UN SYMPOSIUM ORGANISE AU VIETNAM S'ATTAQUE AUX PROBLEMES DE LA MONDIALISATIONDans le contexte volatil des crises financières qui ont secoué l'Asie et qui, selon certains, sont le résultat de la mondialisation, l'IFPRI a parrainé un symposium organisé conjointement avec le ministère vietnamien de l'Agriculture et du développement rural sur le thème "Politique alimentaire en Indochine : effets de la mondialisation". Des experts dans les domaines de l'alimentation et des politiques agricoles du Cambodge, de Chine, du Laos, de Myanmar, deThaïlande, et de l'IFPRI et d'autres organisations y ont pris part au mois de mars 1999 à Hanoï. Ils ont partagé leurs expériences et des informations sur des sujets allant de la réforme de la commercialisation et des marchés du riz à la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire et la nutrition, la diversification agricole et la gestion des ressources en eau. Comme l'a déclaré le directeur-général de l'IFPRI, Per Pinstrup-Andersen, "Nous voulions vraiment saisir la situation particulière à laquelle chaque pays de la région fait face et, ce qui est plus important, faciliter les discussions relatives à la façon dont ils peuvent bénéficier de la mondialisation". Au moment où les pays du monde entier abaissent leurs barrières commerciales pour que leurs marchés puissent devenir réellement mondiaux, ceux dont les marchés ne sont pas suffisamment développés resteront à la traîne s'ils ne libéralisent pas le commerce national et international, s'ils ne développent pas les marchés et s'ils ne maîtrisent pas des avantages relatifs grâce à des politiques gouvernementales proactives. Les économies de transition de la sous- région du Mékong - Cambodge, Chine, Laos, Myanmar, Thaïlande et Vietnam - ont enregistré d'importants progrès en matière de libéralisation des marchés, mais ils ont encore beaucoup de chemin à faire. Cao Duc Phat, directeur du service Politique agricole et développement rural au ministère de l'Agriculture du Vietnam, a mis l'accent sur le fait que la participation de son pays aux organisations commerciales régionales telles que l'Association des pays d'Asie du sud-est et le Forum de coopération économique Asie-Pacifique, ainsi que sa demande de participation à la World Trade Organization "constitue à la fois une occasion et un défi pour que le Vietnam devienne aussi compétitif que possible". Parmi les problèmes sur lesquels le Vietnam doit se pencher, il a cité le manque de terres arables, la nécessité de moderniser l'infrastructure , le sous- emploi, la pauvreté et la dégradation de l'environnement. La croissance soutenue de la productivité en riz est la condition préalable à une diversification efficace de l'agriculture. Autrement, un échange entre la sécurité alimentaire et l'agriculture commerciale imposera des contraintes aux capacités des petits ménages ruraux à répondre aux incitations que constituent des prix plus favorables. U Myat Thein, de l'Institut d'économie du Myanmar a rappelé aux participants qu'"étant donné les demandes conflictuelles relatives à des bas prix pour les denrées alimentaires d'un côté et à des mesures d'incitation en faveur des agriculteurs, il ne faut pas que la politique agricole et les interventions au niveau de l'ensemble de l'économie soient fortement défavorables aux agriculteurs, mais elles doivent arriver à un équilibre entre les deux". Les participants au symposium ont conclu qu'il est essentiel pour soutenir la croissance dans la région et y réduire la pauvreté, de placer l'accent sur le développement rural, surtout parce que plus de 80 pour cent de la population habite en zones rurales et que le secteur urbain est incapable, à moyen terme, de l'absorber en lui donnant des emplois productifs. Comme Mark Rosegrant, chargé de recherche à l'IFPRI, a déclaré lors de ce symposium : "D'autres pays de la région ont réussi à réduire durablement la pauvreté grâce à la promotion d'une croissance rapide de l'agriculture, à des investissements dans le capital humain et en particulier en facilitant l'accès aux soins médicaux et à l'éducation ; et à la création d'entreprises non agricoles exigeant une main-d'oeuvre nombreuse. Ce sont là des leçons importantes pour les économies en transition". Le plus grande partie de la pauvreté enregistrée dans la région provenant du bas niveau de productivité de la main-d'oeuvre agricole, l'industrie agro-alimentaire pourrait constituer un moyen efficace de génération d'activités productives dans des domaines tels que le traitement, le commerce, les transports