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Rapport de Recherche 108 Décembre 1998 Egalité des sexes et investissements dans les adolescents dans les zones rurales des Philippinespar Howarth E. Bouis, Marilou Palabrica-Costello, Orville Solon, Daniel Westbrook et Azucena B. LimboLes adolescents qui, selon la définition de l'Organisation mondiale de la santé, sont les personnes âgées de 10 à 19 ans, constituent jusqu'à 20 pour cent de la population du globe. Quatre-vingt cinq pour cent des adolescents du monde résident dans les pays en voie de développement, et ce chiffre déjà remarquable est en train de s'élever. La population adolescente des Philippines, qui, en 1970, représentait le quart de la population du pays est passée de 9,3 millions en 1970 à 13,9 millions en 1990 et on prévoit qu'en l'an 2010 elle aura atteint le chiffre de 18,3 millions et constituera le cinquième de la population totale de ce pays. Bien que les adolescents représentent un segment aussi important de la population et qu'une grande partie des ressources des ménages leur soit donc consacrée, ils ont été relativement négligés dans la littérature économique qui traite de l'allocation des ressources dans les ménages. Dans le rapport de recherche NE108, Egalité des sexes et investissements dans les adolescents dans les zones rurales des Philippines, Howarth E. Bouis, Marilou Palabrica-Costello, Orville Solon, Daniel Westbrook et Azucena B. Limbo combinent l'étude ethnographique et l'analyse de régression pour examiner les facteurs qui déterminent la façon dont les ménages ruraux pauvres répartissent leurs ressources pour l'éducation, la nutrition et la santé entre les adolescents et adolescentes et les autres membres du ménage. Lorsqu'on investit dans l'éducation, la nutrition et la santé des enfants, non seulement on améliore la qualité de leur vie, mais encore leur productivité augmente lorsqu'ils sont à l'école et lorsqu'ils participent à la main d'oeuvre, ce qui profite à la société en général et même aux générations futures. Mais dans les ménages à bas revenu, les parents ne peuvent investir autant qu'ils le voudraient dans le bien-être de leurs enfants, et les circonstances économiques font qu'ils dépendent souvent et de façon substantielle de la contribution des adolescents au bien-être de la famille et les font travailler dans les champs cultivés par la famille et aux corvées journalières du ménage. Leur travail peut produire un supplément de revenu ou donner du temps libre à un adulte qui peut alors gagner un revenu plus important, mais le travail accompli par un adolescent pour le bien-être de la famille occupe une partie de son temps et limite ses possibilités d'acquérir une meilleure éducation.
QUESTIONS DE SEXE L'analyse linguistique de la terminologie de parenté des Philippines montre une absence frappante de différentiation entre les sexes. Par exemple, la langue Tagalog possède un terme général pour enfant (anak), mais pas de terme spécifique pour "fille" ou "fils". Ces caractéristiques linguistiques sont conformes à l'absence de discrimination contre les femmes. De même, les enquêtes de fécondité montrent presque toujours que les Philippins peuvent désirer que leur prochain enfant soit autant une fille qu'un garçon. En fait, quelques études ont indiqué une légère préférence pour une fille parmi les parents philippins. De plus, et conformément à cette absence de discrimination contre les femmes, il se trouve que la famille philippine est bien intégrée dans les familles des parents du mari et de la femme et qu'elle est beaucoup plus égalitaire que ce qu'on trouve dans la plupart des pays voisins dans l'est de l'Asie. L'enquête menée auprès des familles Bukidnon citée dans ce rapport confirme le point de vue selon lequel les hommes et les femmes ont un statut relativement égal dans la répartition des ressources au sein de la famille. Les adolescents philippins ayant participé à l'enquête de ce rapport contribuent beaucoup au bien-être de leurs familles (figure 1). Les garçons et les filles consacrent une quantité à peu près égale d'heures à une combinaison de travaux qui comprend les corvées familiales, les travaux des champs et le travail rémunéré. Cependant, les filles passent à l'école 12 heures de plus que les garçons. Les garçons passent beaucoup plus de temps que les filles aux travaux des champs, que ce soit sur l'exploitation familiale ou à l'extérieur; les parents considèrent ces travaux comme étant plus ardus (heure pour heure) et économiquement plus avantageux pour le bien-être familial que les corvées familiales, celles-ci étant largement réservées aux filles.
EDUCATION La demande des adolescents eux-mêmes pour l'éducation est apparemment un facteur clé qui détermine la quantité d'éducation qu'ils reçoivent. Dans les zones des Philippines couvertes par ce rapport, les filles recevaient un peu plus d'éducation que les garçons (figure 2). Les schémas de socialisation des Philippines mettent l'accent sur des traits de caractère tels que la responsabilité, la patience et le sacrifice, et le système d'éducation officiel attend et encourage ce comportement. De plus, le personnel enseignant est surtout composé de femmes, et dans cet environnement les garçons sont moins à l'aise que les filles. Enfin les filles sont plus motivées pour acquérir une meilleure éducation.
