Resume IFPRI: Rapport de recherche no 105
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Rapport de recherche no 105
(traduit de l'Anglais)

Ruth Meinzen-Dick
Décembre 1996
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Les marchés phréatiques au Pakistan: participation et productivité

Au Pakistan, où l'agriculture est fortement tributaire de l'irrigation, les marchés hydriques informels constituent un moyen d'importance croissante donnant accès aux nappes phréatiques aux petits agriculteurs et aux cultivateurs à bail*. Le réseau public des canaux d'irrigation fournit de l'eau aux agriculteurs propriétaires de terres dans des zones précises, mais ne fournit pas à tous les agriculteurs le volume hydrique qui leur est nécessaire. Ainsi, les agriculteurs plus aisés installent des puits abyssiniens* à titre de source exclusive, ou complémentaire, d'irrigation (figure 1). En dépit de la multiplication des puits abyssiniens privés, leur propriété se restreint à un pourcentage relativement faible d'agriculteurs. Certains propriétaires de puits revendent également des réserves d'eau souterraine à des agriculteurs des environs. Les marchés localisés et informels ainsi constitués représentent une importante source d'irrigation pour de nombreux agriculteurs.

Bien que la vente d'eau de puits privés soit une pratique de longue date en Asie du Sud, ce n'est que récemment que ces schémas informels ont été mis à l'étude. Alors que l'eau se raréfie ou que sa qualité se détériore, d'autres informations seront nécessaire pour appuyer le Pakistan et d'autres pays de l'Asie du Sud à décider de réformes destinées à égaliser l'accès aux ressources hydriques phréatiques. "Les Marchés phréatiques au Pakistan : participation et productivité", rapport de recherche n105 de Ruth Meinzen-Dick, étudie les mécanismes des marchés de l'eau, ses participants, la nature des transactions et les effets des marchés sur la productivité et les revenus agricoles, afin de déterminer ce qui favorise ou qui entrave la création de marchés hydriques viables. Le rapport passe en revue les annales relatives aux marchés phréatiques, les éléments empiriques de performance et les options décisionnelles possibles.

L'étude procède à l'examen des schémas de développement du marché des puits abyssiniens privés en s'appuyant sur des données départementales relevées dans tout le pays. Elle détaille ensuite la performance des marchés phréatiques à partir des données des ménages agricoles, rassemblées lors d'une enquête de l'IFPRI, réalisée en 1990-92.

Les puits abyssiniens existent partout au Pakistan, mais ils sont plus courants au Pendjab et dans la province de la frontière nord-ouest. Selon le rapport, les grandes exploitations agricoles, de plus de 25 acres*, sont plus à même de posséder des puits abyssiniens. Les cultivateurs à bail, les petites exploitations (de moins de 10 acres*) ou les jeunes ménages sont plus à même d'acheter de l'eau souterraine (figure 2). Lorsque l'eau souterraine est abondante et de bonne qualité, davantage d'agriculteurs possèdent des puits abyssiniens, mais dans de nombreuses régions du Pakistan le niveau des nappes phréatiques et la qualité de l'eau baissent, et dans ces régions les marchés hydriques sont particulièrement importants. La vente d'eau souterraine est plus courante dans les régions d'irrigation par canaux, notamment parce que les canaux permettent de recharger les réserves d'eau souterraine, relevant l'approvisionnement en eau. Les propriétaires de puits abyssiniens possédant des exploitations de taille moyenne, de 10 à 25 acres*, sont plus à même de vendre de l'eau que les propriétaires de grandes exploitations, plus grosses consommatrices d'eau.

FACTEURS PHYSIQUES ET SOCIAUX AYANT UNE INCIDENCE SUR LES MARCHÉS HYDRIQUES

Les marchés phréatiques ne sont pas des marchés impersonnels, parfaitement concurrentiels. En raison de la cherté du transport et des déperditions de charriage, la vente d'eau se cantonne aux voisins, qui sont souvent des parents. Le transport par conduits permet de charrier l'eau sur de plus longues distances, et les marchés en sont ainsi plus concurrentiels.