et la construction. Francesco Goletti, chargé de recherche à l'IFPRI a déclaré, "la promotion du développement de la petite et moyenne industrie sera essentielle pour que les microentreprises d'importance vitale et qui connaissent le succès puissent devenir des entités plus grandes et liées aux marchés urbains et internationaux". Jikun Huang, du Centre chinois pour la politique agricole a souligné à quel point il est important de développer l'industrie en zones rurales si l'on veut générer des emplois. Bien que la politique chinoise d'industrialisation rurale a contribué à résorber une bonne partie de la main- d'oeuvre rurale excédentaire du pays, les revenus ruraux sont toujours nettement en dessous de ceux des zones urbaines, a-t-il dit. Les participants ont convenu que l'eau est un autre facteur crucial sur lequel ces pays doivent se concentrer. Celle-ci se faisant plus rare et la ligne séparant l'environnement et le développement devenant mieux démarquée, la coopération entre les pays du bassin du Mékong s'avèrera de plus en plus importante. Des réformes de politique nationale doivent être instituées pour intégrer la gestion des ressources hydriques, qui est actuellement fragmentée, et assurer les usagers de leurs droits à l'eau. Ce symposium organisé conjointement s'est tenu dans le cadre de la réunion annuelle du conseil d'administration de l'IFPRI, qui eu lieu, lui aussi, au Vietnam. Il a été le point d'orgue de plusieurs années de travail réalisé par l'IFPRI dans ce pays en collaboration avec le ministère de l'Agriculture et du Développement rural, sur la façon de faire en sorte qu'il devienne plus compétitif sur les marchés mondiaux. COURRIER IFPRICe qui suit est en réponse à votre article "Reconstruire le Honduras", dans le cadre du commentaire de John Hoddinot, paru dans Nouvelles de l'IFPRI de décembre 1998.Vous avez fait beaucoup d'excellentes suggestions sur la façon d'améliorer les choses dans ce pays. Mais, sous une perspective à long terme, cela revient en quelque sorte à poser un Tricostéril pour soigner un cancer. Le Honduras souffre d'une maladie grave causée par des décennies d'agriculture de grandes plantations appartenant à des étrangers qui veulent des récoltes commerciales orientées vers l'exportation, alors que la plupart des "petits agriculteurs" dont vous parlez ont été obligés d'exploiter des parcelles de plus en plus élevées, qui sont situées sur des versants abrupts. Je suggère, pour le Honduras en particulier, mais aussi pour certaines régions des autres pays, d'utiliser cette catastrophe comme une occasion de guérir le principal problème agricole qui se pose dans la région - un régime foncier qui a obligé la plupart des personnes vivant en zones rurales à se réfugier dans les collines et y exploiter des sols pauvres, alors que la majeure partie des plaines au sol riche (souvent irriguées) se trouve entre les mains de grandes sociétés américaines qui exportent des bananes et autres cultures vivrières. On dit que ces plantations ont été endommagées à un tel point - inondées et couvertes de boue et de détritus - que ces sociétés envisagent de les abandonner, ce qui a été qualifié de perte potentielle d'emplois pour des milliers de travailleurs locaux. Je pense que cela pourrait représenter le gain potentiel d'emplois pour des milliers de personnes ! Il est temps, à mon avis, d'appliquer une réforme foncière comme on n'en a pas vue dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale lorsque les Etats-Unis ont fait exactement cela à Formose et au Japon. Le monde du développement international doit encourager les grandes société d'exportation de produits agricoles d'Amérique centrale à interrompre leur production sur les terres endommagées, et a remettre ces dernières à un agence chargée de mettre en place une réforme foncière, sous la supervision de l'ONU. Elle pourrait allouer de petites parcelles de terre aux familles déplacées - un ou deux hectares au plus - et encourager une production agricole mixte destinée à la consommation sur place. Ces familles pourraient restaurer peu à peu leur terre à la main, et elles seraietn dans une meilleure situation qu'avant les orages. La recherche et la vulgarisation effectuées sur les systèmes agricoles suggèrent que de telles mesures peuvent assurer une meilleure alimentation et de meilleurs conditions de vie à un plus grand nombre de personnes que tout autre plan prônant le retour à une agriculture de plantation à grande échelle. Si vous en voulez les preuves, je serai heureux de vous les fournir.
