Resume IFPRI: Rapport de recherche no 97
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Rapport de recherche no 97
(traduit de l'Anglais)

Ousmane Badiane, Sambouh Kinteh
Mai 1994
list of abstracts

Pessimisme et dimension régionale dans le commerce extérieur des pays africains: le cas des exportateurs d'arachides

Les exportations de produits agricoles, qui sont traditionnellement l'épine dorsale des économies africaines, se sont affaiblies depuis les années 70, ce qui a suscité un certain pessimisme chez les décideurs quant aux perspectives du développement à long terme des marchés d'exportation. De cet fait, les politiques visant à encourager les échanges commerciaux entre pays africains se sont multipliées. Dans Trade Pessimism and Regionalism in African Countries: The Case of Groundnut Exporters (Pessimisme et dimension régionale dans le commerce extérieur des pays africains: le cas des exportateurs d'arachides), Rapport de Recherche No 97, Ousmane Badiane et Sambouh Kinteh examinent le commerce de l'arachide et ses effets sur la production et la commercialisation dans les pays membres du Conseil africain de l'arachide (CAA): Gambie, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal et Soudan. Ils étudient les faits connexes qui sont survenus sur les marchés internationaux d'huiles végétales et les possibilités qu'ont les marchés régionaux de contribuer à la remise en état du secteur de l'arachide dans les pays membres du CAA.

Jusqu'au milieu des années 70, la contribution du secteur de l'arachide au produit intérieur brut des pays membres du CAA a été de 15 à 40%. à l'exception du Nigéria et du Soudan, les exportations d'arachide ont fourni 40 à 90% des recettes d'exportation pendant les années 60 et le début des années 70. La part de la main d'oeuvre rurale employée dans le secteur de l'arachide a varié de 30 à 80% des les pays membres du CAA autres que le Nigéria. De 1961 à 1965, la production d'arachide des pays membres du CAA représentait 23% de la production mondiale et leur part dans les exportations mondiales d'huile d'arachide était de 62%, les deux principaux exportateurs, le Nigéria et le Sénégal représentant 26 et 23% des exportations mondiales, respectivement.

L'evolution du Role Des Arachides

Pris dans leur ensemble, les pays membres du CAA sont encore de grands exportateurs mais le rôle de l'arachide dans les marchés internationaux change a changé considérablement, au même titre que son rôle dans l'économie de chacun des pays membres. Cette évolution s'est traduite par un recul annuel moyen de la production arachidière de l'ensemble des pays membres du CAA de 3% pendant toute la période couverte par l'étude, soit de 1961 à 1987. Les exportations globales d'arachides non décortiquées on chuté de 10%, celles des arachides décortiquées de 15% et celles d'huile d'arachide de 4% annuellement.

Des facteurs négatifs survenus sur les marchés internationaux de produits oléagineux tels que le tassement de la demande et le glissement des prix sur les marchés mondiaux constituent les raisons les plus communément avancées pour expliquer les problèmes dont souffre le secteur arachidier dans les pays membres du CAA. Face à ce péssimisme de plus en plus accentué, les pays membres ont adopté le Plan d'action de Banjul pour l'arachide, une série de recommandations publiées à l'issue d'une réunion des responsables du CAA, tenue à Banjul en Gambie en juin 1984. Ce plan d'action met fortement l'accent sur la promotion du commerce intra-africain et sur la reconquête des marchés d'importation régionaux en tant que composante majeure d'une stratégie de remise en état du secteur arachidier.

Pour ce qui est de la production mondiale des oléagineux, l'évolution la plus spectaculaire s'est produite dans les secteurs de l'huile de palme, des fèves de soja et du tournesol où les taux de croissance annuels ont été de 4 à 5%. Toutefois, la production mondiale d'arachide n'a augmenté que d'un peu plus de 1%. L'expansion de la production arachidière a varié sensiblement d'une région à l'autre, l'augmentation la plus forte s'étant produite dans trois pays seulement-Chine, Inde, et États-Unis. En revanche, la production arachidière a reculé dans tous les pays membres du CAA, à l'excetion du Soudan, tandis que la production de cultures concurrentes telles que le coton-fibre et le sésame s'est accrue à des taux de deux unités dans certains pays membres.

