IFPRI Newsletter: IFPRI Report, Volume 18 Numéro 3 Octobre 1996
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IFPRI Report

Nouvelles de l'IFPRI

Volume 18, Numéro 3
Octobre 1996

Perspectives de la recherche:
les symposiums de l'IFPRI à Johannesburg se sont axés sur la sécurité alimentaire et la Vison pour 2020 en Afrique australe

"En Afrique australe, quarante millions d'habitants, soit l'équivalent de la population de l'Afrique du Sud, connaissent la faim", affirme Thoko Didiza, ministre adjoint de l'Agriculture et des Affaires foncières de l'Afrique du Sud, ajoutant : "Il n'est pas toujours facile de penser en termes régionaux, mais le moment est venu pour que nous trouvions un équilibre entre le régionalisme et le nationalisme, afin de pouvoir résoudre nos problèmes". Mme Didiza a ouvert l'un des deux symposiums de l'IFPRI qui se sont tenus à Johannesburg, du 22 au 24 juin, et auxquels ont participé quelque 40 décideurs et chercheurs venus de dix pays d'Afrique australe.

Lors du premier symposium sur les solutions potentielles à l'insécurité alimentaire en Afrique australe, les débats ont porté sur plusieurs thèmes : réforme macro-économique et intégration régionale, agriculture et petits exploitants, ressources en eau, problèmes de la pauvreté et infrastructure. Les participants ont relevé que les ressources d'approvisionnement en eau varient sensiblement dans les pays d'Afrique australe. Etant donné la concurrence croissante, ont-ils convenu, entre les différents utilisateurs d'eau et des ressources humaines et financières restreintes, il y a lieu d'élaborer des plans de gestion des utilisateurs et de répartition du marché afin d'introduire des incitations encourageant une utilisation économique. Ils ont également relevé que la "sécurité en eau" à l'échelon familial, communautaire, national et régional est indispensable pour réduire la malnutrition et pour appuyer le développement économique.

Les participants du symposium qui s'est tenu du 23 au 24 juin, comptaient le ministre de l'Agriculture de la Namibie, Nangolo Mbumba et le ministre de l'Agriculture et des Affaires Foncières de l'Afrique du Sud, Derek Hanekom. Dans son discours de clôture du symposium, ce dernier a pris pour point de mire la mouvance du rôle de l'agriculture et les questions foncières en Afrique du Sud, notant que l'Afrique du Sud est passée d'une politique d'auto-suffisance, extrêmement favorable aux producteurs mais défavorable aux consommateurs, à une démarche préconisant la sécurité alimentaire des ménages, une plus étroite subordination aux forces du marché, un accès accru aux services d'appui agricole pour les petites agriculteurs et les groupements de producteurs antérieurement défavorisés et des pratiques agricoles plus viables du point de vue de l'environnement.

L'IFPRI a co-parrainé le symposium avec le département national de l'Agriculture, le Centre des politiques foncières et agricoles sud-africains, et la Banque de développement de l'Afrique australe.

Lors de son allocution au cours du symposium du 22 juin sur la Vision pour 2020 pour l'alimentation, l'agriculture et l'environnement, M. Per Pinstrup-Andersen, directeur général de l'IFPRI, relevait le caractère prometteur des récentes réformes, adoptées dans plusieurs pays d'Afrique australe, pour la sécurité alimentaire des vingt-cinq prochaines années dans la région, mais que l'immobilisme dans plusieurs domaines essentiels provoquerait pour de nombreux habitants de l'Afrique australe une recrudescence de la faim, de la pauvreté et de la destruction environnementale.

"Il convient que les investissements soient axés sur les pauvres, l'agriculture, les ressources naturelles et l'infrastructure", précisait M. Pinstrup-Andersen, "l'Afrique australe peut réaliser la Vision pour 2020, nourrir ses habitants tout en protégeant l'environnement, mais nous n'avons plus beaucoup de temps. Cette sombre réalité peut se transformer en avenir plus serein si l'Afrique du Sud et la communauté internationale agissent, ensemble et ce, dès aujourd'hui".