George H. Axinn WWW.IFPRI.ORGLe site web de l'IFPRI a un nouveau visage et un moteur de recherche tout neufLa page web de l'IFPRI a un nouveau look et une nouvelle adresse. Pas moyen de se souvenir de www.cgiar.org/ifpri ? Essayez alors la nouvelle version : www.ifpri.org. Dans un cas comme dans l'autre, l'URL vous amènera directement au niveau site web de l'IFPRI. Le site web de l'IFPRI offre un gra d jombre d'informations telles que la liste des publications, les communiqués de presse, les offres d'emploi, la biographie du personnel et un grand nombre de publications condensées de l'IFPRI, comme des extraits, des bulletins, des déclarations relatives à la politique alimentaire et des version abrégées de la politique 2020. Toutes les pages sont disponibles en version graphique ou texte seulement. Un nombre croissant de publications relativement longues sont disponibles en format PDF (texte complet), et certaines pages sont mêmes traduites en français et en espagnol. La section "à propos de l'IFPRI" donne les priorités de notre organisation en matière de recherche et de vulgarisation et comprend de nombreux documents de travail publiés dans leur intégralité. Des sections nouvelles rendent ce site encore plus attirant, comme "Quoi de neuf ?", qui donne la liste la plus récente des publications, communiqués de presse et des principales activités de recherche. On peut aussi mentionner "Thèmes de recherche", qui donne des informations sur le programme de recherche de l'IFPRI, ainsi que les projets et les publications qui y ont trait. Si vous ne pouvez pas trouver une publication sur notre site web parce que vous ne savez pas dans quelle catégorie elle se trouve, faites appel à notre nouveau moteur de recherche ! Saisissez simplement un titre, un auteur ou un sujet et une liste vous donnera la bonne direction. COMMENTAIRELa phytogénétique au secours de cultures vivrières plus nutritivesHowarth Bouis, Chargé de recherche à l'IFPRI Ce n'est qu'au cours de la dcennie écoulée que les nutritionistes travaillant dans les pays pauvres ont reconnu l'énormité des effets des déficiences en oligoéléments sur la vie des personnes défavorisées. Plus de 2 milliards de personnes dans le monde souffrent d'une déficience en fer. Les femmes en âge de se reproduire et les enfants ayant des besoins élevés en fer, ils courent un risque particulièrement élevé. On estime que, dans les pays en développement, 50 pour cent des femmes enceintes et 40 pour cent de celles qui ne le sont pas sont anémiques. Les déficiences en fer pendant l'enfance et l'adolescence ralentissent la croissance physique et le développement mental. Chez les adultes, elles se soldent par une capacité réduite au travail manuel. Les déficiences en vitamine A, en iode et en zinc sont aussi très répandues et ont des conséquences dévastatrices. Les secteurs public et privé s'intéressent de plus en plus, depuis peu, à l'administration de capsules de vitamine A ou à la fortification d'aliments de base dans les pays en développement. Hillary Rodham Clinton et l'Agence américaine pour le dévelopement international sont à la pointe de ces efforts. L'assaut lancé contre la déficience en vitamine A est certes admirable, mais les leaders doivent aussi réaliser que les scientifiques explorent une méthode destinée à éliminer les déficiences en oligoéléments, qui peut s'avérer être plus rentable et plus soutenable. Des experts des centres du CGIAR mettent au point des cultures vivrières, telles que le blé et le riz, à forte densité de micro-nutriments. En un mot, ils élaborent des plantes qui se fortifient elles-mêmes. Cette approche retient l'intérêt parce que les coûts récurrents de plantes dont les graines consommées fourniraient des quantités accrues de fer, de zinc et de vitamine A seraient faibles. Par contre, les capsules de vitamines et la fortification des aliments exigent des dépenses annuelles constantes pour l'ingestion des nutriments. Un article récemment publié dans Field Crops Research (vol. 60, No 1-2) donne la justification agronomique et économique de la poursuite des travaux dans ce sens. Les conclusions proviennent du Projet de recherche du CGIAR