Amérique Latine

la sécurité nutritionnelle dans les zones urbaines

En Amérique Latine, la population est en grande majorité urbaine. Dès 1990, soixante-douze pour cent des habitants de la région résidaient dans les villes (figure 1). D’ici 2020, la population urbaine pourrait atteindre 83%. Au fil de son urbanisation, la région est confrontée aux problèmes de pauvreté, nutrition et santé qui diffèrent quelque peu des problèmes d’une population plus rurale. Trente-cinq pour cent des citadins sont économiquement faibles.

La progression de l’urbanisation entraîne des modifications du régime alimentaire et des modes de vie, qui ont une incidence profonde sur la santé. Les citadins sont en règle générale plus sédentaires que les ruraux, subissent davantage de stress et consomment davantage de stupéfiants, d’alcool, de tabac, ainsi que d’aliments transformés à haute teneur en lipides. Il s’agit là de facteurs qui augmentent le risque de morbidités chroniques, non transmissibles, par exemple de maladies cardiaques. De ce fait, le profil de morbidité de la région change, passant d’une forte prévalence de la malnutrition et des maladies infectieuses, à une incidence croissante des maladies chroniques. Ce phénomène intervient non seulement dans les pays aux revenus plus élevés, par exemple l’Uruguay et l’Argentine, mais aussi dans les pays plus pauvres, tels que le Guatemala.

L’Amérique Latine est également confrontée à de profonds changements démographiques. Les taux de malnutrition, dans l’ensemble, se sont stabilisés ou ont quelque peu chuté au cours des dix dernières années, et l’amélioration la plus importante est relevée chez les enfants plus gravement touchés par la malnutrition. Les déficiences en micro-nutriments (fer, iode et vitamine A) restent toutefois élevées. Les taux de mortalité infantile et de fertilité ont chuté. Ainsi, la population adulte connaîtra une augmentation plus importante, dans les 25 prochaines années, que tout autre groupe d’âge. Les décideurs et les responsables des programmes devront donc s’axer sur les problèmes de santé d’une population vieillissante et sur ceux des populations traditionnellement à risque, les mères et les enfants souffrant de malnutrition.

En conséquence de ces modifications démographiques, de l’urbanisation accrue et du maintien des niveaux très élevés de pauvreté, la sous-nutrition—courante dans les pays en développement—coexiste avec une prévalence marquée de maladies chroniques, courantes—elles—dans les pays industrialisés. Les pauvres urbains subissent doublement ces maux. Il convient que les politiques et les programmes s’efforcent de faire face à ces deux types de gageures, simultanément.

La sécurité nutritionnelle signifie non seulement la consommation humaine de calories et de nutriments en quantités suffisantes, mais également que le régime alimentaire soit équilibré et de bonne qualité. Pour employer ces nutriments à bon escient, il faut disposer de soins de qualité et être en relative bonne santé. Afin d’accomplir la sécurité nutritionnelle des populations d’Amérique Latine, il convient que les décideurs tiennent compte de tous les facteurs suivants : sécurité alimentaire, prévention et lutte contre les maladies, soins sanitaires et prestation adéquate de soins à l’échelon des ménages et des communautés.

Author: 
Sanchez-Grinan, Maria Ines
Published date: 
1998
Publisher: 
International Food Policy Research Institute (IFPRI)
PDF file: 
application/pdf iconvbf49.pdf(1.2MB)