Dans son discours, Victoria Sekitoleko, représentante pour l'Afrique australe et orientale de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), soulignait la nécessité d'une démarche consultative, regroupant des experts locaux, des organisations non gouvernementales, le secteur privé, les autorités publiques et les organisations régionales. Il conviendrait que ces parties, s'appuyant chacune sur ses connaissances spécialisées, s'attachent à trouver ensemble des solutions aux problèmes alimentaires de la région.

Les participants du symposium de la Vision pour 2020, auquel assistaient les collaborateurs de l'IFPRI, ainsi que des décideurs de nombreux pays (Botswana, Malawi, Lesotho, Madagascar, Mozambique, Namibie, Afrique du Sud, Swaziland, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) ont débattu de la nécessité d'étudier les politiques conjoncturelles permettant de dégager des solutions de long terme.

Commentaire : La Science Moderne Au Service De La Sécurité Alimentaire

La science moderne offre à l'homme des moyens efficaces pour assurer la sécurité alimentaire de tous. En quelques décennies, grâce à des connaissances amplifiées et à des technologies améliorées en matière alimentaire et agricole, , la science moderne a permis des progrès étonnants de l'alimentation, dans le monde. La disponibilité alimentaire par personne a augmenté de près de 20 pour cent depuis le début des années 60. En vingt-cinq ans, 150 millions de personnes sont sorties des rangs des populations souffrant de la faim, et dans les pays en développement, 1,5 milliard de plus sont aujourd'hui nourries. L'application de la science moderne par le biais de la recherche agricole a transformé la production alimentaire des pays industrialisés, et dans une moindre mesure, des pays en développement.

Toutefois, la faim perdure au seuil du vingt-et-unième siècle. Huit cent millions de personnes ne savent ni quand, ni comment, elles obtiendront leur prochain repas complet, et 185 millions enfants d'âge préscolaire souffrent d'un ralentissement de leur développement mental et physique pour cause de malnutrition. Cette situation est intolérable, surtout puisque les ressources existent pour remplir les besoins de tous les habitants du monde. Chaque homme, chaque femme et chaque enfant a le droit d'avoir accès à une alimentation suffisante pour mener une vie productive et salubre, que ce droit soit consacré, ou pas, par des documents officiels. Pour produire suffisamment d'aliments afin de satisfaire des besoins alimentaires qui augmentent et fluctuent en constance, pour tirer efficacement parti des sols d'ores et déjà cultivés, pour mieux gérer nos ressources naturelles et pour que ceux qui ont faim soient davantage en mesure de cultiver ou d'acheter les aliments nécessaires, il nous faut mettre en oeuvre tous les moyens de la science moderne.

La biotechnologie agricole constitue l'un des développements les plus prometteurs de la science moderne. Employée de concert avec des méthodes traditionnelles ou conventionnelles de création de nouvelles variétés, elle est à même d'amplifier les rendements ou la productivité agricole, d'accentuer la résistance phytosanitaire, d'accroître la tolérance aux conditions climatiques difficiles, d'améliorer la valeur nutritionnelle de certains aliments et de valoriser la durabilité des produits au cours de leur récolte ou de leur expédition. Pourtant, la recherche en biotechnologie agricole est restreinte, aussi bien dans les pays en développement que celle qui leur est destinée. Elle se déroule principalement dans des entreprises privées, des pays industrialisés, elle est axée sur les plantes et les animaux produits sous les climats tempérés, et elle est destinée à remplir les besoins des agriculteurs et des consommateurs des pays industrialisés. Les pays en développement, à faible revenu, doivent restreindre leur recherche en biotechnologie agricole en raison de fonds publics et privés limités et du manque de personnel formé à cet effet. Toutefois, ils peuvent modérer ces contraintes en offrant des incitations au secteur privé pour l'engager à entreprendre cette recherche, en collaborant avec des programmes internationaux de recherche et en pressentant des partenaires publics ou privés dans les pays industrialisés. Il est essentiel que la recherche en biotechnologie entreprise concorde avec les besoins des agriculteurs des pays en développement et avec les conditions rencontrées dans ces pays, et que ses avantages y soient transmis aux petits exploitants et aux consommateurs, à un coût abordable. Dans la négative, les pays en développement ne seront pas en mesure de tirer parti de ses retombées et seront en outre gravement lésés lorsque des versions synthétiques de leurs produits seront élaborées, dans les pays industrialisés, comme ce fut le cas pour le cacao et la vanille.