sur les micro-nutriments, qui tente de mettre au point des variété de riz, de blé, de maïs, de haricots et de manioc à forte concentration de fer, de zinc et de vitamine A. Pourquoi cette stratégie n'a-t-elle pas été tentée précédemment ? Les tentatives faites dans le passé en vue d'améliorer les caractéristiques nutritives des plantes (vitamines ou protéines) se sont heurtées à des difficultés considérables dans la production de variétés qui aient à la fois une forte concentration de nutriments et un rendement élevé (et donc plus rentables) - qui seraient acceptées par les agriculteurs. Les phytogénéticiens ont donc hésité à se lancer dans ce domaine nouveau. Mais, la recherche scientifique progresse et il faut souvent repenser les idées acquises. Des connaissances nouvelles dans trois domaines ont entraîné cette réévaluation. Premièrement, la rentabilité d'un contenu à plus forte concentration de micro-nutriments est plus élevées qu'on ne le pensait auparavant. Et les difficultées que l'on rencontre pour de la fortification de denrées alimentaires ou la distribution de compléments nutritifs tels que des pillules, sont beaucoup plus grandes dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Deuxièmement, les progrès réalisés en phytogénétique peuvent accélérer le processus menant au génotype approprié, ce qui entraîne une baisse des coûts de la recherche. Troisièmement, et ce qui est peut-être le point le plus important, les travaux de recherche effectués récemment indiquent que l'équilibre nutritionnel en oligo-éléments est tout aussi important pour les plantes que pour les êtres humains. La recherche a démontré que lorsque les sols sont pauvres en oligo-éléments tels que le fer ou le zinc, les plantes altérées pour être riches en micro-nutriments sont plus solides, plus saines et ont un meilleur rendement , et elles exigents moins d'intrants tels que les engrais. En d'autres termes, il se peut que la productivité agricole s'améliore nettement, en même temps que la nutrition humaine. Comparaison des coûts Les programmes nationaux de recherche des pays du monde entier pourraient adapter à leurs propres conditions de culture les plantes riches en micro-nutriments mises au point dans des instsllations centrales de recherche. Le Projet micro-nutriments du CGIAR a par exemple proposé de dépenser 9 millions de dollars sur cinq ans pour mettre au point des techniques appropriées pour la création de nouvelles variétés dans le cas de cinq cultures. Un montant équivalent pourrait être dépensé sur les cinq années suivantes pour obtenir des variétés à haut rendement et riches en micro-nutriments, qui seraient distribuées aux programmes nationaux, lesquels seraient chargés de les adapter aux conditions locales. On arrive à un total de 18 millions de dollars sur 10 années. Or, le coût d'un programme de compléments alimentaires ou de fortification entrepris dans un seul pays très peuplé, comme l'Inde, dépasserait de loin les 20 millions de dollars. En outre, les bénéfices supplémentaires que les agriculteurs pourraient en tirer justifient à eux seuls les montants investis dans la recherche. Par exemple, si les semences riches en zinc qui sont déjà disponibles commercialement en Australie pouvaient être adaptées aux conditions de culture en Turquie, dont le sol est particulièrement déficient en zinc, les agriculteurs de ce pays pourraient économiser 75 millions de dollars par an en frais de semence seulement. Ceci ne tient pas compte des bénéfices qui proviendraient de rendements plus élevés et d'enfants mieux portants. Selon la Banque mondiale, les déficiences en fer, en vitamine A, et en iode constatées en Asie du sud, causent à elles seules, tous les ans, des pertes économiques équivalentes à 5 pour cent du BIP, dues aux maladies, à une mauvaise performance au travail, au manque d'éducation et à d'autres facteurs. Financement public Quelques mises en garde : il faudra plusieurs années avant de pouvoir appliquer la stratégie qui fait appel à la phytogénétique. Elle exige une coopération pluridisciplinaire entre scientifiques et institutions de financement. (Qui règle les frais d'une stratégie phytogénétique