Pour ce qui est du commerce mondial, il s'est produit deux types de changement différents. Pour les oléagineux dans leur ensemble, les exportations de soja, de tournesol et des produits du palmier se sont accrues sensiblement dans toutes les catégories (semences et fruits, huiles et tourteaux). Pour des produits de base pris individuellement, la tendance générale était à l'exportation de petites quantités de semences et davantage d'huiles et de tourteaux. Ceci a déplacé le fardeau de la concurrence de la production à la ferme aux secteurs de transformation. Cette évolution a inévitablement eu une incidence sur l'importance des différents oléagineux et par conséquent, des différents exportateurs sur les marchés mondiaux. La part des produits de l'arachide dans le commerce mondial des oléagineux a baissé et l'importance des pays membres du CAA dans le commerce mondial recule progressivement (Figure 1). La part des pays du CAA dans les exportations mondiales des produits de l'arachide a chuté, passant de 62% à 20%. Dans le même temps, la part de marché combinée des exportations d'Asie et d'Amérique du sud s'est accrue d'environ 400%, passant d'un peu plus de 10% en 1961-65 à 50% des exportations mondiales en 1986-88.

Facteurs De Politique Interieure

Contrairement à l'argument selon lequel la demande extérieure a été freinée, il ressort du présent rapport que les politiques intérieures, plus que les changements survenus sur les marchés ont contribué aux résultats des exportations. Pour analyser le rôle des facteurs de politique intérieure dans le recul de la production et des exportations d'arachide dans les pays membres du CAA, le présent rapport utilise les données recueillies en Gambie, au Sénégal et au Soudan-pays membres du CAA qui exportent régulièrement des arachides. Les estimations du rapport font apparaître que les effets directs et indirects des politiques des pays sur les incitations accordées au secteur de l'arachide; il calcule les effets sur la production et les exportations d'arachides de chaque pays pris séparément ainsi que pour les pays membres du CAA dans leur ensemble et compare les changements survenus au cours des trois dernières décennies.

Les effets combinés des politiques intérieures se sont traduites par une lourde imposition du secteur de l'arachide (Figure 2). Les effets des prix et des incitations directes induits par les politiques de production et de commercialisation ont été limités mais positifs pendant une bonne partie des années 60. Toutefois, leur incidence s'est nettement accrue vers la fin des années 60 et pendant les années 70, surtout au Sénégal et en Gambie où les offices publics de commercialisation ont remplacé les négociants privés. Vers la fin des années 80, la fiscalité directe s'est davantage accrue en Gambie, tandis que le Sénégal s'est joint au Soudan pour protéger les secteurs intérieurs et accroître les prix à la production pour les porter sensiblement au-delà des niveaux pratiqués à la frontière, d'où les subventions en faveur des exportations.

En revanche, les politiques macroéconomiques globales et les régimes commerciaux-les effets indirects -avaient eu un impact négatif sur les secteurs arachidiers des pays membres du CAA en augmentant les taux de change réels pour les porter bien au-delà leurs niveaux d'équilibre. Pendant toute cette période, le niveau du déséquilibre de taux de change réel enregistré dans ces trois pays va de 20 à 45%. Même pendant les années 60, la taxation implicite résultant de la surévaluation des taux de chance à l'exportation n'a eu de cesse de dépasser les effets positifs des politiques sectorielles, ce qui s'est traduit par des niveaux d'imposition nets de 10 à 20% dans ces trois pays et par le recul de la production et des exportations d'arachides, en particulier au Sénégal et en Gambie.

Aux prix à l'exportation pratiqués actuellement, la réduction des quantités exportées s'est traduite par des pertes de recettes d'exportations de 20 à 70% en moyenne pour le Sénégal et la Gambie. S'agissant du Soudan, les pertes allaient de 10 à 20%. Traduites en termes de variations des exportations globales d'arachides par les pays membres du CAA, ces pertes correspondent à une baisse de la quantité des exportations de 31% et de 54% des recettes d'exportation (Figure 3).

Role Potentiel Des Marches Regionaux

Afin de déterminer avec précision le rôle que pourraient jouer les marchés régionaux dans l'évolution future des exportations des pays membres du CAA, le présent rapport analyse les perspectives de la demande pour les marchés mondiaux des oléagineux. Si l'Europe constitue encore le marché d'importation le plus important pour les oléagineux, la part des importations allant de 50 à 90% pour la plupart des produits, la demande européenne se déplace sensiblement vers d'autres oléagineux et au détriment de l'arachide. Toutefois, les importations de produits de l'arachide enregistrent une forte expansion sur les marchés traditionnellement moins importants d'Afrique et d'Asie (pour l'huile d'arachide) et d'Amérique latine (pour les arachides non transformées). La consommation d'huile végétale dans ces pays est encore relativement faible (moins de 10 kilogrammes par tête, contre plus de 20 kilogrammes par tête dans les pays industrialisés), ce qui laisse une marge en vue d'une expansion de la demande à l'avenir (Figure 4). En fait, en 1972-85, la consommation par habitant des huiles et des graisses dans les pays en développement s'est accrue d'environ 30%, contre 5% dans les pays développés. La demande devrait aussi s'accroître sensiblement dans les économies qui, autrefois, n'étaient pas des économies de marché.