Toutefois, il existe une contrainte plus fondamentale entravant l'utilisation de la biotechnologie agricole dans, et pour, les pays en développement : l'attitude des non pauvres face au risque, aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Parmi ceux dont les enfants ne meurent pas de faim, une réticence marquée apparaît, contre la biotechnologie agricole car elle constituerait, dit-on, de nouveaux risques écologiques importants, ce qui aurait des conséquences socio-économiques inacceptables. Alors qu'aucune catastrophe écologique n'a encore eu lieu, certains craignent que les cultures transgéniques ne produisent des adventices problématiques ou ne menacent la diversité génétiques des cultures. A l'évidence, tout nouveau produit qui comporte ce type de risques doit être soigneusement évalué avant d'être diffusé pour sa mise au point commerciale. Mais il conviendrait de ne pas oublier qu'en relevant la productivité et la production agricole, la biotechnologie agricole restreindra la culture de nouvelles terres et pourrait ainsi appuyer la protection de la biodiversité et des écosystèmes fragiles. Il conviendrait d'encourager les pays en développement à adopter des réglementations qui permettent un degré rationnel de biosécurité, sans toutefois nuire au transfert de nouveaux produits sur le terrain.

En ce qui concerne les conséquences socio-économiques de la biotechnologie, certains s'inquiètent de ce que les grands exploitants agricoles, aux revenus plus élevés, ne soient favorisés en ayant accès précocement à la biotechnologie agricole et qu'ils n'en tirent ainsi des avantages plus importants. Ces préoccupations sont étrangement analogues à celles soulevées pour la révolution verte. Quels que soient les défauts, réels ou présumés, de la révolution verte, elle a paré à la famine généralisée et a permis à des millions de personnes d'échapper à la faim, une fois pour toutes. En multipliant les institutions et les politiques destinées spécifiquement aux pauvres, un plus grand nombre d'entre eux pourraient en tirer parti. De la même manière, la biotechnologie agricole peut permettre de sustenter davantage d'hommes et de femmes, de façon durable. L'on peut rendre les nouvelles technologies accessibles aux petits exploitants par des politiques idoines. Plutôt que de rejeter les solutions qu'offre la science, il conviendrait que nous changions les règles pour garantir aux pauvres le bénéfice de ses solutions.

La communauté mondiale doit rester axée sur un but : garantir la sécurité alimentaire pour tous. Il est insensé et immorale de condamner la biotechnologie en raison de ses risques éventuels, sans tenir compte de celui d'une amplification des souffrances humaines qu'entraînent la faim, la malnutrition et la mortalité juvénile. Dans un monde où l'inaction entraîne la mort de milliers d'enfants, nous ne pouvons nous permettre de traiter, en philosophes ou en élitistes, une éventuelle solution fragmentaire, y compris la biotechnologie agricole. La science moderne ne garantira pas, en soi, des aliments pour tous, mais sans elle, le but de la sécurité alimentaire pour tous ne pourra se réaliser.

Per Pinstrup-Andersen et Rajul Pandya-Lorch

Per Pinstrup Andersen est le directeur général de l'IFPRI et Rajul Pandya-Lorch est assistant spécial du directeur.