dont l'objectif est la nutrition humaine ?) Il faut toujours trouver des réponses à certaines questions telles que les êtres humains absorberont-ils une quantité adéquate des oligo-éléments se trouvant dans ces plantes améliorées ? Cela n'a jamais été fait auparavant. Tous ces facteurs font qu'il est difficile de rassembler des fonds publics à cet effet. Quoi qu'il en soit, la rentabilité potentielle d'un tel projet est immense, et les preuves scientifiques qu'une telle stratégie sera couronnée de succès à terme sont déjà considérables. Les décideurs ne peuvent pas se permettre d'oublier les avantages potentiels du financement d'une telle stratégie peu onéreuse et soutenable. POINT DE VUEImpact et soutenabilité de la recherche effectuée par l'IFPRI à Accra, au GhanaDr Margaret Armar-Klemesu M. Nunoo-Amarteifo Nat Nunoo-Amarteifo, ancien maire d'Accra, au Ghana, partage au cours de cet entretien ses points de vue sur l'impact et la soutenabilité de la recherche effectuée par l'IFPRI. Dans les 20 prochaines années, les villes compteront davantage de pauvres et de mal nourris que les zones rurales. Les problèmes de pauvreté, d'insécurité alimentaire et de malnutrition urbaines, considérés comme relevant surtout du milieu rural, n'ont cependant que peu retenu l'attention. Alors que la croissance urbaine rapide et l'augmentation de la pauvreté dans ce milieu ont obligé les décideurs, les planificateurs et les activistes à jeter un regard nouveau sur les problèmes urbains, il n'existe que peu de politiques ou de programmes abordant l'insécurité alimentaire et la manutrition en zones urbaines. Le nombre des habitants d'Accra, la capitale du Ghana, augmente par exemple de 4,7 pour cent par an. On estime que la population de la ville, qui est actuellement d'environ 2,4 millions de personnes, passera à 5,5 millions d'ici l'an 2020. La Banque mondiale estime qu'entre 1988 et 1993, le niveau de pauvreté a augmenté de 8,5 à 23 pour cent de la population de la ville. Il grimpe toujours en flèche alors que le reste du pays enregistre un déclin dans ce domaine. Dans une ville ou une large part du budget des ménages est consacrée à l'achat de denrées alimentaires, la pauverté se manifeste sous forme d'insécurité alimentaire. En 1996, l'Institut Noguchi pour la reherche médicale, qui fait partie de l'université du Ghana, l'Organisation mondiale de la santé et l'IFPRI se sont associés pour effectuer des recherches sur la façon dont les moyens d'existence, les revenus et le travail des femmes sont liés à la sécurité alimentaire et à la nutrition dansles zones urbaines. L'Etude sur l'alimentation et la nutrition en zone urbaine d'Accra (AUFNS) avait pour objectif d'aider les décideurs et les analystes à formuler des politiques et des programmes sains et appropriés relatifs à la pauvreté, l'insécurité alimentaire et la malnutrition dans la ville. Les conclusions de cette recherche ont été présentées lors d'un séminaire organisé à Accra en mai 1998. L'étude a constaté que le travail est représente l'actif le plus important des citadins pauvres d'Accra, et les rémunérations sont complétées par l'échange de produits entre ménages. Les femmes ont davantage tendance à gagner de l'argent grâce au petit commerce, comme la préparation et la vente d'aliments dans les rues, que parce qu'elles ont un emploi salarié. Les ménages obtiennent une part importante des calories dont ils ont besoin en mangeant des aliments achtés dans les rues, et ils dépensent un tiers de leur budget alimentaire à cet effet. Bien que la malnutrition infantile grave ne soit pas un problème courant à Accra, la malnutrition de légère à modérée y est prévalente, surtout parmi les enfants des femmes qui travaillent sur les marchés. L'équipe de l'étude AUFNS a travaillé en collaboration avec la régie métropolitaine d'Accra, le gouvernement local, et Nat Nunoo-Amarteifio, qui était alors maire d'Accra. Il a par la suite été invité à parler sur le thème "Systèmes et sécurité alimentaires à Accra", lors du symposium "Urbanisation et sécurité alimentaire" organisé à Des Moines, dans l'Iowa, lors de la remise du prix Alimentation Mondiale 1998. Q Armar-Klemesu : Qu'est-ce qui a attiré votre attention sur la recherche menée par l'IFPRI ? A quel point l'environnement politique urbain (pressions et processus politique) de l'époque vous a-t-il incité à entrer en contact avec l'IFPRI ? R Nunoo-Amarteifio : Plusieurs facteurs ont attiré mon attention sur la recherche effectuée par l'IFPRI. Il y a tout d'abord eu le fait qu'Accra avait l'intention de déplacer le marché central pour l'éloigner du quartier des affaires, où il créait une forte congestion aussi bien au niveau des personnes que des véhicules parce que les habitants s'y rendaient en grand nombre pour acheter leur nourriture. Une bonne partie du marché avait été détruite par un incendie et bien qu'il ait été presque entièrement reconstruit, on estimait nécessaire de l'agrandir pour qu'il suive la croissance de la ville. La mairie était responsable de sa gestion. En tant que maire de la ville, lorsqu'il a fallu prendre la décision de déplacer ce marché, j'ai immédiatement réalisé à quel point le marché était lié à l'approvisionnement alimentaire des citadins - d'où l'intérêt que j'ai porté à la recherche effectuée par l'IFPRI. Q Etant donné l'éventail de problèmes auxquel un maire doit faire face, quel ont été certains des principaux sujets de politique durant votre mandat ? Comment les problèmes passent-ils à l'ordre du jour politique à Accra ? R La principale poussée idéologique de ces dernières années a porté sur la décentralisation du gouvernement qui se sentait relativement isolé, trop éloigné du peuple, et la mise en oeuvre de ses programmes était donc problématique. A la suite de la décentralisation, le gouvernement local a maintenant un impact accru sur la vie des habitants. La responsabilité du gouvernement central en ce qui concerne la prestation de services de santé, les installations scolaires, l'entretien des rues, et ainsi de suite, est passée à l'administration locale. Un fonds commun pour l'assemblée de district a été institué afin de générer les fonds requis par ce gouvernement local. Mais ceci a été difficile à réaliser à Accra. Dans cette ville, l'assainissement a la priorité des priorités politiques (je pense personnellement que l'accroissement démographique est plus important) parce que le chef d'Etat s'intéresse beaucoup à tout ce qui touche à l'assainissement et à l'élimination des ordures parce qu'il est évident qu'il est facile de voir des montagnes d'ordures. Q La sécurité alimentaire et la nutrition en milieu urbain retiennent-ils beaucoup l'attention à Accra ? Quels sont certains des obstacles qu'il faut surmonter pour aborder ce problème de politique ? R Honnêtement, l'alimentation et la nutrition en milieu urbain ne retiennent pas beaucoup l'attention. Bien que l'assainissement soit unr haute priorité, la politique de l'administration ne favorise pas la santé publique. L'accent est placé davantage sur les aspects mécaniques de l'assainissement que sur les côtés juridiques ou éducatifs, qui sous-tendent les problèmes de l'hygiène de l'environnement et de la sécurité alimentaire. Un cas d'espèce est celui de la ventilation d'un don externe fait au gouvernement municipal pour traiter le problème de l'assainissement : la majeure partie a été attribuée à l'élimination des déchets. En ce qui concerne la sécurité alimentaire, il faut bien dire que même si la population de la ville augmente rapidement, il n'y a jusqu'à présent aucun signe visible de famine. En tant qu'administrateur d'une ville, le maire n'est que trop heureux lorsque le peuple peut acheter du pain. Le fait que le pain soit vendu près de latrines publiques ou d'une décharge n'entre pas en compte, tant que le choléra ne devient pas un problème. Q En ce qui concerne l'alimentation et la nutrition urbaines, la recherche menée par l'IFPRI a-t-elle été utile et a-t-elle été appliquée lors de la prise de décisions ? R Oui, j'estime que la recherche a été utile. Elle a permis une prise de conscience de la situation alimentaire dans la ville. Il n'existe actuellement aucun mécanisme dans l'administration municipale qui permette d'absorber les informations pertinentes à la prise de décisions et à la mise en oeuvre de