes réalisées pour suivre l'évolution du Programa de
Desenvolvimento Rural Integrado da Zona da Mata (PRODEMATA - Programme
de développement rural intégré de Zona da Mata), un programme de
développement régional destiné à améliorer les conditions générales de vie
rurale et à promouvoir la modernisation agricole. Les données englobent le détail
des intrants et des extrants, les relations avec les marchés, le transfert
d'information, les cultures intercalaires, la production de bétail et les revenus
hors-exploitation agricole. L'utilisation des sols et les pratiques de récupération
des terres ont fait l'objet d'une attention particulière, notamment dans les plaines
d'inondation et les zones autrefois boisées. Etant donné l'exode rural des jeunes
de cette région économiquement faible, les exploitants agricoles y sont plus
âgés que la norme, et la moyenne d'âge des chefs de famille de l'échantillon est
de 57 ans.
RECOURS AUX ANALYSES PAR GRAPPES
L'agriculture pratiquée dans la plupart des exploitations de Zona da Mata est
relativement diversifiée : production simultanée de deux cultures ou davantage,
et de deux types d'élevages ou davantage. Il a donc été nécessaire de définir un
moyen pour regrouper les exploitations agricoles sur la base de la diversification
de leur production. Les exploitations sont regroupées selon les cultures
produites. La main-d'oeuvre hors-exploitation agricole est comprise dans la liste
des extrants agricoles car, avec l'amélioration infrastructurelle de la région, la
main-d'oeuvre salariée constitue un élément d'importance croissante dans les
revenus des foyers agricoles. Le regroupement est effectué comme suit :
Tout d'abord, l'on détermine la part de treize cultures et produits d'élevage de la
région. Puis, l'on affecte à chaque produit une pondération hors-inflation, selon
sa part de la valeur dans la production annuelle brute.
Puis, à l'aide d'une analyse par grappes, l'on distribue les exploitations agricoles
dans les groupes dont les membres réservent aux mêmes produits une part
semblable dans leur production agricole. Puisque l'idée consiste à identifier les
exploitations agricoles selon leur gamme de produits, l'on écarte d'autres
variables, comme par exemple la valeur brute de la production ou la superficie
exploitée, de l'identification de groupes homogènes d'exploitations. Cinq
catégories, ou grappes, relativement stables se dégagent de cette analyse : les
exploitations produisant principalement du café, du maïs, des produits laitiers ou
du riz (où presqu'aucune exploitation ne se consacre exclusivement à l'un de ces
produits), la main-d'oeuvre hors-exploitation agricole constituant la cinquième
catégorie (figure 1). Ces catégories servent de base à l'examen des
répercussions de la gamme de produits, et d'autres facteurs, sur les
changements technologiques.
Ensuite, par des analyses de régression, l'on étudie les relations entre les variables ayant trait à l'ampleur de l'exploitation, la superficie cultivée, le degré de diversification de la production et les dépenses liées aux intrants modernes (à titre de mesure de l'adoption de technologies). Dans l'analyse monovariante, de simples régressions entre paires de variables et leurs logarithmes permettent d'examiner le rapport entre l'échelle d'exploitation et la diversité de production d'un côté, et l'utilisation des intrants modernes dans la production agricole et l'élevage de l'autre, dans chaque grappe de produits, au nombre de cinq, choisis pour l'analyse, pour ensuite comparer les résultats des différentes grappes. Les résultats suivants se détachent :
L'analyse est ensuite amplifiée afin de saisir à long terme l'incidence de la modification de la gamme de produits, à l'échelon des exploitations agricoles, sur l'utilisation d'intrants modernes. Si l'on prend la modification des gammes de produits de 1979 à 1984, l'on relève plusieurs facteurs ayant influé sur la décision des agriculteurs de changer leur gamme de produits, au fil du temps :
A partir de ces différences, les exploitations agricoles ont été divisées en quatre
groupes, selon la stabilité de la gamme de produits et l'orientation de la mutation
des grappes au cours des six années de l'étude. Les exploitations agricoles
demeurées dans la même grappe sont classées comme étant "stables" (35%),
celles qui se trouvent en bordure de grappe ou celles ayant changé de grappe
pendant un an seulement pour retourner ensuite à leur grappe d'origine sont
"marginalement stables" (31%) et celle qui sont passées d'une grappe à l'autre
pendant cette période pour y demeurer sont baptisées "changement" (29%)
(figure 3). Les "changements" sont en outre répartis en "café" et "autres
produits". Selon l'étude, les exploitations "stables" et les "changement : café"
semblent présenter de meilleurs résultats que les autres exploitations agricoles.
CONCLUSIONS ET INCIDENCES POLITIQUES
En ce qui concerne les différences d'utilisation des intrants modernes selon la
taille de l'exploitation, cette utilisation augmente proportionnellement à
l'augmentation de la production agricole, dans les quatre groupes.
C'est-à-dire qu'une augmentation de un pour cent de l'indice de production totale
entraîne une augmentation de un pour cent de celui de l'utilisation des intrants
modernes, quelle que soit la gamme de produits et son invariabilité au fil du
temps. Si ce résultat est exact, il est donc peu probable qu'en axant la recherche
et les services de vulgarisation agricole sur des exploitations agricoles, ou des
tailles d'exploitations, spécifiques, dans des zones au difficultés belle que Zona
da Mata, l'on obtienne des rendements supérieurs à ceux qu'on obtiendrait en
traitant toutes les exploitations de la même manière.
Aucun schéma de long terme de l'utilisation des intrants modernes ne s'est
dégagé de ces recherches. Ce qui signifie que les contraintes relatives aux
prestations, notamment de crédit, seraient un facteur déterminant primordial de
l'adoption des technologies et que ces contraintes ont une incidence
presqu'égale sur toutes les exploitations agricoles.
Un certain nombre d'exploitations agricoles ont modifié intégralement leur gamme de produits au cours de la période, ce qui semble indiquer que les facteurs agro-écologiques ont relativement peu joué dans la détermination de la gamme de produits, même dans une région aussi diversifiée du point de vue écologique que la Zona da Mata. Toutefois, on peut interpréter comme un signe positif le fait que les agriculteurs brésiliens, même les plus pauvres, aient été disposés, et en mesure, de modifier leur gamme de produits et leurs techniques de production, en réponse à des incitations économiques et autres. IFPRI holds the copyright to its publications and web pages but encourages duplication of these materials for noncommercial purposes. Proper citation is required. |