Publications Récentes

Aide à la recherche agricole internationale : un atout pour les pauvres et les agriculteurs américains

Depuis plus de vingt ans, les Etats-Unis contribuent sensiblement aux travaux du groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), dont la recherche a véritablement permis de réduire la faim et la pauvreté dans les pays en développement. De nouvelles conclusions révèlent aujourd'hui qu'en outre d'une augmentation de la production alimentaire dans le monde en développement, la recherche relative à l'amélioration des cultures réalisée par le CGIAR apporte des avantages économiques sensibles aux agriculteurs et aux consommateurs américains.

Hidden Harvest : U.S. Benefits from International Research Aid (Moisson invisible : les avantages pour les Etats-Unis de l'aide à la recherche internationale), un rapport de Philip G. Pardey, Julian M. Alston, Jason E. Christian et Shenggen Fan, prend les exemples du blé et du riz pour illustrer les retombées positives de la recherche internationale pour d'importantes cultures vivrières. Cette étude compare les investissements réalisés par l'Agence des Etats-Unis pour le développement international dans le Centre international pour l'amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) du CGIAR et l'Institut international de recherches sur le riz (IRRI), et les contributions de ces derniers à la production agricole américaine.

La recherche du CIMMYT et de l'IRRI relative à l'amélioration des cultures a permis l'élaboration de plantes offrant de nombreux avantages, notamment de meilleurs rendements, une résistance aux parasites et aux maladies, et des céréales de meilleure qualité. Les variétés dont les antécédents remontent au CIMMYT et à l'IRRI ont été largement adoptées par les agriculteurs américains. Dès le début des années 90, les variétés provenant du CIMMYT représentent près d'un cinquième de la superficie totale du blé, aux Etats-Unis. En 1993, en Californie, la quasi-totalité de la superficie du blé de printemps provenait de variétés produites par le CIMMYT ou de variétés génitrices produites par le CIMMYT. La même année, les variétés remontant au CIMMYT représentent près de 9% de la superficie cultivée des Etats des grandes plaines du nord des Etats-Unis. Les variétés de blé d'hiver du CGIAR ont également eu une influence considérable sur les cultures produites dans les Etats des plaines centrales et australes.

En 1993, aux Etats-Unis, les variétés remontant à l'IRRI représentent près de 73% de la superficie totale du riz cultivé. Nombre de ces nouvelles variétés se sont développées lorsque les germoplasmes produits l'IRRI se sont frayé une place dans les variétés génésiques locales. Les variétés de riz de l'IRRI ont principalement servi de souche dans le développement de variétés de riz semi-nain à grains moyens et longs, en Californie et dans les Etats du delta du Mississipi.

L'équipe chargée de l'étude a calculé les avantages économiques découlant des variétés du CIMMYT et de l'IRRI pour les comparer à leurs coûts : l'économie américaine a réalisé entre 3,4 et 13,7 milliards de dollars, de 1970 à 1993, par l'utilisation de variétés améliorées de blé, élaborées par le CIMMYT. Puisque les subventions accordées par l'Etat américain aux recherches du CIMMYT sur l'amélioration du blé, depuis 1960, se montent à moins de 71 millions de dollars, le rapport coûts-avantages de l'appui de l'Etat américain au CIMMYT va jusqu'à 190:1

Pendant ces mêmes vingt-trois ans, l'économie américaine a réalisé près de 30 millions de dollars au minimum et 1 milliard au maximum grâce à l'utilisation de variétés améliorées de riz, produites par l'IRRI. Le total des subventions de l'Etat américain pour l'IRRI se monte à quelque 63 millions de dollars, d'où un rapport coûts-avantages allant jusqu'à 17:1, en ce qui concerne les contributions de l'Etat américain à l'IRRI.

En dehors des progrès agricoles réalisés, et l'étude le souligne, l'investissement dans la recherche agricole constitue un investissement dans la stabilité internationale et la croissance économique outremer, ce qui apporte aux Etats-Unis et aux autres bailleurs de fonds des avantages supplémentaires. L'amélioration de la sécurité alimentaire et de la croissance économique dans les pays en développement atténue l'instabilité politique, fautrice de pressions exercées sur les pays industrialisés par le biais de crises de réfugiés, de secours humanitaires onéreux et d'interventions militaires dangereuses. La croissance économique des pays en développement ouvre également de nouveaux marchés d'exportation, lucratifs pour les pays bailleurs de fonds.