politiques, surtout en ce qui concerne les politiques alimentaires, qui sont plutôt appliquées en réaction à quelque chose et qui ont tendance à constituer une réponse à, par exemple, un problème de disponibilité du pain sur le marché, ou à l'augmentation du nombre de cas de choléra. Q Lorsque vous faisiez face à un problème de politique, vers quelle source d'informations vous tourniez-vous ? R Nous demandions en général à des consultants de mener des études en complément des informations obtenues grâce à notre propre recherche. Mais les questions de sécurité alimentaire sont le plus souvent réservées au gouvernement central, le ministère de l'Alimentation et de l'Agriculture. Q Quel est votre avis sur le rôle que les gouvernements locaux et minicipaux peuvent jouer en ce qui concerne la sécurité alimentaire et nutritionnelle en milieu urbain ? R De par la loi, la ville est la seule responsable de l'entretien des marchés qui assurent un approvisionnement régulier en denrées alimentaires que la population peut acheter. Il y a environ 34 marchés réguliers, spécialement conçus et construits à cette fin, et environ 50 autres qui se sont implantés dans les quartiers nouveaux et les faubourgs. Jusqu'à il y a 20 ans, tous les marchés avaient été hérités du gouvernement colonial et ce n'est qu'après la l'incendie du marché principal que d'autres, plus petits, ont étéconstruits loin du quartier des affaires pour, en fait, le décongestionner. Ces marchés ont été construits aux endroits où il y avait des gens et non pas particulièrement en fonction de liens avec l'approvisionnement. Il se peut qu'ils aient un impact sur la sécurité alimentaire à Accra parce que les aliments sont davantage disponibles dans toute la ville. Mais, en ce qui concerne la sécurité alimentaire, il n'y a pratiquement aucune coopération entre les gouvernements municipaux au niveaux du transporte et de la distribution des denrées alimentaires. Les assemblées de districts (gouvernement locaux) doivent générer des fonds et l'un des meilleurs moyens d'y arriver est de collecter un droit sur les véhicules qui transportent les aliments des régions productrices jusqu'à la ville. Ils sont tout le temps ajoutés au prix des denrées alimentaires. Il n'existe pas de conférence au cours desquelles les maires peuvent débattre de ces sujets, mais une initiative récente visant à instituer une politique de commercialisation pour l'ensemble du pays peut aborder le problème de cette coordination. Q Exciste-t-il au sein du gouvernement d'Accra un groupe ou une personne pouvant faciliter les relations entre la recherche politique et la prise de décisions ? Qui sont les acteurs qui influent sur les politiques et les programmes ? R Les chefs de services (essentiellement des fonctionnaires) sont chargés de la mise en oeuvre de la politique suivie par le gouvernement, et ils donnent des conseils sur la façon de procéder. Lorsque j'étais maire d'Accra, je recevais beacoup de comptes rendus de recherche , mais l'attention portée à un rapport particulier dépendait du sujet traité et de ses conséquences politiques. Par exemple, les statistiques relatives à la consommation alimentaire vendue dans les rues, qui figuraient dans le rapport de l'AUFNS a retenu mon attention en raison de la restructuration du marché qui avait lieu à cette époque et du problème dû au fait que les petits vendeurs étaient chassés et allaient peut-être perdre leurs moyens d'existence. Q Quelles recommandations feriez-vous pour que l'IFPRI améliore ses liens avec les gouvernements municipaux, et quels mécanismes recommanderiez-vous pour que l'IFPRI communique les résultats de la recherche aux décideurs ? L'accent doit-il être placé sur les liens avec la presse, les briefings destinés aux conseillers politiques, les ateliers, ou un autre moyen ? R Il est très important que les gouvernements des villes soient mis au courant des résultats de la recherche en résumant les questions de politique qui peuvent être abordées. Au niveau de la ville, la connaissance des problèmes alimentaires et de nutrition est faible, d'où l'importance des conclusions de la recherche. Prenez l'éducation, par exemple. Une