Afin de déterminer le potentiel des marchés régionaux de contribuer aux exportations d'arachides des pays membres du CAA, le rapport examine la question de savoir si ces derniers ont pu tirer parti de la proximité des marchés ouest-africains et examine les forces qui animent la demande d'importations régionales d'huiles végétales. Il conclut que les exportations des pays membres du CAA vers les marchés régionaux ont reculé plus rapidement (ou se sont accrues plus lentement) que les exportations originaires de pays non membres du CAA destinées à ces mêmes marchés. Par exemple, la part de l'Afrique de l'ouest dans les exportations du principal exportateur du CAA, le Sénégal, était de 3% seulement, encore que la demande sur ces marchés se soit accrue deux fois et demi plus vite que la demande sur les marchés mondiaux.

L'analyse de la demande d'importations régionales, basée sur les importations d'arachides, d'huile de palme et de soja par la Côte d'Ivoire et le Nigéria porte essentiellement sur l'importance de la compétitivité des prix en vue de la reconquête des marchés régionaux d'oléagineux et sur le potentiel de croissance à l'avenir, à mesure que les économies d'Afrique de l'ouest se relèvent de la stagnation économique des années 80. Le rapport conclut que les importations régionales de produits oléagineux pris individuellement sont très sensibles aux variations de prix à l'importation et des niveaux de revenu. D'après les estimations, l'élasticité par rapport aux revenu est élevée pour tous les trois oléagineux, ce qui indique une augmentation rapide de la demande régionale d'importations au fur et à mesure que les économies de la région s'accroissent. En revanche, l'élasticité des prix fait apparaître d'importantes différences d'un oléagineux à l'autre. Les importations d'huile de palme et dans une moindre mesure, de l'huile de soja réagissent davantage aux variations de prix que celles d'huile d'arachide, ce qui montre que les exportateurs d'arachide fe-ront face à une concurrence accrue sur les marchés régionaux si les pays producteurs d'huile de palme et de soja maintiennent ou accroissent leurs avantages technologiques.

Conclusions Sur Le Plan Des Politiques

Même dans un contexte de stagnation des importations, il ressort du présent rapport que les pays membres du CAA pourraient augmenter tant la quantité que la valeur de leurs exportations destinées aux marchés régionaux ainsi que leurs parts de marché en réduisant leurs coûts intérieurs de production et de distribution. La croissance attendue de la demande d'oléagineux sur les marchés régionaux, la réaction brusque de la demande d'importations d'arachides aux variations de prix et de revenu ainsi que l'élasticité relativement forte de la demande par rapport aux dépenses pour les arachides en provenance des pays membres du CAA sont autant de facteurs qui font apparaître que les marchés régionaux pourraient, en effet, jouer un rôle important dans l'évolution des exportations des pays membres du CAA à l'avenir. Toutefois, en élaborant les stratégies en vue de relancer leurs secteurs arachidiers, les pays membres du CAA ne devraient pas rechercher des solutions de rechange aux marchés d'exportation traditionnels en se tournant vers les marchés régionaux. Afin de profiter des marchés régionaux, les pays membres du CAA devront réduire les coûts de production, de commercialisation et d'autres activités liées à l'exportation pour contenir la concurrence provenant des exportateurs non membres du CAA. C'est exactement ce qu'ils devront faire afin d'améliorer leur compétitivité et de reconquérir leur part des marchés d'exportations traditionnels. Si les pays membres du CAA accordent davantage d'attention au cadre dans lequel s'inscrivent leurs politiques intérieures et à leurs implications pour les prix et les incitations au secteur arachidier, ils doivent pouvoir tirer parti de la demande d'exportation sur les marchés d'exportation tant régionaux que traditionnels.

Prière de me faire parvenir un exemplaire de Trade Pessimism and Regionalism in African Countries: The Case of Groundnut Exporters, par Ousmane Badiane et Sambouh Kinteh.


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