Analyse Des Mesures De Stabilisation Des Prix De Cinq Pays D'asie

Alors que les pays, à la suite des pressions récentes en faveur de la réforme et de la libéralisation des marchés, se défont des restrictions commerciales et des leurs politiques protectionnistes, il reste à savoir si les prix alimentaires fluctueront davantage ou moins qu'en l'absence de mesures de stabilisation.

Dans leur ouvrage Foodgrain Price Stabilization in Developing Countries : Issues and Experiences in Asia (Stabilisation des prix des céréales vivrières dans les pays en développement : problèmes et expériences en Asie), publié dans le n 3 des Nouvelles de l'IFPRI, Nurul Islam et Saji Thomas passent tout d'abord en revue la théorie actuelle relative à la stabilisation des prix. Selon leurs conclusions, en vertu des différentes hypothèses sur la pusillanimité et la méthodologie restrictive employée d'ordinaire pour évaluer la stabilisation des prix, les avantages de cette dernière sont modestes dans l'ensemble. Pour évaluer les avantages réels de la stabilisation des prix, ils préconisent un contexte analytique, englobant les éléments macro-économiques et développementaux.

Les Etats se dotent, entre autres interventions fréquemment empruntées, de stocks régulateurs. De nombreux pays ont recours à une bande de prix pour indiquer le moment où il conviendrait de débloquer les stocks : lorsque les prix dépassent un niveau donné, les stocks sont débloqués pour remplir la demande, et enrayer ainsi la hausse des prix. La limite inférieure de la bande de prix protège les agriculteurs en empêchant les prix de tomber en-dessous de ce plancher. Il existe d'autres moyens de stabiliser les prix : modulation des volumes de produits alimentaires exportés et importés, imposition ou subvention des importations et des exportations.

Dans la seconde partie de leur analyse, les auteurs évaluent les causes et les conséquences de l'instabilité des prix du riz et du blé dans cinq pays en développement d'Asie : Bangladesh, Indonésie, Pakistan, Philippines et Thaïlande. Selon eux, pour ces cinq pays, les mesures de stabilisation des prix ont constitué le moyen de réaliser des objectifs supplémentaires outre celui de la stabilisation des prix, notamment de prémunir les producteurs de prix extrêmement bas et de la chute des revenus, et les consommateurs (particulièrement en milieu urbain) des prix élevés et des privations. Les pays importateurs (Bangladesh, Pakistan et Philippines) souhaitaient renforcer leur auto-suffisance. Les pays exportateurs de riz (Thaïlande et Pakistan) souhaitaient maintenir le niveau, élevé, et la stabilité des prix à l'exportation.

Selon l'analyse, un programme conjuguant les stocks régulateurs à une politique commerciale doit, pour réussir, avoir accès à des ressources financières idoines, répartir minutieusement ses achats et ses ventes, être géré d'une main de maître pour éviter les avaries en entrepôt et empêcher la spéculation des négociants. Si les mesures n'encouragent pas la constitution de stocks privés, les coûts en seront plus élevés pour l'Etat.

En théorie, la réduction des mesures protectionnistes permettrait de stabiliser les prix mondiaux, mais selon les auteurs, une diminution du soutien des prix intérieurs et des programmes de subvention entraînerait une baisse des excédents intérieurs et des stocks publics, notamment dans les pays industrialisés qui détiennent, dans l'ensemble, la plus grande partie des stocks céréaliers du monde. Dans le passé, ces stocks ont empêché d'importantes fluctuations des prix mondiaux provoquées par la sécheresse ou d'autres catastrophes. Selon les auteurs, il conviendrait d'encourager les négociants privés, plus à même que les pouvoirs publics de réagir rapidement, à prendre le relais. Ce qui ne supprime pas la nécessité de constituer des stocks publics ; il conviendrait de maintenir un volume suffisant à titre de filet de sécurité pour les plus pauvres, mais cela permettrait d'en réduire sensiblement la taille.

