Pauvreté,sécurité alimentaire des ménages et nutrition dans les zones rurales au PakistanLes corrélations entre les politiques économiques et sociales et l'amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition chez les couches défavorisées de la population ne sont pas souvent bien comprises. Or, chaque jour, les pouvoirs publics se prononcent sur des politiques qui, en définitive, influent sur leur bien-être. La manière dont les ménages accroissent leur revenu, se procurent à manger, améliorent leur santé ou font face à l'insécurité est une préoccupation importante qui mérite d'être examinée afin d'élaborer des politiques destinées à vaincre la pauvreté. Presque toutes les tentatives faites pour étudier ces questions ont emprunté des démarches ponctuelles - celles qui consistent à examiner un aspect à la fois. Ces démarches sont limitées dans la mesure où elles ne révèlent rien ni des mécanismes réels de la pauvreté ou de la sécurité alimentaire ni de leurs conséquences sur la nutrition et la santé. Dans Poverty, Household Food Security, and Nutrition in Rural Pakistan (Pauvreté, sécurité alimentaire des ménages et nutrition dans les zones rurales au Pakistan), Rapport de recherche 96, Harold Alderman et Marito Garcia abordent ces préoccupations en examinant les données longitudinales pour une période de trois ans, 1986-89. En outre, ils analysent les fluctuations des revenus, la consommation, l'épargne, la nutrition chez 800 ménages de 5 districts dans les zones rurales du Pakistan ainsi que la manière dont ces derniers s'y prennent pour avoir accès aux soins de santé (Faisalabad et Attock dans la province du Penjab, Badin dans le Sind, Dir dans le la province de la frontière du Nord-ouest et Mastung/Kalat au Baluchistan). Le présent rapport examine les sources de revenu et la formation des salaires au Pakistan rural et étudie le niveau et la distribution du revenu dans les ménages défavorisés. Il procède à une analyse des dimensions temporelles de la pauvreté et, par conséquent, il vient s'ajouter aux travaux existants sur les stratégies de survie des ménages. Si la période de trois ans que couvre le corpus de données analysé est trop courte pour qu'il modélise intégralement les rouages de la pauvreté, elle n'en est pas moins suffisante pour indiquer la fluidité de l'environnement économique auquel font face les ménages au Pakistan. Le rapport remonte aussi aux sources de l'efficience avec laquelle les revenus des ménages sont convertis en un mieux-être nutritionnel et l'influence d'autres facteurs tels que la santé et l'éducation. Sources De Revenu et Formation Des Salaires Dans Les Zones Rurales Si les ménages examinés étaient tous établis dans les zones rurales, il reste que leurs sources de revenus n'étaient pas strictement agricoles. Les recettes provenant des cultures ont représenté moins de 45% de toutes les recettes, tandis que les salaires non agricoles et les recettes provenant des entreprises personnelles des ménages représentaient 41% de tous les revenus. On a trouvé diverses sources de revenus autres que les denrées alimentaires et l'élevage, notamment, l'artisanat, les tâches villageoises, les moyens de transport publics et diverses activités commerciales. En outre, de nombreux ménages ont reçu d'importants envois de fonds provenant de membres du ménage travaillant dans les grandes villes pakistanaises telles que Karachi ou à l'étranger (au Moyen-orient par exemple). Cette diversité des sources de revenu vaut pour tous les districts étudiés. 14% seulement des ménages sur la totalité de l'échantillon ont gagné moins de 20% du revenu du ménage en se livrant à des activités autres que la culture de denrées alimentaires ou l'élevage. Ces résultats corroborent la conclusion que le développement rural n'est pas tout à fait compatible avec le développement agricole. Toutefois, ils n'invalident en rien les conclusions d'autres études qui indiquent que le développement agricole influe lourdement sur la demande de services et la production non agricole. Certes, le revenu rural non agricole est souvent dérivé de l'emploi indépendant dans le secteur des affaires et dans les activités relatives à la production d'intrants ou à la transformation de la production agricole. Néanmoins, les stratégies de développement rural doivent faire intervenir une gamme de politiques allant au-delà du développement de l'agriculture en tant que tel. Ces stratégies doivent inclure la promotion de l'éducation et le développement de l'infrastructure ainsi que l'élargissement de la distribution du crédit aux entreprises rurales non agricoles. D'aucuns soutiennent parfois que l'évolution technologique et la fragmentation des exploitations agricoles ont multiplié le nombre de ménages qui vivent du travail agricole salarié; toutefois, on trouve bien peu d'indices à l'appui de cette affirmation dans l'enquête de l'IFPRI comme dans des enquêtes plus représentatives à l'échelle