RÉPARTITION DE LA NOURRITURE ET DES SOINS DE SANTÉ Pour les soins de santé, les enfants d'âge pré-scolaire semblent aussi être favorisés. Lorsqu'ils sont malades, ils ont plus de chances de recevoir des soins prodigués par un professionnel. Cependant, le rapport n'a trouvé aucune discrimination basée sur le sexe dans le choix des pourvoyeurs de soins de santé lorsque les membres de la famille tombent malades. Certains faits indiquent que d'autres membres du ménage (adolescents et adultes) peuvent dépenser plus pour l'habillement, les effets personnels et éléments autres que la nourriture et la santé pour compenser le favoritisme dont bénéficient les enfants d'âge pré-scolaire dans les dépenses de nourriture et de santé.
CONCLUSIONS ET IMPLICATIONS POLITIQUES Il ne faut jamais perdre de vue le fait que les ménages ayant participé à l'enquête en vue de cette étude ont un revenu très bas. Par conséquent, la vie des adolescents consiste à travailler très dur, à recevoir une ration insuffisante, être mal soignés, et avoir une éducation écourtée parce que leurs familles n'ont pas les ressources nécessaires pour payer une scolarité plus avancée. Les politiques qui augmentent le revenu des ménages peuvent faire beaucoup pour améliorer le bien-être des adolescents, tant les garçons que les filles. Un revenu familial plus élevé semble suffire pour améliorer le bien-être des adolescents dans les domaines de l'éducation, de la qualité de la nourriture, des soins de santé et de la consommation de biens non alimentaires et peu durables. Cependant, alors que le revenu est un facteur déterminant important, l'éducation semble être fortement influencée par le désir des adolescents eux-mêmes de rester à l'école. Ce désir est en relation positive avec le niveau d'instruction des parents. Il faudra trouver des moyens innovateurs et rentables pour persuader les jeunes adolescents, fils de parents pauvres et sans éducation et vivant dans les zones rurales, de rester à l'école plus longtemps. Les rations alimentaires sont particulièrement pauvres en éléments nutritifs fournis par les aliments autres que les produits vivriers de base et malgré l'absence apparente d'inégalité entre les sexes, ces carences peuvent affecter plus gravement les filles que les garçons. Même si une égalité relative existe entre les sexes, comme c'est le cas pour cette population des Philippines, des programmes de nutrition et de santé s'adressant spécifiquement aux adolescentes pourraient être nécessaires à cause de leurs besoins plus élevés pour la reproduction. Par exemple, les besoins en fer pour les femmes ayant atteint l'âge de la reproduction sont presque le double de ceux des hommes. Même si les quantités de fer ingérées s'améliorent lorsque le revenu du ménage augmente, il faudrait générer des augmentations considérables de revenu (ce qui ne pourra se faire qu'après plusieurs décennies) avant que les besoins en fer puissent être couverts par une augmentation de la consommation d'aliments autres que les produits vivriers de base. L'apport de compléments alimentaires pourrait être la meilleure solution à court terme à ce problème, parce que les aliments riches en fer sont onéreux et l'éducation nutritionnelle ne résoudra pas le problème si les femmes ne peuvent se permettre d'acheter les aliments recommandés pour leur richesse en fer. Les interviews ethnographiques ont révélé une volonté de la part des parents des familles pauvres de faire des sacrifices substantiels pour investir dans l'avenir de leurs enfants par le moyen de l'éducation. Alors que les adolescents (garçons et filles) contribuent de façon significative au bien-être de la famille en se chargeant des corvées familiales et en travaillant dans les champs, les parents indiquaient que les études avaient la priorité sur ces travaux, en laissant les corvées autant que possible pour les fins de semaine et les vacances scolaires. En plus, on s'attendait à ce que les adolescents gardent pour eux-mêmes la plus grande partie du salaire gagné en travaillant. Il en incombe alors au gouvernement et aux agences de développement de trouver un moyen de profiter de la volonté des parents de sacrifier la consommation actuelle pour l'avenir de leurs enfants en identifiant et en exécutant des politiques et des programmes qui procurent un bénéfice élevé pour l'investissement fait dans l'éducation et le bien-être des adolescents. La réussite de ces efforts dépendra, en partie, d'une compréhension bien plus profonde du rôle des adolescents dans l'allocation des ressources familiales dans les pays en voie de développement. Les résultats de ce rapport selon lesquels les deux sexes jouissent d'un statut relativement égal dans la répartition des ressources à l'intérieur de la famille, suggèrent que l'exemple des Philippines peut être utilisé dans les comparaisons entre les pays pour contrer les études de cas où les inégalités entre les sexes sont un facteur déterminant important dans les décisions relatives à l'allocation des ressources familiales. Ces comparaisons pourraient amener à des compréhensions nouvelles. IFPRI holds the copyright to its publications and web pages but encourages duplication of these materials for noncommercial purposes. Proper citation is required. |
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