Resume IFPRI: Rapport de recherche no 104
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Rapport de recherche no 104
(traduit de l'Anglais)

Marc Nerlove, Sephen Vosti et Wesley Basel
Décembre 1996
list of abstracts

Rôle de la diversification a l'echelon des exploitations agricoles dans l'adoption de technologies modernes au brésil

Les résultats de la technologie moderne en matière d'augmentation des rendements agricoles sur des sols au potentiel élevé connaissent une réussite éclatante, au point où les chercheurs et les décideurs s'empressent d'employer les intrants modernes sur des sols peu fertiles. Toutefois, l'application de technologies de la révolution verte sur des sols peu fertiles reste souvent décevante. Non seulement l'augmentation des rendements est inférieure et plus disparate que ceux relevés sur des sols au potentiel élevé, mais les coûts environnementaux en termes de dégradation des sols et notamment de déperdition d'espace forestier sont élevés. Quelles modifications serait-il nécessaire d'apporter à la politique et aux technologies pour relever la productivité, de façon efficace et durable, de ces sols peu fertiles ?

Les technologies sont d'ordinaire élaborées en visant des cultures précises. Ainsi, les agriculteurs qui décident d'adopter une technologie moderne se trouvent parfois amenés à modifier également leur gamme de produits. En revanche, les agriculteurs qui produisent certaines denrées d'importance dans leur région décideraient d'adopter une nouvelle technologie selon qu'elle convienne, ou pas, aux cultures qu'ils produisent déjà. Puisque la technologie moderne exige d'ordinaire d'avoir recours à un plus grand nombre d'intrants, la disponibilité de ces derniers constitue donc un facteur crucial, notamment si l'infrastructure nécessaire à la production ou au transport du produit en question est lacunaire. Selon les recherches, les exploitations agricoles ayant enregistré une augmentation marquée de leurs rendements sont celles spécialisées dans une gamme de produits restreinte, en l'occurrence ceux pour lesquels les progrès technologiques sont les plus prononcés.

Le rapport de recherche n 104, Rôle de la diversification à l'échelon des exploitations agricoles dans l'adoption de technologies modernes au Brésil, de Marc Nerlove, Stephen Vosti et Wesley Basel, est axé sur la relation entre l'adoption des technologies et les décisions des agriculteurs d'un côté, et la gamme de produits et la diversification des intrants de l'autre, c'est-à-dire quelles denrées ou quel cheptel produire, et dans quelles proportions. Le rapport s'interroge sur les questions suivantes : la production de certains types ou de certaines gammes de produits encourage-t-elle ou entrave-t-elle l'utilisation de technologies modernes ? La culture exclusive de certains produits réduit-elle ou amplifie-t-elle l'utilisation d'intrants modernes ? Les agriculteurs qui ont modifié profondément leur gamme de produits sont-ils plus à même d'avoir recours de façon intensive à des technologies modernes ?

CONCEPTION DE L'ETUDE

L'étude a été réalisée dans une région pauvre mais diversifiée du point de vue agricole, Zona de Mata, dans l'Etat de Minas Gerais au Brésil. Les données ont été tirées d'enquêtes réalisées pour suivre l'évolution du Programa de Desenvolvimento Rural Integrado da Zona da Mata (PRODEMATA - Programme de développement rural intégré de Zona da Mata), un programme de développement régional destiné à améliorer les conditions générales de vie rurale et à promouvoir la modernisation agricole. Les données englobent le détail des intrants et des extrants, les relations avec les marchés, le transfert d'information, les cultures intercalaires, la production de bétail et les revenus hors-exploitation agricole. L'utilisation des sols et les pratiques de récupération des terres ont fait l'objet d'une attention particulière, notamment dans les plaines d'inondation et les zones autrefois boisées. Etant donné l'exode rural des jeunes de cette région économiquement faible, les exploitants agricoles y sont plus âgés que la norme, et la moyenne d'âge des chefs de famille de l'échantillon est de 57 ans.

RECOURS AUX ANALYSES PAR GRAPPES

L'agriculture pratiquée dans la plupart des exploitations de Zona da Mata est relativement diversifiée : production simultanée de deux cultures ou davantage, et de deux types d'élevages ou davantage. Il a donc été nécessaire de définir un moyen pour regrouper les exploitations agricoles sur la base de la diversification de leur production. Les exploitations sont regroupées selon les cultures produites. La main-d'oeuvre hors-exploitation agricole est comprise dans la liste des extrants agricoles car, avec l'amélioration infrastructurelle de la région, la main-d'oeuvre salariée constitue un élément d'importance croissante dans les revenus des foyers agricoles. Le regroupement est effectué comme suit :

Tout d'abord, l'on détermine la part de treize cultures et produits d'élevage de la région. Puis, l'on affecte à chaque produit une pondération hors-inflation, selon sa part de la valeur dans la production annuelle brute.

Puis, à l'aide d'une analyse par grappes, l'on distribue les exploitations agricoles dans les groupes dont les membres réservent aux mêmes produits une part semblable dans leur production agricole. Puisque l'idée consiste à identifier les exploitations agricoles selon leur gamme de produits, l'on écarte d'autres variables, comme par exemple la valeur brute de la production ou la superficie exploitée, de l'identification de groupes homogènes d'exploitations. Cinq catégories, ou grappes, relativement stables se dégagent de cette analyse : les exploitations produisant principalement du café, du maïs, des produits laitiers ou du riz (où presqu'aucune exploitation ne se consacre exclusivement à l'un de ces produits), la main-d'oeuvre hors-exploitation agricole constituant la cinquième catégorie (figure 1). Ces catégories servent de base à l'examen des répercussions de la gamme de produits, et d'autres facteurs, sur les changements technologiques.