mauvaise performance scolaire est normalement attribuée à un manque d'outils pédagogiques. Elle l'est rarement à une mauvaise nutrition. Cependant, la plupart des écoliers subsistent avec des régimes alimentaires inadéquats, ce qui peut affecter leur capacité à apprendre. Les officiels locaux devraient en être informés. Je pense qu'en ce qui concerne la réalisation des sujets qu'il faut aborder, la presse est souvent utile. Les briefings ciblant les conseillers politiques, qui peuvent ne pas avoir le temps de lire d'énomes comptes rendus de recherche, peuvent aussi contribuer à l'amélioration des liens avec l'administration municipale et à communiquer les conclusions de la recherche aux responsables. Je pense que l'AUFNS a fait du bon travail dans ce domaine. Je leur avais bien spécifié que si leur rapport était une thèse, je ne perdrai pas mon temps à le lire. Q L'impact de la recherche en matière de politique à suivre dépend de l'absorption, du traitement et de l'usage par les décideurs des informations produites. Mais lorsqu'il y a un changement d'administration, la soutenabilité des recommandations provenant de cette recherche devient ténue. Quelles recommandations feriez-vous pour que l'impact de la recherche effectuée par l'IFPRI ne soit pas atténué lors de telles transitions ? R Il est important de prendre contact avec une nouvelle administration pour porusuivre un processus déjà lancé. Malheureusement, en cas de changement d'administration, les fonctionnaires qui sont principalement chargés de la mise en oeuvre des recommandations politiques ont tendance à suivre la nouvelle orientation, ce qui peut constituer une contrainte si les politiques nouvelles vont à l'encontre des initiatives et des liens déjà établis. Q Finalement, ayant eu accès à toutes ces informations provenant de la recherche effectuée par l'IFPRI, et si vous étiez toujours le maire d'Accra, quelles sont certaines des mesures que vous prendriez pour aborder les problèmes soulevés ? R Je crois que la collaboration entre l'IFPRI et les chercheurs ghanéens a été exemplaire parce que les conclusions qui ont été tirées étaient pertinentes et adaptées aux besoins de l'administration municipale. Par exemple, elles n'ont pas porté que sur Accra dans son ensemble, mais elles ont aussi exploré des domaines particuliers ayant des problèmes sociaux pertinents, comme Ga Mashie [un quartier surpeuplé du centre-ville]. Je pense qu'il faudrait commanditer une recherche plus poussée sur les aspects sociaux de la gestion municipale, dont la sécurité alimentaire fait partie. Après la planification du programme de reconstruction du marché, j'ai découvert que la FAO avait effectué de nombreuses recherches sur les marchés et la distribution des denrées alimentaires à Accra. Si j'avais eu accès à ces informations, j'aurais probablement traité différemment le problème de la décentralisation du marché central. Il faut donc que les informations relatives à la recherche soient présentées en temps utile de façon telle que la politique puisse être facilement formulée et mise en oeuvre. Dr. Armar-Klemesu Entretien réalisé sous la direction du Dr. Margaret Armar-Klemesu, de l'Institut Noguchi pour la recherche médicale, qui fait partie de l'université du Ghana à Accra. PUBLICATIONS RECENTES
CONFERENCES DE L'IFPRI
L'accroissement démographique, les contraintes à la croissance économique et des ressources naturelles fragiles constituent des défis aussi familiers qu'immenses pour le monde en développement. Comment les pays en développement peuvent-il y faire face tout en améliorant la sécurité alimentaire et l'existence de leurs populations, surtout pour les pauvres ? Lors de la sixième intervention de la série annuelle de conférences organisées par l'IFPRI, qui permet à des intervenants à la pointe de la pensée actuelle de discuter de sujets ayant trait à la politique alimentaire, Moise C. Mensah, ancien ministre des Finances du Bénin, a abordé ce problème en évoquant le cas du Bénin. Son intervention, intitulée "Mieux nourrir un plus grand nombre de personnes en Afrique de l'ouest : le cas du Bénin", a eue lieu à l'IFPRI le 30 novembre 1998.
|
||
|
|