En outre des facteurs physiques, les rapports sociaux entre les vendeurs et les acheteurs contribuent au développement des marchés hydriques. Les achats d'eau ne sont pas des transactions anonymes. Les acheteurs et les vendeurs locaux ont des rapports divers, et le prix de l'eau n'est donc pas le seul facteur déterminant de la répartition de cette ressource. Les contrats informels de vente d'eau souterraine empruntent différentes modalités : métayage contre eau, apport de carburant incombant à l'acheteur, ou redevance horaire d'irrigation. Selon l'étude, les vendeurs d'eau ne tirent pas d'importants bénéfices de ces ventes et la redevance horaire ne change pas selon les saisons, lorsque l'eau se raréfie. Les propriétaires de puits abyssiniens se soucient principalement d'assurer l'approvisionnement adéquat en eau de leurs terres : s'il reste de l'eau, il la revendront à leurs voisins. En conséquence, l'eau achetée constitue une source peu fiable d'approvisionnement car les propriétaires des puits refusent souvent de vendre de l'eau au moment où les agriculteurs en auraient le plus besoin.

Dans une enquête effectuée auprès des acheteurs d'eau, ceux qui considéraient leurs sources fiables étaient plus à même d'avoir un statut social plus élevé que ceux qui jugeaient leurs sources d'approvisionnement peu fiables. Il est donc possible que les propriétaires de puits abyssiniens hésitent à refuser de vendre de l'eau à d'éminents concitoyens, sans avoir les même scrupules pour d'ordinaires particuliers. En encourageant les agriculteurs moyens à acheter des puits abyssiniens l'on pourrait atténuer ce problème puisqu'ils sont plus à même de posséder des excédents d'eau (dépassant leurs exigences) et les différences de statut social [entre vendeurs et acheteurs] seraient moindres. En outre, selon les acheteurs l'approvisionnement en eau provenant de puits abyssiniens Diesel serait plus fiable que celui des puits électriques. La stabilisation de l'alimentation électrique ou l'adoption de pompes Diesel permettrait d'améliorer la fiabilité de l'approvisionnement pour les acheteurs d'eau et les propriétaires de puits.

AVANTAGES DE LA PROPRIÉTÉ DE PUITS ABYSSINIENS ET MARCHÉS HYDRIQUES

Les puits privés relèvent la production en améliorant le contrôle des agriculteurs quant au volume et à la périodicité de l'irrigation, ce qui amplifie les rendements et permet aux agriculteurs de choisir des cultures plus lucratives. En donnant accès à l'eau à ceux qui ne peuvent acheter un puits, les marchés phréatiques équilibrent l'égalité d'accès à cette ressource vitale. Mais les avantages de l'eau souterraine ne sont pas les mêmes pour les acheteurs d'eau et les propriétaires de puits abyssiniens.

L'achat d'eau des nappes phréatiques auprès de leurs confrères permet aux agriculteurs de maîtriser davantage leur irrigation qu'en s'appuyant exclusivement sur le système public d'irrigation par canaux, mais leur maîtrise du volume et de la périodicité de consommation d'eau est meilleure encore s'ils sont propriétaires de puits abyssiniens.

Les différences de maîtrise de l'eau se retrouvent dans la productivité agricole. L'irrigation grâce à l'eau souterraine produite par les puits abyssiniens dont les agriculteurs sont propriétaires a eu de plus grandes répercussions sur les rendements du blé et sur la productivité agricole totale que celle provenant de l'eau souterraine achetée (figure 3). Etant donné que de nombreuses cultures lucratives sont sensibles à la périodicité et au volume d'eau employés, la fiabilité de l'approvisionnement en eau est cruciale. Sans elle, les agriculteurs ne se risqueront sans doute pas à modifier leurs systèmes de culture, ni leurs investissements destinés aux extrants agricoles, et la productivité n'atteindra donc pas son potentiel intégral. L'achat collectif d'un puits abyssinien, entre plusieurs agriculteurs, pour partager les ressources phréatiques, constitue une option permettant aux agriculteurs de plus petite taille encore d'avoir accès à cette ressource. Selon le rapport, la copropriété reste préférable à l'achat de l'eau car elle permet une plus grande maîtrise de l'eau.