Un approvisionnement adéquat en engrais, élément crucial de la réalisation des besoins alimentaires futurs

D'ici 2020, selon certaines prévisions, la demande d'engrais atteindrait 208 millions de tonnes nutriments, soit 86 millions de tonnes dans les pays industrialisés et 122 millions de tonnes dans les pays en développement, mais la demande prévue dans les pays serait loin du volume nécessaire pour remplir l'objectif de la sécurité alimentaire (estimée à 185 millions de tonnes) et celui d'une agriculture viable (251 millions de tonnes pour la préservation des ressources et la reconstitution des nutriments) en 2020, selon les prévisions présentées dans le Document de travail Vision 2020 n 17, intitulé The Role of Fertilizer in Sustaining Food Security and Protecting the Environment to 2020 (Le Rôle des engrais dans la pérennisation de la sécurité alimentaire et la protection de l'environnement jusqu'en 2020).

Les auteurs, Balu L. Bum et Carlos A. Baanante de l'International Fertilizer Development Center, passent en revue les schémas antérieurs de l'utilisation des engrais et présentent des estimations actualisées relatives aux besoins futurs en la matière. Ils jaugent également les mesures techniques et les orientations répondant aux préoccupations environnementales et énergétiques liées à l'utilisation des engrais.

Selon les auteurs, si l'on ne relève pas la capacité de production d'engrais d'ici l'an 2000, les stocks connaîtraient une insuffisance de 51 millions de tonnes nutriments par rapport à la demande prévue. Afin de produire le volume d'engrais nécessaire pour pallier le déficit potentiel entre l'offre et la demande, il convient que les pays choisissent des politiques encourageant la stabilité macro-économique, des agencements organisationnels opérants, la mise à disposition accrue de crédits pour les agriculteurs et les négociants en engrais, et des investissements dans la recherche et la vulgarisation. Ils devront également suivre les incidences environnementales afin d'éviter des retombées écologiques néfastes qu'entraînent une utilisation à outrance d'engrais et une gestion décousue.

Ces dernières années, les engrais sont moins utilisés dans les pays développés et davantage dans les pays en développement : en 1995, les pays en développement représentaient 58% de l'utilisation totale d'engrais. Cette croissance se situait principalement en Asie, avec une utilisation de 61 millions de tonnes d'engrais en 1994-95, contre moins de 4 millions de tonnes en Afrique. L'Asie de l'Est absorbe la moitié de la totalité des engrais employés par les pays en développement.

Les engrais, en amplifiant les rendements, sont indispensables à la satisfaction des besoins alimentaires futurs, mais il convient de modifier l'axe de la politique des engrais, pour passer de l'augmentation des quantités d'engrais employés à la promotion d'une utilisation écophile, efficacement gérée. Comme le font valoir les auteurs, l'utilisation de quantités erronées d'engrais peut également avoir des retombées environnementales néfastes et entraîner la détérioration accrue des sols, leur déboisement et l'épuisement de la base de ressources naturelles au fur et à mesure que les agriculteurs pauvres entreprennent de cultiver des terres de plus en plus marginales.

Les Perspectives de l'économie de l'alimentation russe

La transition vers une économie de marché, en cours à l'heure actuelle en Russie, est lourde de conséquences pour son secteur agricole. Dans Russia's Food Economy in Transition : Current Policy Issues and the Long-Term Outlook (L'Economie de l'alimentation russe en transition : problèmes politiques actuels et les perspectives à longue échéance), document de travail 2020 n 18, Joachim von Braun, Eugenia Serova, Harm tho Seeth et Olga Melyukhina analysent dans quelle mesure les réformes auront une incidence sur les capacités de la Russie à produire ses aliments et à nourrir ses habitants, au cours de la prochaine décennie.