nationale. En outre, les salaires de la main d'oeuvre agricole au Pakistan sont similaires à ceux que reçoivent les ouvriers urbains non qualifiés et plus élevés que ceux de la plupart des autres pays d'Asie et d'Afrique (Figure 1). Ainsi, l'ouvrier agricole salarié moyen de l'échantillon de l'IFPRI pouvait acheter de 11 à 17 kilogrammes de blé après une journée de travail tandis que les ouvriers non qualifiés du bâtiment de Karachi ou de Lahore pouvaient acheter entre 15 et 18 kilogrammes de farine avec leurs traitements. En règle générale, la nourriture est relativement bon marché sur toute l'année au Pakistan. Ceci est dû aux subventions massives et aux politiques de stabilisation poursuivies par le gouvernement. A la marge, il y a très peu de possibilité d'accroître davantage la consommation de céréales au moyen de ces politiques. Inegalite De Revenus et Pauvrete Dans Les Zones Rurales L'inégalité entre les revenus était légèrement grande dans les zones rurales. On est arrivé à un coefficient de Gini global (critère de mesure de l'inégalité entre les revenus) de 0,40 pour les populations examinées dans le présent rapport. Une décomposition du coefficient de Gini indique que sur les 5 sources de revenus-agriculture, secteur non agricole, élevage, loyer et transferts-le revenu provenant de l'agriculture contribue le plus à l'inégalité globale entre le revenus. En revanche, l'élevage et les sources de revenu non agricoles contribuent à diminuer l'inégalité entre les revenus. Il ressort de ces résultats que les politiques destinées à promouvoir le développement de l'élevage et à attirer les investissements non agricoles dans les zones rurales encourageront probablement une meilleure répartition du revenu au Pakistan. Cette riche série de données permet aux auteurs d'avancer neuf définitions différentes de la pauvreté-notamment, les dépenses par tête, le revenu par tête, le revenu par habitant plus les transferts, les dépenses par équivalence adulte, les dépenses alimentaires par tête, la consommation de calories par tête, le revenu par tête prédit, les sans-terre et la part de la nourriture dans les dépenses totales. L'analyse de ces divers indicateurs montre que la définition de la pauvreté qui s'appuie sur une seule de ses dimensions comporte d'énormes écueils. Les observations répétées des ménages examinés dans le cadre de ces travaux de recherche (12 visites en trois ans) montrent clairement qu'il est difficile de déterminer sans l'ombre d'une ambigüité quels sont les ménages les plus défavorisés d'une communauté: certains ménages sombrent dans la pauvreté et en ressortent au fil du temps; certains sont exclus lorsqu'on se sert d'un indicateur mais ils sont inclus lorsqu'on se sert d'un autre. Ceci implique qu'au lieu d'essayer de déterminer les niveaux de pauvreté des différentes couches de la population, il faudrait peut-être identifier les caractéristiques des pauvres-en étudiant les corrélats statistiques que comporte le fait d'être pauvre, par exemple-afin de concevoir des programmes qui tiennent compte de ces difficultés. Les Fluctuations Des Revenus et Les Strategies De Survie Des Menages Les variations de revenus, même sur la période relativement brève de trois ans, ont été considérables. Elles sont notamment le fait des conditions climatiques, de la maladie et de la diminution des envois de fonds en provenance de l'étranger. Dans le rapport, une faible proportion de cette variation s'explique par les variables de chaque district et une part encore plus grande par les variables au niveau des villages. Les risques de consommation dans ces ménages n'ont été que partiellement atténués par un partage entre les réseaux familiaux. Les risques liés aux revenus ont aussi été réduits par la diversification des sources de revenu. Les ménages des zones rurales au Pakistan, à l'évidence, se servent des marchés de l'épargne et du crédit afin de stabiliser la consommation. Ainsi, si les revenus sont saisonniers, il n'y a aucun mode de consommation alimentaire saisonnier qui soit significatif du point de vue statistique dans aucun des districts de l'échantillon. Les ménages épargnent aussi ou puisent dans leurs économies étant donné que leur revenu annuel est sujet à des fluctuations temporaires. En moyenne, 70% d'une augmentation consécutive à un profit d'aubaine sont épargnés. De même, face à une baisse temporaire de revenus, les ménages empruntent ou réduisent leurs avoirs afin de couvrir environ 70% de la perte de revenus. Même les ménages à faible revenu réussissent à épargner la moitié du produit de leurs hausses de revenu temporaires même s'ils n'épargnent que 10% du revenu global. Pour l'essentiel, les fonds envoyés sont épargnés; les ménages placent la moitié des envois de fonds marginaux provenant de l'étranger dans une épargne financière (réduction de la dette, obligations, et comptes bancaires) et un pourcentage supplémentaire de 30% est placé dans les