OPTIONS DÉCISIONNELLES

Un nombre croissant de régions au Pakistan subissent d'ores et déjà une baisse de leurs nappes phréatiques. Au Pendjab dans son ensemble, le volume d'eau souterraine pompée outrepasse de 25% le volume d'eau réapprovisionné. A l'évidence, un puits abyssinien pour chaque exploitation agricole ne constitue pas une option viable. Conséquemment, les mesures doivent être adaptées aux circonstances locales. Lorsque les réserves d'eau souterraine de bonne qualité sont abondantes, il conviendrait de promouvoir la propriété d'un plus grand nombre de puits abyssiniens, lorsque le nombre de puits abyssiniens est restreint, il conviendrait de donner la priorité à des mesures favorisant les marchés hydriques.

Il conviendrait que les mesures ciblent les exploitations agricoles de taille moyenne car ces agriculteurs sont plus à même d'être en mesure d'acheter des puits abyssiniens que les agriculteurs propriétaires de petites exploitations agricoles, et la vente d'eau les intéresse davantage que les gros propriétaires dont les terres consomment davantage d'eau.

Il conviendrait que les mesures comprennent l'accès au crédit pour aider les agriculteurs moins aisés à financer les puits et les pompes. Le crédit destiné à l'achat de puits abyssiniens existe déjà pour les petites et moyennes exploitations agricoles, au Pakistan, mais les agriculteurs dénués d'instruction ont rarement recours au crédit institutionnel au taux d'intérêt moins élevé. Il conviendrait de simplifier les procédures et les formulaires de demande de crédit, et d'éliminer les entraves rencontrées par les petits agriculteurs bénéficiaires de crédit.

Il convient toutefois d'aborder prudemment les mesures encourageant les agriculteurs à acheter des puits abyssiniens. Le réapprovisionnement possible des ressources phréatiques restreint le nombre de puits abyssiniens pouvant être exploités de façon durable, dans une zone donnée. Dans les régions où la qualité et la quantité d'eau sont problématiques, le nombre de puits abyssiniens doit rester restreint pour éviter la détérioration de l'environnement.

Il conviendrait que les agriculteurs soient encouragés à acheter, installer et exploiter collectivement, en co-entreprise, les puits abyssiniens. La copropriété permet aux petits exploitants agricoles d'acquérir des droits hydriques et amplifie la probabilité d'exploiter une eau de bonne qualité. Les puits collectifs sont également plus rentables du point de vue économique. La copropriété deviendra sans doute plus importante pour assurer une répartition équitable des ressources au fur et à mesure de la raréfaction de ces dernières. En outre des mesures d'offre de crédit et d'assistance technique aux groupements, il conviendrait d'offrir des informations sur les agencements relatifs au partage de l'eau et des frais, et de gestion des conflits.

Il conviendrait de modifier les réglementations existantes afin de permettre aux agriculteurs de charrier l'eau souterraine par le biais de conduits servant à l'irrigation de surface, à condition de ne pas gêner l'approvisionnement des canaux, ni d'entraîner une détérioration de l'infrastructure.

Les programmes d'assistance technique destinés aux agriculteurs souhaitant investir dans des puits abyssiniens constituent des éléments intéressants pour aider les agriculteurs à situer les poches d'eau douce et éviter les zones salines. Il conviendrait de mettre à la disposition des localités des renseignements sur les nappes phréatiques et la consommation durable, pour appuyer les agriculteurs et les responsables publics dans la prise de décisions appropriées concernant l'utilisation de cette ressource.

Et enfin, bien que l'eau achetée contribue sensiblement à la productivité agricole, il reste une différence de productivité manifeste entre les agriculteurs acheteurs d'eau des nappes phréatiques et les agriculteurs propriétaires de puits abyssiniens. Pour relever la fiabilité des marchés phréatiques, il sera nécessaire d'effectuer des recherches plus approfondies pour cerner les incitations opérantes pour les vendeurs et les facteurs favorisant un partage plus équitable des ressources phréatiques.


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