Depuis la dislocation de l'Union Soviétique, les principaux éléments de son économie planifiée ont été démantelés. A l'heure actuelle, l'agriculture russe est en déroute, poussée par les forces du marché et de l'Etat, conjuguées. Bien que ce document de travail s'inscrive dans l'Initiative Vision 2020 de l'IFPRI, visant à dégager un consensus international sur le moyen de remplir les besoins mondiaux futurs d'alimentation tout en atténuant la pauvreté et en protégeant l'environnement jusqu'en 2020, ses suppositions s'arrêtent à 2005, car des prévisions de plus long terme sont extrêmement difficiles étant donné l'instabilité du contexte économique russe.

La restructuration économique s'est accompagnée d'une chute de la production des principales denrées alimentaires : céréales, pommes de terre, lait et viande. De 1991 à 1994, la production agricole dans son ensemble a fléchi de 21%. Les jardins potagers des ménages, qui fournissent uniquement ces derniers, représentent une part croissante de la production. En raison de la libéralisation des prix, de la réduction des subventions des denrées alimentaires et de la chute des revenus, la consommation de viande en Russie, indicateur traditionnel du niveau de vie, est à la baisse, contre une nette augmentation de la consommation de pain et de pommes de terre.

Le niveau de la consommation et de la production alimentaire est tributaire de nouvelles incitations adéquates pour les agriculteurs et de l'exploitation des possibilités commerciales inter régionales, en Russie elle-même. Les progrès effectués sont minces en raison de systèmes inopérants d'information sur les prix et des coûts transactionnels élevés du système alimentaire. Les possibilités d'échanges inter régionaux ont peu de chances d'être exploitées rapidement car l'infrastructure est inadéquate, le système de commercialisation à peine développé, et la politique agricole et alimentaire de plus en plus morcelée en raison de la passation progressive de pouvoirs entre les autorités centrales et régionales.

Etant donné la pénurie d'informations et la mouvance de la situation, les auteurs de l'étude présentent des scénarios de la consommation et de la production de groupes de denrées alimentaires essentielles à un niveau global, en se fondant sur des hypothèses simples et transparentes. Selon leurs prévisions, la chute consommation de produits carnés et laitiers se poursuivra à partir de 1995, pour ne retrouver ce niveau qu'en 2005. La consommation de céréales et de pommes de terre devrait rester à la hausse jusqu'en l'an 2000, pour revenir ensuite à son niveau de 1995, en 2005. Les prévisions relatives à la production totale de céréales envisagent une chute jusqu'en l'an 2000, pour revenir assez optimistement en 2005 au volume de 1995, soit 90 millions de tonnes métriques.

Et l'étude conclut que l'agriculture russe restera en transition pendant un certain laps de temps. Bien que le pays puisse être en mesure, à longue échéance, de relever sensiblement sa production agricole, à court terme, des institutions inadéquates, des politiques inadaptées et une utilisation erronée des budgets restreindront vraisemblablement la rentabilité et la croissance de l'économie russe de l'alimentation.

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Rééditions

"Agricultural Commercialization and Diversification : Processes and Policies" de Prabhu L. Pingali et Mark W. Rosegrant ; "Water Policy for Efficient Agricultural Diversification : Market-Based Approaches" de Mark W. Rosegrant, Renato G. Schleyer et Satya N. Yadav ; et "Agricultural Diversification and Export Promotion in Sub-Saharan Africa" de Christopher L. Delgado. Repris de Food Policy, vol. 20 n3, juin 1995.

"Farm/Non-Farm Growth Linkages in Zambia" de Peter B. R. Hazell et Behjat Hojjati. Repris de Journal of African Economies, vol. 4 n3, 1995.

"Toward Understanding the Value of Intra-Household Survey Data for Age-Based Food Targeting" de Lawrence Haddad et Ravi Kanbur. Repris de Food and Nutrition Bulletin, vol. 16, n3, 1995.

"How Important to India's Poor Is the Sectoral Composition of Economic Growth ?" de Martin Ravallion et Gaurav Datt. Repris de The World Bank Economic Review, vol. 10, n1, 1996.


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