biens physiques. Securite Alimentaire Des Menages Durant la période de trois ans, l'offre de calories des ménages de l'échantillon était légèrement forte-2.400 calories par personne par jour, en moyenne-contre les ménages de nombre de régions d'Asie du sud. On n'a détecté aucune différence saisonnière dans les quantités de calories consommées, bien que la composition des céréales consommées dans une région ait varié en fonction des saisons. En règle générale, pour faire face aux baisses saisonnières, les ménages utilisaient leur épargne, notamment les céréales stockées. Ils ont opté pour l'utilisation du crédit provenant de sources informelles-telles que les parents et les amis-afin de main-tenir un niveau de consommation assez constant. Dans ces ménages, les effets des fluctuations de la production agricole sont atténués par la grande diversité des sources de revenu. Dans le rapport, les élasticités du revenu par rapport aux calories vont de 0,12 à 0,39, en moyenne, et de 0,14 à 0,46 pour les ménages situés dans le quintile des ménages disposant du revenu le plus faible. Cependant, les élasticités des dépenses alimentaires correspondent environ à 1,5-2,0 fois les élasticités en termes de calories, ce qui signifie que les ménages choisiront probablement un régime plus riche et plus diversifié, de préférence à la quantité, à mesure que leur revenu augmente. Les résultats indiquent que la sous-consommation disparaîtra pendant le cours normal de la croissance économique. Il ressort du présent rapport que, dans ces ménages, il faudrait un accroissement des revenus de 30% pour que l'absorption calorique augmente de 10%. Pour parvenir à la sécurité alimentaire, la progression des revenus doit être accompagnée d'autres politiques concomitantes. L'amélioration de l'éducation, en particulier l'éducation des femmes, se révèle un facteur déterminant d'une importance cruciale. Un ménage disposant du même niveau de revenu mais comprenant des femmes adultes relativement instruites consomme environ 150 calories par personne par jour de plus que des ménages similaires dont les femmes n'ont pas le même niveau d'instruction. Traduction Des Revenus et De La Securite Alimentaire En Nutrition Amelioree En dépit du niveau relativement élevé de la disponibilité en calories au Pakistan, la proportion d'enfants malnourris (indiquée par la prévalence de déficience pondérale) est restée forte-plus de 40% dans la zone couverte par la présente étude (Figure 2). Les résultats publiés dans le présent rapport indiquent que la conversion des revenus en quantités accrues de calories et par conséquent en croissance est entravée par les effets négatifs des infections chez ces enfants. La prévalence de la maladie et de la diarrhée est particulièrement élevée. C'est dire que le principal message qui s'en dégage est que l'interaction entre le régime alimentaire et l'infection revêt un importance particulièrement cruciale dans un environnement où la maladie est généralisée. La modélisation de l'état nutritionnel effectuée dans le présent rapport indique que les services communautaires dont le rôle est crucial-notamment les services de soins de santé primaires, les systèmes d'assainissement, d'hydraulique villageoise et de drainage public-sont nécessaires pour contenir la propagation de maladies infectieuses (Figure 3). Les programmes de santé publique qui réduisent les incidences de maladies tels que l'immunisation ou ceux qui encouragent les soins prénataux, sont des instruments importants qui influencent la nutrition. Toutefois, la simple présence physique de ces services au sein d'une communauté ne suffit pas: la qualité des services est tout aussi importante. Dans le présent rapport, il apparaît qu'il existe une corrélation étroite entre l'éducation, en particulier celle des femmes, et une meilleure nutrition chez les enfants. En réalité, l'impact de l'éducation est beaucoup plus fort que celui de l'accroissemnt des revenus. Le fait de donner aux femmes une éducation, fût-elle au moins du niveau de l'enseignement primaire, se révélera probablement près de trois fois plus efficace que d'accroître les revenus des ménages de 10%. Les implications en termes d'élaboration des politiques sont claires. Pour réduire la
malnutrition dans le pays, l'amélioration de l'offre de nourriture par tête et le
renforcement de la sécurité alimentaire doivent aller de pair avec une réduction
systématique de la prévalence de maladies infectieuses, en particulier pour la
population d'enfants d'âge pré-scolaire. On peut y arriver en augmentant les
investissements publics dans les secteurs de la santé et de l'éducation.
Prière de m'envoyer un exemplaire de Poverty, Household Food Security, and Nutrition in Rural Pakistan, par Harold Alderman et Marito Garcia. IFPRI holds the copyright to its publications and web pages but encourages duplication of these materials for noncommercial purposes. Proper citation is required. |