Ensuite, par des analyses de régression, l'on étudie les relations entre les variables ayant trait à l'ampleur de l'exploitation, la superficie cultivée, le degré de diversification de la production et les dépenses liées aux intrants modernes (à titre de mesure de l'adoption de technologies). Dans l'analyse monovariante, de simples régressions entre paires de variables et leurs logarithmes permettent d'examiner le rapport entre l'échelle d'exploitation et la diversité de production d'un côté, et l'utilisation des intrants modernes dans la production agricole et l'élevage de l'autre, dans chaque grappe de produits, au nombre de cinq, choisis pour l'analyse, pour ensuite comparer les résultats des différentes grappes. Les résultats suivants se détachent :

  • la valeur brute à l'hectare de la production totale de l'exploitation diminue plus les exploitations sont importantes, sans doute en raison de la qualité médiocre des sols des exploitations de plus grande taille.
  • le recours aux intrants modernes augmente quasi-proportionnellement avec la valeur brute de la production agricole totale de toutes les catégories d'exploitations agricoles (figure 2).
  • la diversité de la production des exploitations agricoles varie selon l'échelle, et est tributaire de la gamme de produits et du type d'exploitation agricole.
  • il existe une relation minime, mais sensible du point de vue statistique, entre la spécialisation et l'utilisation d'intrants modernes.

L'analyse est ensuite amplifiée afin de saisir à long terme l'incidence de la modification de la gamme de produits, à l'échelon des exploitations agricoles, sur l'utilisation d'intrants modernes. Si l'on prend la modification des gammes de produits de 1979 à 1984, l'on relève plusieurs facteurs ayant influé sur la décision des agriculteurs de changer leur gamme de produits, au fil du temps :

  • les politiques de prix de produits spécifiques et les services de vulgarisation agricole exercent une influence importante sur la gamme de produits. Par exemple, une initiative visant à promouvoir la production caféière dans la Zona da Mata a offert aux producteurs de café des prix et des taux de crédit préférentiels, y compris à 36 exploitations agricoles afin de les amener à se spécialiser dans la production de café. Ce qui représente une augmentation de 20% de la taille de la grappe relative au café, au cours de la période échantillonnée.
  • bien que les conditions agro-écologiques varient selon les micro-régions de la Zona da Mata, il a été tout à fait possible aux agriculteurs de changer de catégorie : café, maïs, produits laitiers et main-d'oeuvre hors-exploitation agricole. Ce qui n'a pas été le cas d'autres produits : riz et produits périssables, qui exigent des sols plats et irrigués.
  • l'échelonnement et l'importance des investissements et des rendements varient profondément selon les produits, ce qui a sans doute restreint le passage des agriculteurs d'une grappe de production à l'autre, en raison des éléments économiques et autres incitations.


A partir de ces différences, les exploitations agricoles ont été divisées en quatre groupes, selon la stabilité de la gamme de produits et l'orientation de la mutation des grappes au cours des six années de l'étude. Les exploitations agricoles demeurées dans la même grappe sont classées comme étant "stables" (35%), celles qui se trouvent en bordure de grappe ou celles ayant changé de grappe pendant un an seulement pour retourner ensuite à leur grappe d'origine sont "marginalement stables" (31%) et celle qui sont passées d'une grappe à l'autre pendant cette période pour y demeurer sont baptisées "changement" (29%) (figure 3). Les "changements" sont en outre répartis en "café" et "autres produits". Selon l'étude, les exploitations "stables" et les "changement : café" semblent présenter de meilleurs résultats que les autres exploitations agricoles.

CONCLUSIONS ET INCIDENCES POLITIQUES

En ce qui concerne les différences d'utilisation des intrants modernes selon la taille de l'exploitation, cette utilisation augmente proportionnellement à l'augmentation de la production agricole, dans les quatre groupes.

C'est-à-dire qu'une augmentation de un pour cent de l'indice de production totale entraîne une augmentation de un pour cent de celui de l'utilisation des intrants modernes, quelle que soit la gamme de produits et son invariabilité au fil du temps. Si ce résultat est exact, il est donc peu probable qu'en axant la recherche et les services de vulgarisation agricole sur des exploitations agricoles, ou des tailles d'exploitations, spécifiques, dans des zones au difficultés belle que Zona da Mata, l'on obtienne des rendements supérieurs à ceux qu'on obtiendrait en traitant toutes les exploitations de la même manière.

Aucun schéma de long terme de l'utilisation des intrants modernes ne s'est dégagé de ces recherches. Ce qui signifie que les contraintes relatives aux prestations, notamment de crédit, seraient un facteur déterminant primordial de l'adoption des technologies et que ces contraintes ont une incidence presqu'égale sur toutes les exploitations agricoles.

Un certain nombre d'exploitations agricoles ont modifié intégralement leur gamme de produits au cours de la période, ce qui semble indiquer que les facteurs agro-écologiques ont relativement peu joué dans la détermination de la gamme de produits, même dans une région aussi diversifiée du point de vue écologique que la Zona da Mata. Toutefois, on peut interpréter comme un signe positif le fait que les agriculteurs brésiliens, même les plus pauvres, aient été disposés, et en mesure, de modifier leur gamme de produits et leurs techniques de production, en réponse à des incitations économiques et autres.


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